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Le Blog d'Elisabeth Poulain

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L'INSET d'Angers présenté par Patrick Debut, son directeur

1 Novembre 2012, 10:41am

Publié par Elisabeth Poulain

Nombreux sont les Angevins qui savent en passant devant qu’il y a une école dans ce parc arboré sur le plateau universitaire d’Angers, proche de la voie rapide, mais sans trop savoir laquelle. Il est vrai que le sigle parle moins que son développé : il s’agit de l’Institut national spécialisé d’études territoriales, qui dépend du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT). Le nom de la rue du Nid de Pie où se trouve l’Institut indique que l’endroit se situait en bordure de la ville, quasiment à la campagne. Il n’en est plus tellement ainsi actuellement mais le parc classé protégé avec ses très beaux chênes mis à disposition par la Ville d’Angers, a gardé tout son charme apprécié par les cadres de catégorie A venus ici suivre une formation.  

Blog 20120923 049

C’est Patrick Debut, le directeur en fonction depuis six mois,  qui présente l’établissement aux membres du Conseil de Développement venus en nombre découvrir l’institut à l’occasion de l’intervention en ses murs  du  géographe  Martin Vannier leur parler de « la démocratie contributive » telle qu’il la conçoit. (Autre billet à venir sur cette intervention sur ce blog).  

Le CNFPT se déploie en 29 délégations régionales, comme dans les Pays de Loire, complétées par l’INET –l’Institut national d’Etudes territoriales localisé à Strasbourg proche de l’ENA et quatre INSET (Institut national spécialisé d’Etudes territoriales), d’ Angers, Montpellier, Nancy et Dunkerque.   

INSET d'Angers, la porte d'entrée sur le hall d'acceuil

L’INSET est une structure déconcentrée du Centre national de la Fonction publique territoriale, créée en 1980. Il est le partenaire privilégié des cadres territoriaux pour leur formation et leur évolution professionnelle tout au long de leurs carrières, grâce à des formations statutaires, en début ou en cours de carrière, en particulier lors de l’entrée en fonction dans des postes à responsabilité. Il succède à l’ENACT (Ecole nationale d’Application des Cadres territoriaux) qui aurait fêté ses 30 ans cette année. Les missions de l’INSET ont beaucoup évolué depuis la création (de l’ENACT) en 1982, qui sont désormais au nombre de 4 + 1, à savoir :

1. la formation initiale des lauréats de la catégorie A,

2. la formation continue de professionnalisation sur 2, 3 ou 4 jours,

3. des cycles professionnels qui se déroulent sur une année en alternance, comme pour devenir contrôleur de gestion, responsable des affaires juridiques, directeur des affaires financières, directeur de la petite enfance, …

4. la préparation aux concours internes d’administrateur territorial (catégorie A +).  Les 2/3 des promotions internes des administrateurs territoriaux ont suivi la formation de l’INSET d’Angers. Ils bénéficient ensuite d’une formation post- concours à l’INET  de Strasbourg.

INSET d'Angers, le hall d'acceuil

L’école n’a pas de personnel enseignant attaché du fait de son mode de fonctionnement en réseaux à écrire au pluriel. Elle a des relations privilégiées avec la Ville d’Angers et les deux universités que sont l’université publique et l’université privée, les cinq conseils généraux et la région des Pays de la Loire. L’INSET dispose ainsi  d’un réseau étoffé, qui s’étend au niveau régional et interrégional qui couvre  l’Ouest de la France. Cette compétence géographique est élargie pour l’Inset d’Angers, à la compétence Outre-Mer et comme le dit Patrick Debut : « notre vocation Ouest est vraiment du Grand  Ouest !»  

Le 3e pilier du fonctionnement est la vocation nationale de l’Institut qui est spécialisé dans les métiers relevant du domaine du social et de l’enfance. La lutte contre les exclusions et les politiques sociales d’autonomie entrent ainsi dans ses champs de compétence. Dernier élément d’importance à noter au niveau des caractéristiques structurantes de son mode de fonctionnement, c’est l’intégration des principes du développement durable : l’école est en effet un établissement éco-responsable. En résumé, Il lui incombe, ainsi qu’aux trois autres Instituts, de se rapprocher des territoires et  de ses publics grâce à un maillage fin de formations harmonisées.   

Outre ses caractéristiques de fonctionnement, le Centre d’Angers a plusieurs spécificités propres :

. Il a une vocation internationale du fait des partenariats noués avec certains pays comme le Sénégal, le Congo, le Maroc, Madagascar et Haïti à la suite du tremblement de terre qui a fait tant de victimes.

. Il assure des formations  inter-institutionnelles et inter-fonctions publiques. En 1996, l’ENACT (ex INSET), l’Ecole de la Santé publique à Rennes (EHESP aujourd’hui) et l’Institut national du Travail de Lyon (INTEFP actuellement) associent leurs savoir-faire pour proposer des « sessions inter écoles » à leurs jeunes lauréats de catégorie A. Le bilan de ces liens inter-écoles quinze ans après est tout à fait positif puisque ce réseau compte les 40 écoles nationales de formation telles que l’ENA, l’ENM, les 5 IRA, … (le « Réseau des écoles de service public » RESP). Ce dispositif original qui repose juridiquement sur un simple protocole d’accord a été présenté mi-octobre à Marseille aux directeurs de dix écoles nationales d’administration des pays de la rive sud de la Méditerranée. C’est dire l’intérêt que suscitent ces modalités souples de fonctionnement.

INSET d'Angers, vu du parc vers l'Institut   

La moyenne hebdomadaire d’accueil à l’Inset d’Angers varie entre 200 et 600 stagiaires.  L’Institut  dispose d’aménagements valorisants, tels qu’une salle de conférence de 600 places, d’un amphithéâtre de 250 places, de 15 salles de formation qui peuvent accueillir entre 10 et 60 personnes et des aires de détente. Le restaurant clair et fonctionnel peut servir 350 repas le midi. La capacité d’hébergement est de 100 chambres. 63 agents territoriaux permanents travaillent à l’Inset pour accueillir dans de bonnes conditions leurs collègues en formation initiale et continue.

INSET d'Angers, le parc et les grands chênes 

La présentation de Patrick Debut se termine. Il est temps de passer la parole à  Martin Vannier.      

Pour suivre le chemin

. INSET, Institut national spécialisé d'études territoriales d'Angers, Rue du Nid de Pie, BP Conseil de Développement d'Angers 62020 - 49016 ANGERS Cedex, Tél. : 02 41 22 41 22, http://www.inset-angers.cnfpt.fr/

. Sur la "formation des agents d'Outre-mer, une priorité stratégique", lire l'article paru sous ce titre dans "Service public territorial, n°4, juillet 2012.

. Conseil de Développement d'Angers http://conseil-dev-loire.angers.fr/index.php?id=32&tx_ttnews[tt_news]=68&tx_ttnews[backPid]=4&cHash=d90440d071

. Photos Elisabeth Poulain, la première avec Patrick Debut descendant l'escalier lors de la soirée d'accueil du Conseil de Développement d'Angers Loire Métropole, les autres pendant les vacances scolaires de la Toussaint un matin de franc soleil avec une très belle lumière.  C'est ce qui explique que les personnes de la fonction publique territoriale venues ici suivre une formation étaient déjà reparties ou pas encore arrivées.   

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Du télescopage de sens entre adjectifs négatifs et noms positifs

21 Octobre 2012, 14:13pm

Publié par Elisabeth Poulain

Les adjectifs qui dévalorisent ou contredisent les substantifs qu’ils accompagnent.  Tel aurait pu être aussi le titre de ce billet qui a pour but d’attirer l’attention sur des télescopages de deux termes qui provoquent des confusions de sens, des contradictions ou des fortes dévalorisation quand il s’agit de personnes.    La Tranche s-Mer, Hotel de l'Atlantique

Ces expressions sont tellement banalisées qu’on n’analyse littéralement plus les mots qui les constituent. Seul demeure le sens général que tout le monde comprend en France, sans discussion ni remise en question. Il faut être un étranger à notre culture, ne connaissant pas  notre langue,  pour s’étonner de ces binômes contradictoires tant leur appariement est illogique. On pourrait les ranger dans un tiroir-fourre-tout qui aurait pour nom « Bizarreries des Habitudes de Langage en France » et pourtant cela va plus loin. Voici quelques exemples non-exhaustifs.

Le citoyen. Le pauvre est bien mal traité dans la langue courante. On parle de lui comme d’ « un simple citoyen », une formule très courante, d’ « une citoyenne ordinaire » selon la formule dont une dame a parlé d’elle-même ou d’ « un citoyen lambda ». Le pire étant atteint par  « un habitant standard » dans la bouche d’un maire dans une réunion publique portant sur une grosse opération de concertation.

Ce simple citoyen serait alors une version édulcorée d’une autre catégorie de citoyens, ceux qui ne sont pas ‘simples’, des vrais citoyens, des plus que citoyens, des citoyens supérieurs?... Notons que le Ier prix d’usage le plus fréquent revient sans conteste  à ce pauvre simple citoyen.  Quant à l’habitant, il est placé bien en dessous du simple citoyen dans l’échelle de valeur. Le qualifier en plus de standard revient à lui dénier toute caractéristique propre, toute identité singulière, quelque chose qui fait froid dans le dos! 

Dans ces exemples, l’adjonction de l’adjectif  a pour utilité de distinguer ces « simples citoyens » « des experts » ou « des professionnels », en rétablissant de ce fait une nouvelle et réelle hiérarchie de classe. C’est une façon très usuelle d’opposer ceux qui savent aux autres qui par déduction ne savent pas. Celui qui reste, une fois les « Sachants » cités, est donc ce simple citoyen, celui sans lequel il n’y a pas de démocratie. Vous savez, ce régime si imparfait mais pour lequel on n’a pas trouvé mieux.

D’autres dévalorisations. Il en existe qui sont moins usités mais qui vont toujours dans le même sens. Je viens d’entendre à la radio l’expression d’ « un lotissement banal » pour désigner ce mode d’urbanisation vers lequel ne se précipitent pas les classes dites « supérieures ». Dans ce dernier cas, l’adjectif, comme son sens l’indique, a pour objectif d’éviter toute confusion avec les classes moyennes et les classes populaires.

La Ville à la Campagne

Ces quelques exemples sont choisis dans la vie de tous les jours, les paroles des journalistes, des politiques ou d’autres personnes ayant l’habitude d’être interviewées, à la radio, la télévision ou dans la presse, mais aussi par les gens entre eux, ou quand ils parlent d'eux. Le journal du Monde  est le seul à mettre ces dérives de langage entre guillemets  pour montrer l’absurdité de ce type de pratiques.

Avec un dernier exemple, qui n’a pas été trouvé dans "Le Monde", c’est celui d’ « un journaliste normal », qui rappelle, avec une certaine ironie involontaire le recentrage des devoirs d’un de ces professionnels du verbe sur leur cœur de métier.

Autant de situations qui ont  évidemment un sens qui est de montrer que la démocratie est toujours à protéger et à réinventer. 1789 n’est jamais loin. Il faut lire et relire Alexis de Tocqueville, plus connu et apprécié aux Etats-Unis qu’en France !

Pour suivre le chemin

. Lire en particulier l’article de Béatrice Gurrey dans le Monde du 25.09.2012, « Le débat sur la fin de vie, entre posture et émotion ».  La journaliste met des parenthèses à chaque fois qu'elle emploie un de ces couples de mots antinomiques, pour bien montrer que ce sont des citations et pas ses mots à elle.  

. Didier Sicard, le président de la mission de réflexion  sur la fin de vie, prend bien la précaution de parler des citoyens dans l’article distinct portant sur la mission elle-même, avec des extraits choisis par la journaliste. Le titre ce second article, signé B.G. « La mission de Didier Sicard à  «  la rencontre des citoyens ».

. Lire la biographie du philosophe d’origine normande (1805-1859)  sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexis_de_Tocqueville, enterré au cimetière de Tocqueville dans l’Eure. 

. Sur ce blog, lire Démocratie concertative > Mots du millefeuille territorial urbain  ainsi que le billet Raisonnement binaire + Couple antinomique > L'Abbaye de Fontevaud  

. Photo Elisabeth Poulain, Dessin France Poulain, avec mes remerciements pour son dessin "La ville à la campagne".

. Trouvailles postérieures: - dans une revue de luxe pour des voyages de rêve: "un vulgaire bussinessman" (toujours la vision d'un conflit entre la culture et l'argent!) d'un chroniqueur connu; - dans une revue municipale, l'opposition entre "connaisseurs ou simples curieux"...   

.  

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Seiches sur le Loir, vue et revue par Louis Maucourt, historien

25 Septembre 2012, 11:13am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est avec un grand plaisir et beaucoup de compétence que Louis Maucourt s’est spécialisé au fil du temps dans la reconstitution de l’histoire des petites villes qui ont gardé leur « esprit village ». Il a ainsi déjà travaillé sur Soucelles, Briollay, Tiercé et … Seiches pour laquelle il éprouve un lien tout particulier d’intérêt historique et d’affection. C’est en effet son deuxième ouvrage qui éclaire le développement de cette ville de plus de 3 000 habitants qui a toujours été liée à Angers dont elle n’est éloignée que de 20kms au nord.

Seiches, Matheflon- Le Loir

La Vallée du Loir suscite chez lui une curiosité bien particulière. C’est en effet un territoire qui continue à garder un certain mystère depuis des siècles, un mystère qui naît pour partie de l’ombre que lui fait sa grande sœur, la Vallée de la Loire. Distinguer le Loir de la Loire continue à être une difficulté pour un grand nombre de touristes étrangers. Mais il n’y a pas que cela dans l’attachement que l’auteur Louis Maucourt porte à Seiches dans cette refonte de la première édition datant de 1999, enrichie avec de nouveaux documents et une nouvelle iconographie.

Le propos de l’auteur n’est pas seulement de raconter l’histoire de Seiches, la petite comme la grande, mais de montrer comment les deux s’imbriquent l’une dans l’autre dans cette boucle de la rivière « Loir », placée sous le signe de l’eau. C’est l’eau abondante et accessible qui a permis l’implantation des grands moulins sur les bords de cette rivière. C’est l’eau qui a permis l’acheminement des pierres, celles avec lesquelles sont édifiés des châteaux dont l’importance nous étonne encore. Il est vrai qu’une des particularités de Seiches sur le Loir est sa grande superficie (2883 ha).  

Seiches, Le Loir, Arbre

L’eau encore qui s’associe avec la terre riche pour fournir le blé à moudre au moulin et l’herbe tendre à brouter aux vaches. Outre le lait et la viande, elles ont aussi donné leur cuir comme matière première à la création d’une puissante industrie du tannage, tout en préservant la profonde culture rurale et forestière du lieu. Car l’arbre est aussi une des lignes de force du lieu. Encore aujourd’hui, la forêt, qui n'a pas été morcellé, occupe près d’un quart du territoire de la commune, comme on peut le voir dans le Bois de Boudré (260ha), qui est la propriété du Conseil général du Maine et Loire . C’est la forêt qui a donné le bois, indispensable aux constructions, aux moulins, au chauffage, aux bateaux qui assuraient le transport par eau…qui explique aussi pourquoi tant de bonnes fées se sont penchées sur le site.  

 Seiches-Matheflon-Eglise-LainardIMGP5520  

Ce territoire  est en effet apprécié depuis fort longtemps, comme en atteste le Dolmen de la Pierre au Loup  édifié il y a 4 000 ans au néolithique. Après une longue période d’endormissement, le réveil s’est marqué au XIe siècle par la création du Prieuré Saint-Aubin dépendant de l’Abbaye du Ronceray d’Angers. Au XIIe siècle, le Seigneur de Matheflon contribua à la construction de l’Abbaye de Chalocé à Chaumont d’Anjou et la dota de la propriété des Bois de Boudré situé entre le hameau de Matheflon et le Loir. La présence religieuse aujourd’hui encore est visible grâce  à l‘ancien Prieuré remanié et jouxtant l’Eglise Saint-Aubin (XIIème – XIXème), le « Couvent »,  ancien logis ou Prieuré Sainte-Croix (XVe siècle) desservant jadis le Château du Verger, la Chapelle Notre-Dame de la Garde (XVe), haut lieu de rencontre des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle. On voit encore à Seiches, la ferme de la « Coquille », « l’Hostellerie Saint Jacques », l’emplacement des « bourdons » ou « bâtons des pèlerins" sur les tours encore existantes du Château du Verger.

Seiches, Matheflon- Château du Verger

De nombreux monuments  de prestige demeurent encore aujourd’hui. Citons parmi les plus célèbres, ce Château du Verger situé à la sortie du hameau de Matheflon qui dépend de Seiches, au nord en allant vers la forêt qui encore aujourd’hui occupe une bonne partie du nord de la boucle du Loir. La notoriété de ce domaine clos de 7 kms de murs enserrant 160 hectares, tient non seulement au bâti très classique dont il ne reste que la partie avancée visible de la petite route, mais aussi aux jardins dont le raffinement et l’importance montraient clairement une volonté de prestige. Son appartenance à la grande famille des Rohan explique vraisemblablement cela.

Construit en 1499, sur la base d’une ferme fortifiée (1441),  il fut détruit en 1776. Mais il a conservé ses tours d’entrée et ses douves en eau impressionnantes dans un paysage aussi paisible. C’est dans ce prestigieux château que fut signé le Traité dit « Du Verger », ou « Traité de rattachement de la Bretagne à la France ». Au XIXe siècle, la construction d’autres châteaux de style néogothique pour certains témoigne de la vitalité de la commune à cette époque d’ouverture de la société du en particulier au développement des transports terrestres, qui modifièrent profondément l’équilibre économique.

Jusqu’à cette époque et pendant plus d’un millénaire, c’est le transport fluvial qui avait assuré une grande partie des échanges commerciaux. Le port de Seiches était actif. Il avait pour avantage d’être un avant-poste de la grande ville d’Angers, avec  trois moulins encore en exercice au début du XXe siècle. Aujourd’hui un des plus célèbres moulins de la Basse Vallée du Loir est assurément toujours celui de Matheflon qui date du XVe siècle.

Seiches-MatheflonI, Moulin

 

Située à un endroit stratégique, au bord du Loir jadis navigable et au croisement de la route impériale reliant Nantes, Angers à Paris et d’une transversale entre les vallées du Loir et de la Sarthe, la ville a connu dès lors  un fort développement industriel avec une papeterie, une filature de laine, une fabrique de pointes, une carrière de grave et aussi un remarquable savoir-faire dans le travail du cuir. C’est sous le nom des « Tanneries angevines » qui employèrent jusqu’à 400 ouvriers, que cette industrie modela profondément l’architecture et l’urbanisme du centre de la ville de Seiches au milieu du XXe siècle.

Aujourd’hui, la ville s’est résolument engagée dans une nouvelle aventure territoriale d’importance de façon à gagner en synergie en jouant, dans le cadre du pays d’Angers, la carte de la « polarité » au sein de la Communauté de Communes du Loir axée au niveau de son développement sur trois filières : « l'Agro – alimentaire  et la filière  Agricole », la filière « Industrielle » et la « Logistique-Transports » plus particulièrement en direction de « l’e-commerce »...

Et c’est Louis Maucourt grâce à son ouvrage qui montre la profonde cohérence de l’histoire de ce territoire emblématique que constitue Seiches sur le Loir ! 

Seiches-M. Maucourt

 

Pour suivre le chemin

. Lire le nouvel ouvrage de 640 pages de Louis Maucourt « Seiches-sur-le Loir en Anjou, Un territoire, Lieu de rencontre avec l’histoire de France », avec une nouvelle iconographie et des cartes anciennes, à se procurer auprès de l’association « Familles rurales de Seiches », 7, rue des Moulins Matheflon, 49140 Seiches sur le Loir, 02 41 76 21 99  et 06 85 82 15 16, pour un coût préférentiel de 20E l’unité lors de la souscription, 25E ensuite.

. Aller voir le Loir à Seiches et consulter avant http://www.seiches-sur-le-loir.fr/ ainsi que http://fr.wikipedia.org/wiki/Seiches-sur-le-Loir avec cette très belle photo aérienne du centre de Seiches  et aussi pour aujourd'hui  http://www.cc-duloir.fr/vitalite_economique.aspx  

SEICHES~Vue aérienne-Cité-des-Rabières 

. Découvrir en photo le dolmen situé dans un domaine privé au lieu-dit « Grandchamp du Loup », sur http://patrimoine-de-france.com/maine-et-loire/seiches-sur-le-loir/dolmen-dit-la-pierre-au-loup-2.php

. Photos Elisabeth Poulain, AL et Wikipédia pour celle du bas, avec mes remerciements  

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Le Noir et Blanc en nostalgie > Les meules dans les champs

15 Août 2012, 07:35am

Publié par Elisabeth Poulain

Dans les années 50, on voyait encore des meules dans les champs, comme autant de petites maisons provisoires édifiées par l’homme et qui n’abritaient pourtant que des petits animaux à quatre pattes, pas forcément sympathiques. Leur présence, celle des meules pas celle des rats, manque quand on se surprend à admirer bien rangées ou non ces grosses balles rondes que tout photographe a au moins saisies une fois dans sa vie. Mais aujourd'hui, il s'agit de remonter le temps.

Meules petites, Nord de la France

Actuellement, on ne voit plus guère de meulesdans les pays équipés en moissonneuses-batteuses et dans les champs facilement accessibles à la machine. On en trouve encore actuellement dans certaines régions de petite montagne en Europe orientale, comme en Bulgarie ou en Roumanie par exemple où il demeure une culture de la petite exploitation paysanne telle qu’on en connaissait en Europe occidentale avant 1960.

Meules en alignement

Lors des différentes séquences de la moisson,le beau temps joue un grand rôle. Des gerbes sont confectionnées lors du coupage. Elles sont ensuite assemblées en meules le temps du séchage et rassemblées près du point de battage pour séparer le grain de la paille. Avec le machinisme agricole, c’est désormais la moissonneuse qui coupe, la moissonneuse-lieuse qui met en gerbe et la moissonneuse-batteuse qui maintenant fait les deux. La récolte du foin proprement dit vient ensuite. Lors de la fenaison, le foin va sécher sur place. C’est le soleil qui dans nos régions s’en charge le plus souvent, mais il suffit que de trop fortes pluies adviennent et la paille courre alors le risque de pourrir dans les champs. C’est la raison pour laquelle, les agriculteurs interrogent toujours le ciel et désormais les services de météorologie en ligne pour avoir des fenêtres de beau temps.

Les photos qui datent des années 50. Elles montrent les petites  meules qui sont édifiées avec celles-ci, un ou quelques jours après. Le nombre et l’emplacement des meules sont fonction de la productivité du champ. Elles sont parfois disposées de façon aléatoire ,ou déjà mises en ligne grâce  à une coupe mécanique, des meules déjà prêtes en bout de ligne.

Meules en alignement, Russie occidentale

Lorsque le séchage est optimal , le tracteur tirant une grande charrette à foin est posté au plus proche des différentes petites meules. Le travail est dur. Il consistait à prélever à la fourche le blé du sol à une plate-forme et de celle-ci à la charrette, sachant que l’opération inverse devait être faire à l’arrivée à la ferme pour y effectuer l'opération de battage du blé pour en recueillir les grains et récupérer le foin.

Meules, Ramassage du foin, Nord de la France

Actuellement la fenaison est beaucoup plus rapide. Les moissonneuses-batteuses recueillent le grain d’un côté et laisse les tiges du blé bien en ligne sur le sol. Après séchage de quelques jours, la paille est rassemblée en bottes rectangulaires (120 à 600kgs) ou en balles circulaires (120 à 300kgs). Celles-ci sont automatiquement revêtues d’un film plastique pour faciliter la manutention lors de l’enlèvement, du transport et du stockage avant utilisation et les préserver de la pluie et des rongeurs. En France, ce sont les balles qui dominent dans les champs.

L’instant nostalgie. Aucune personne ayant travaillé dans les exploitations agricoles ne regrette le bon vieux temps des moissons, ces moments de très forte sollicitation physique à en avoir le dos cassé après avoir travaillé 12 à 18 heures par jour pour finir avant les pluies. Il n’en demeure pas moins que les meules fascinent toujours autant. Les photos en témoignent. On retrouve aussi cet attachement à l’abri qui préserve et protègera l’hiver contre le froid avec maintenant la maison en paille. En attendant cette dernière, voila déjà une hutte qui ressemble fort à une meule!Elle est édifiée avec du roseau des marais et non pas avec de la paille.

Meule, en fait une hutte, Styrie, Autriche

Pour suivre le chemin.

. Chercher des ouvrages anciens, comme ce « Nouvel Atlas Mondial » du Dr Eugène-Th Rimli/ Prof. Dr Louis Visintin, avec 500 cartes et 550 illustrations, aux éditions Stauffacher SA, 1958, ou « La Somme, Richesses de France », 1962.

. Vous trouverez aussi parfois des trésors à condition d’être patient et tenace dans des vieilles revues de camping caravaning, comme dans ces deux exemplaires de « Caravaning », n° 206 de février 1973 et n° 208 d’avril 1973.

. Je n'ai qu'un seul souvenir de meule et de moisson. Je devais être très jeune. Je garde en mémoire la chaleur écrasante dans le champ, la poussière, les mouches qui piquaient et les petites blessures des pailles sur la peau des bras et des mains... Cela se passait en Alsace et j'avais vraiment du mal à comprendre pourquoi les autres enfants trouvaient ça si joyeux!

. Photos, les sources citées et toujours Wikipedia pour les meules , avec mes remerciements aux contributeurs.

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La Ville vue par l'Espace interstitiel > la Fente en perspective

19 Juillet 2012, 17:38pm

Publié par Elisabeth Poulain

La ville, vous connaissez puisqu’elle occupe actuellement dans le monde un % de l’espace libre jamais atteint jusqu’alors. L’Homo sapiens du Xe millénaire est désormais sans conteste un urbain qui habite de plus en plus loin de son lieu de travail.

Perspective de nuit, Bruxelles, Nuit Blanche 2007 

L’espace, du fait de la densification de l’urbanisation, est une denrée qui devient de plus en plus rare dans le centre des villes, de plus en plus recherchée et forcément de plus en plus chère. On peut le voir comme un vide au sol, disponible à la construction ou autres usages tels que l’édification de voies diverses et variées qui permettent aux flux humains d’aller d’un point à un autre sur un espace plat, c’est la rue, ou souterrain, c’est le métro ou le tunnel pour les voitures. On peut aussi l'appréhender autrement. 

L’interstice est un espace entre des éléments d’un tout. Rapporté à l’espace urbain, c’est l’endroit situé non pas seulement en bas, sur le trottoir ou la voie mais d'une façon globale, résiduelle, entre des bâtiments, qui ont tendance à manger l'espace du haut de plus en plus haut. Il y a là quelque chose de nouveau qui pourtant a déjà existé dans l’histoire de la ville close, protégée par des remparts au Moyen-Age. Les rues en bas étaient plus larges qu’en haut dans les étages, parfois si proches qu’on pouvait passer d’une maison à une autre. Ce n'est pas le cas maintenant.

Giorgia O'Keeffe, 1926, City Night

La fente est le nom donné à l’effet de perspective qui a tant fasciné ces peintres  américains, qui se sont focalisés sur ce vide en utilisant la perspective entre des immeubles plus hauts que ne peut l’imaginer l’esprit, ou en jouant sur la confrontation entre un gratte-ciel en face à face avec un autre ou plusieurs autres, comme dans un duel de puissance pour supplanter l’autre. Les hommes et les femmes sont absents de la scène montrée, ce sont eux qui regardent.

C’est Giorgia O’Keeffe qui la première en 1926 a cherché à rendre la tension de ces face-à-face multiples dans la solitude de la nuit. Sa peinture très construite en aplats de bleus noir profond, moyen et clair par devant  est éclairée par les facettes de deux tours d’un blanc impossible dans le fond avec un soleil blanc nimbé de bleu ciel tout en bas presque au centre du tableau. Ce blanc vient heurter le noir de chaque côté avec un espace central du même bleu moyen que celui qui sépare les ensembles d’immeubles les uns des autres. Le nom de cette toile « City Night », pour mettre l’accent, non sur l’architecture mais sur l’ambiance de la nuit qui colore l’espace quand on lève la tête au ciel pour saisir l’espace au-dessus de soi, la nuit quand tout est possible. C’est ce qui reste quand tout le reste est éteint.

Giorgia O'Keeffe, Rue New York 

La même année, elle réalise une vision diurne de la rue. Son tableau cette fois-ci s’appelle tout simplement « Rue, New York ». Cette fois-ci, c’est l’étrangeté qu’elle montre avec un groupe d’immeubles en parois verdâtres de juxtaposition horizontale sur la droite. En face des immeubles non accolés, avec des débordements qui jouent une partition plus chaude. Au milieu dans la fente, tout au fond, en dessous d’un bleu très clair veiné de nuages doux, un lampadaire d’allure londonienne retient l’attention par son incongruité. Sans lui, il n’y aurait rien, comme le soleil blanc justifiait toute la précédente toile.

C’est Earle Horter qui signe en 1931 la troisième représentation d’un immeuble à New York. Cette fois-ci le gratte-ciel est placé au centre de la création sur papier. C’est lui qui est le phare qui éclaire le monde. La fente placée à sa gauche en bleu ciel n’a pour but que de rejeter dans l’ombre noire l’autre bâtiment sur la gauche. La composition très travaillée montre l’extraordinaire composition graphique des façades et la  complexité d’une quasi-dentelle en ocre-rose-vert et noir. Cette fente là est alors un simple faire-valoir qui oriente l’équilibre vers la partie droite de l’œuvre, avec la jonction très sophistiquée de la liaison entre les deux bâtiments. La vraie fente est cette fois-ci directement intégrée à l'immeuble qui s'en est emparé, tellement grande est sa force. Le peintre ne s'est pas situé tout en bas sur le sol, ce qui modifie l'effet.

Earle Horter, The Chrysler Building under construction, 1931 

L’œil est à ce point habitué à voir en perspective qu’il recrée inconsciemment des lignes droites là où il ne les voit pas, avec cette habitude contemporaine de finir le haut d’un bâtiment en pointe de flèche pour allonger encore la ligne, apaiser la vision et éloigner la présence des autres bâtiments. C’est l’idée que plus on est haut, plus on est seul au monde, plus on est fort. Alors que Giorgia O’Keeffe montrait le monde vu d’en bas et ça, ça l’interpellait, cette ligne de fuite comme dernier espace de liberté d'un tout petit personnage placé en bas.

Quant à nos architectes contemporains, qu'ils soient en Europe, aux Etats-Unis ou en Chine, ils intègrent maintenant la fente dés le départ dans l'ensemble construit, pas seulement pour limiter l'effet "bloc" mais pour montrer leur pouvoir d'accaparer l'espace, à partir de ce coeur rayonnant allongé. Il n'y a plus de fente par lequel l'esprit peut s'évader pour rejoindre l'immensité du ciel, seulement un rail qui conduit à voir le haut de l'immeuble.  C'est ce que montre par exemple cet immeuble de bureau illuminé en bleu lors d'une Nuit blanche à Bruxelles par lequel commence ce billet.    

Pour suivre le chemin.

La première toile de Georgia O’Keeffe a été sélectionnée pour une affiche montée sur bois, que j’ai achetée à Emmaüs, il y a quelques années. Il s’agissait  d’annoncer une exposition de “William Carlos Williams and the American Scene 1920-1940, Whitney Miseum of American Art –december 12, 1978-february 4, 1979, supported by a grant from the National Endowment for the Humanities”.

. La seconde création  de Giorgia O’Keeffe date également de 1926. A dire vrai, les toiles n’étant datées que par l’année, je ne sais quelle est la première à avoir été faite. Par contre, je sais bien laquelle j’ai découverte en premier  à Emmaüs. C’est « City Night ». "Rue, New York" figure dans les "1001 Tableaux qu’il faut avoir vus dans sa vie », une sélection de Flammarion, avec une préface de Pierre Assouline, sur un concept très américain.  Outre « Rue, New York », la peintre a été sélectionnée deux autres fois avec un nu très réussi d’une femme assise au bord d’une piscine (1917, Nude Series, VII, aquarelle) et d’une huile de 1936-1937 représentant trois fleurs blanches « Recuero-El Corazon. »

. La troisième œuvre a été choisie pour figurer sur la couverture de la « trilogie new-yorkaise » de Paul Auster dans la collection de poche Babel. Pour voir la (vraie) tonalité des couleurs choisies  par l’artiste, il faut vous référer au fonds du Whitney Museum qui le présente sur son site. http://whitney.org/Collection/EarleHorter  

. Pour commencer le billet, une photo de la Nuit Blanche à Bruxelles pour le jeu de perspective en bleu, photos Elisabeth Poulain, à voir dans l'album "Art2".

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Le Grand Large à Dunkerque sur le port > Un souffle d'air nouveau

29 Juin 2012, 17:38pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une franche réussite que d’intégrer l’air à l’architecture sur une friche portuaire en le faisant rentrer dans la construction, plus encore en en faisant un élément essentiel du concept architectural. Une jolie façon d’associer intimement l’air du vent toujours présent au bord de la mer, à la terre des anciens quais et entrepôts portuaires et à l’eau de la mer qui rentre dans le port. « Le Grand Large » est une création architecturale qui agrandit le centre vers la mer, bouleverse le paysage de la ville et modifie la perception visuelle du rapport à l’espace.

Dunkerque, Port, Grand Large, Perspective Quai nord, 2008

La ville-port de Dunkerque. C’est une ville, située au bord de la Mer du Nord, près de la frontière avec la Belgique, dans l’ancien comté de Flandres. Elle compte 100 000 habitants, auxquels s’ajoutent 100 000 autres personnes qui habitent les communes de l’agglomération. Le port reste actif puisqu’il se situe au 3è rang en France. Parmi les produits, citons le trafic minéralier et pétrolier, le trafic des porte-conteneurs et celui des produits pétroliers. La nature du trafic maritime a modifié le type d’installations portuaires, surtout en centre- ville comme dans beaucoup d’autres villes-ports littorales  en Europe, Londres, Amsterdam, Le Havre, Rouen, Bordeaux, Bilbao, Saint-Nazaire …. Les effets de la baisse globale d’activités portuaires à l’exportation et la modification des flux de marchandises à l’échelle mondiale ont entraîné à Dunkerque la fermeture des chantiers navals en 1988, avec en conséquence les mêmes effets qu’ailleurs, la libération de grandes zones urbaines vides d’activités.

Dunkerque, Sortie du Port, Belvédère, Belvédère, vue en face, 2008

La reconquête urbaine des quais avec « Neptune ». C’est un terme qui est très utilisé dans les opérations d’urbanisme qui ont un double objectif, l’utilisation d’espaces jusqu’alors affectés à d’autres usages en vue de la création de nouveaux quartiers à habiter et de ce fait l’agrandissement d’un centre doté d’une plus grande vitalité. A Dunkerque, l’agglomération a en outre décidé de tourner la ville vers la mer, coincée par l’arrière dans son développement par la configuration des canaux des wateringues. L’espace libéré par l’arrêt des chantiers, ouverts de 1902 à 1987, pouvait être une solution. Encore fallait-il concevoir un projet global innovant pour confirmer et organiser cette volonté de la collectivité. Ce fut l’œuvre de Richard Rogers, désigné lauréat après consultation. En 1991, l’agglomération adopte son master-plan désormais appelé « Neptune » de « reconquête des quais en vue de l’ouvrir sur la mer ».

Le retournement vers la mer avec « Grand Large ».  C’est le nom du nouveau quartier situé le long du quai de l’Armement nord, une opération urbaine confiée à l’Agence Nicolas Michelin, pour en faire un élément-phare de nature à éclairer l’ensemble et signer le renouveau architectural. Le site occupe environ 40 hectares, avec une implantation directe sur les bassins, protégé des vents marins par la digue érigée sur l’ancienne ligne de fortifications qui protégea la cité pendant cinq siècles des invasions anglaises. Un belvédère y est maintenant implanté. Il offre une vue remarquable à 360° sur le canal exutoire implanté dans l’ancien fossé des fortifications, la longue plage de Malo-le-Bains, la mer, le port de loisirs près du quai   d’en face, le centre de la ville et le nouveau quartier, de droite à gauche quand on est face à la mer. Il est prévu  également pour 2013 un pont de 125 mètres de long qui permettra de rejoindre les deux rives portuaires,  semi-levant sur 25 mètres pour laisser passer les bateaux à voiles.

Dunkerque, Port, Grand Large, Perspective Quai nord, 2008

La composition de l’ensemble. On compte  500 logements répartis  dans des maisons hautes à gables de 5/6 étages de haut, implantés sur deux lignes et des parkings en-dessous, avec au milieu des petits collectifs  dotés de jardins et de parkings particuliers. Ce sont ces immeubles à gâbles qui ont surtout retenu l’attention de la profession et des média. Les gâbles sont l’appellation technique des toits très spécifiques des maisons hautes. Contrairement aux toits classiques qui sont assemblés sur place, ceux-ci sont posés une fois terminés à l’aide d’une grue adaptée afin d’éviter les ponts thermiques. Leur ossature bois est recouverte d’une double enveloppe d’acier et d’aluminium. Leur forme rappelle les constructions anciennes flamandes dans les villes. Elles ont aussi pour certains à la sensibilité marine l’allure de la proue d’un navire dressée vers le ciel. Leur allure étonne et leur couleur grise pierre ponce renforce ce sentiment qu’on est face à quelque chose de nouveau, sans balcon saillant, sans baie vitrée démesurée, avec une volonté réussie, de maîtrise de l’espace dans ses trois dimensions.

Les caractéristiques. La hauteur est mesurée. Il ne s’agit pas d’ériger de gros immeubles en ligne, avec quelques éléments de différenciation visuelle de façon à casser l’uniformité réelle. Ici il n’y a pas de barre mais une juxtaposition de maisons hautes accueillant plusieurs logements. La longueur s’inscrit dans le site. Elle est fonction de la longueur du môle, afin de garder taille humaine et éviter l’effet de compactage. La largeur permet de placer des logements en façade quai avec vue sur le port et d’autres sur l’arrière. Dans cette hypothèse, la vue donne sur un cœur d’îlot  intérieur occupé en bas par des petits collectifs bas à couverture bois entouré de jardin et en face à face sur une seconde ligne de ces maisons hautes à gables. Sur les côtés ou devant, des loggias sont comprises dans la paroi.

Dunkerque, Port, Grand Large, Vue intérieure, 2008

L’harmonie des matières et des couleurs. Les façades des maisons hautes ont la couleur gris clair de la pierre ponce. Leur sobriété chromatique n’est cassée que par  une fine différenciation des immeubles conçus sur le même type mais avec des différences. Aucun n’est exactement pareil à un autre, de la même façon que les fenêtres jouent la différence et dans leurs dispositions, leurs dimensions, leur profondeur d’encastrement, leurs formes… D’un autre côté, il y a une unité dans le style.

C’est le rythme qui compte avec un jeu à deux, entre maisons hautes voisines. Le résultat est franchement réussi. Le revêtement contribue aussi à  cette diversité, avec du bois pour deux des unités d’habitations ou du béton de pierre ponce gris, gris plus clair, ou quasiment blanc. Le lien d’uniformité entre ces éléments de façade vient, outre la forme du bâti et le choix des types d’ouverture, des pignons à gable en métal qui donnent un aspect très fini et technique qui s’insère parfaitement dans ce paysage portuaire.  Il ne s’agissait pas de faire du « joli » en  style balnéaire actuel déjà obsolète, ni à la manière de …. Il fallait faire autrement. C’est réussi.

Dunkerque, Port, Grand Large, de l'intérieur vers le quai, 2008 

Le repoussement du végétal à l’intérieur de l’îlot. Cet espace intérieur est occupé par des petits bâtiments de forme cubique à deux étages, parallèlement  à la ligne d’’implantation des immeubles à gâbles devant et derrière. Mais l’ambiance est tout à fait différente. C’est le bois qui domine dans ces constructions paisibles à grand balcon intérieur ou extérieur entourées de verdure. L’alliance entre les deux voisines est intéressante, attribuant à chaque espace sur le quai ou derrière un rôle à jouer, avec des avantages pour chaque situation. A se promener dans les allées jardinées en coeur d'îlot, on aperçoit la façade arrière simplifiée des immeubles de la première rangée. Quant aux habitants des immeubles, ils aperçoivent les toitures végétalisées des petits collectifs. Quant aux panneaux solaires sur les toitures, seuls les oiseaux les voient !

Et le vent ? On ne l’oublie pas. On ne peut l’oublier car les fameux gables qui sont la signature visuelle de l’ensemble, outre qu’ils rappellent le style flamand, abritent une roue qui aspire l’air. C’est un système de ventilation naturelle assistée (VNA) à double flux qui fait pénétrer l’air dans les appartements.  

La réussite de l’ensemble. Cette réalisation de l’Agence Nicolas Michelin Architecture a reçu une mention spéciale à l’Equerre d’Argent 2010, qui est l’un des plus importants prix d’architecture français.

     Dunkerque, Sortie du Port, 2008

Pour suivre le chemin

. Le Projet Neptune http://www.communaute-urbaine-dunkerque.fr/fr/dunkerque-coeur-dagglomeration/il-etait-une-fois-neptune/index.html 

. Le Projet Grand Large, qui est une des déclinaisons du masterplan Neptune,  http://www.aucame.fr/web/publications/etudes/fichiers/Fiche_Dunkerque.pdf 

. Le site de l’Agence Nicolas Michelin Architecture, sur http://www.anma.fr/ 

. Un site très complet sur l’urbanisme et l’architecture de Dunkerque et qui retrace toute l’opération Grand Large en la resituant dans son concept, avec de nombreuses photos et projections de l’Agence Nicolas Michelin http://fabien.devos.perso.sfr.fr/nept.html 

. Sur le pont de 125 mètres de long, semi-levant sur 25 mètre  pour laisser passer les bateaux, lire l’article de la Voix du Nord http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Dunkerque/actualite/Secteur_Dunkerque/2011/01/03/article_grand-large-a-l-ete-2013-le-pont-du-texe.shtml

Dunkerque, Sortie du Port de Loisirs, Belvédère, Plage Malo-les-Bains, 2008 

. Photos Elisabeth Poulain. Elles datent de 2010. Depuis lors, le chantier a bien avancé. Au total, 1 000 logements sont prévus. Un pont levant a été construit dans le fond du chenal près du centre; un autre est prévu en avant de Grand Large pour faciliter les fluxs transversaux.   

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Prospective 2020 > Transversalité en Démocratie participative > Angers

9 Avril 2012, 18:06pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Après le rôle de la bibliothèque dans une ville, vu dans une optique de prospective à l’aune 2020, une date à la fois lointaine - on change de décade - et proche - c’est demain -,  un autre volet s’ensuit presque logiquement. Il porte sur la transversalité entre les différentes instances de la démocratie participative. Cette fois-ci, il ne s’agit plus de restituer les propos d’un sociologue spécialisé dans un thème sociétal d’importance, comme Claude Poissenot  l’est dans celui des bibliothèques, mais de voir comment un groupe de travail arrive à dégager du sens dans un questionnement qui n’a rien de facile ou d’habituel qui s’inscrit dans le cadre de la démocratie participative.

Frédéric Béatse, Maire Angers

Ce thème de la transversalité, l’un des trois sélectionnés par l’équipe municipale en ce samedi matin du 31 mars 2012, a été choisie par douze participants volontaires, membres de conseils de quartier, de comités, d’instances diverses et variées, caractérisés par leur ancrage territorial, un thème comme l’environnement par exemple ou  le développement de l’agglomération… L’idée sous-jacente est qu’émerge actuellement un besoin fort de gagner en synergie entre les multiples formes de la démocratie participative. C’est aussi une façon d’identifier les points possibles de connexion potentiels et d’accroître ce faisant la visibilité et l’efficacité de l’engagement des citoyens sur le terrain dans une logique de système.

L’objectif du groupe de travail était de dégager en une petite heure des éléments de valorisation de nos expériences allant dans le sens de la  transversalité de la participation, sans avoir besoin de créer en plus une nouvelle instance, mais cela n’a pas été dit. C’était pourtant une ligne de force sous-jacente à cette démarche qui s’inscrit dans une logique de prospective, une démarche totalement nouvelle dans une agglomération de plus de 280 000 habitants.

Sylvia Camara Tombini, Elue Responsable Participation

Les mots de la transversalité ou les neuf portes d'entrée sur la tranversalié

. 1. la visibilité, grâce au séquençage de l’action menée par le groupe de travail. Le groupe définit les différentes séquences de façon à ce qu’une ou des personnes puissent s’adjoindre au groupe sur la séquence donnée, voire plus. C’est une façon de prendre en compte le peu de temps disponible d’un grand nombre ;

. 2. l’utilité, parmi ces raisons il y les retombées du travail en commun, retombées directes et indirectes. Citons parmi les retombées directes car elles visent la mise en application du projet d’un groupe de travail-habitants, comme le montage de faisabilité de la location de voiture par des particuliers, la reconstitution du fil de la mémoire d’un quartier en pleine rénovation urbaine, la valorisation de l’espace public en trottoir et autour des pieds d’arbre par des mini-jardins de rue, le tracé d’un chemin de promenade dans un bois urbain…. Parmi les retombées indirectes, le lien d’appartenance à un groupe, un nouveau regard porté sur l’espace public, un sentiment de responsabilité personnelle, le fait de comprendre et d’apprendre tout en agissant, la recherche de l’information, la rencontre avec des gens différents de soi…

. 3. la dimension humaine, elle est au cœur de la transversalité et justifierait à elle seule le mécanisme. Nous allons retrouver cette dimension à chaque fois, que les gens viennent au titre d’une instance ou à titre individuel. Ce qui est important, c’est qu’ils soient là, ensemble, à agir;

Bruno Hindahl, Directeur Communication, Angers

. 4. la cohérence, c’est celle qui existe au niveau territorial entre le groupe de travail, le quartier, la ville, la ville d’à côté…On retrouve là la dimension systémique : pour comprendre le lampadaire en face de chez moi, ou du petit bout de trottoir près de ma porte, j’ai besoin d’apprendre et de comprendre et je vais…au Conseil de Développement pour m’informer sur le plan local d’urbanisme, tout en participant sur certains    thèmes ;

. 5. l’implication citoyenne, dans sa dimension d’utilité sociale. Ce que les gens font est utile à la vie ensemble. Une facette de cette dimension est la nécessité pour la Cité de reconnaître et de valoriser la filiation d’origine « c’est une initiative de … » Suit le nom de l’instance qui a porté le travail à faire.  Cette valorisation par les autorités municipales s’appelle « ne pas rompre le fil de la mémoire » en rendant à César ce qui est à César ;

. 6. les retombées pour chacun et pour d’autres. Il s’agit là de penser en terme qualitatif et premier et non pas en terme de quantitatif objectif, tel que le ferait un professionnel par exemple. C’est le plaisir que l’on a, par exemple, à constater que les petites plantes mises en terre dans le mini-jardin de rue, entre asphalte et mur, poussent avec allégresse. C’est le plaisir personnel du jardinier de rue à distinguer de celui du passant content de voir que le décor de la rue s’embellit;

. 7. la fluidité du partage par la parole. Cela s’appelle aussi « aller à la rencontre des autres », pour échanger quel que soit le niveau, dans la rue lorsqu’on marche, en réunion pour demander des nouvelles du ou des groupes de travail qu’on connaît…On peut dire et faire sentir beaucoup plus avec les mots prononcés qu’avec des mots écrits. Les premiers sont « vivants »,  les seconds « inertes »; 

François Lemoulant, Directeur

 . 8. la création de sa propre information de groupe par écrit  et la mise à disposition de cette information aux membres du groupe & co et aux autres après, si telle est la volonté du groupe, en apprenant à chercher l’information, à la mettre en forme, à faire un compte-rendu, à la transmettre…Cela s’appelle « préserver le fil de la mémoire ». Le besoin d’information a été une des premières demandes d’une des participantes;

. 9.  l’accroche, c’est une façon de rapprocher l’action menée par le groupe de chaque personne, en ouvrant grand la porte, pour lui donner envie de venir, avec la reprise du slogan publicitaire de Mc Do (Come as you are) « Venez comme vous êtes, chacun avec votre différence. Nous avons besoin de vous. »

Et ce qu’on n’a pas eu le temps de dire en si peu de temps. Parmi les suggestions : l’échange des numéros de téléphone et des mails des différents responsables qui veulent bien transmettre ces données ou ceux d’une personne-référent de chaque instance, un récapitulatif sous forme d’abcédaire des initiatives citoyennes, une crèche pour accueillir les jeunes enfants pendant les réunions, des albums-photos comme ce qu’a fait Belle-Beille pour valoriser le quartier, la recherche photographique du petit patrimoine…

Claire Canault, Chargée de Communication, Angers

Pour prendre le chemin de la prospective

. Cette matinée « Communication » a été organisée par Bruno Hindahl, Directeur de l’Information et de la Communication d’Angers, avec Claire Canault, Chargée de Communication pour l’Atelier 1 « Inciter les Angevin à participer à la vie locale », François Lemoulant, Directeur du magazine « Vivre à Angers » pour l’Atelier 2 « Valoriser le travail des instances et démarches par la transversalité »  et Laurent Poucan, Responsable du Pôle Communication, pour l’Atelier 3 consacré aux « Réseaux sociaux. ». La matinée a été placée sous le signe de la nouvelle devise d’Angers « Ma ville, + j’y participe, + elle me sourit », ce qui était tout  à fait en situation. Chacun sait en effet que l’action libère des endorphines, des hormones du bien-être.  

. Quelques précisions d’abord. Ce billet fait suite à la tenue d’un groupe de travail (voir ci-dessous) qui a donné lieu à une restitution à la mairie d’Angers. Les propos de ce billet intègrent pour partie des réflexions dégagées par les membres et pour partie des réflexions personnelles. Il ne saurait en aucune façon être un compte-rendu, ni officiel ni officieux. Il ne restitue pas l’ensemble de ce qui a été dit. En sens inverse, il intègre des éléments de réflexion personnelle, portant sur la connexion, qui a une connotation active de mouvement (image de la boule d’un flipper), alors que la transversalité me paraît plus « statique » (image d’une ligne tracée à la règle). La connexion a en outre un autre avantage, qui est de pouvoir réfléchir en terme de plan concentrique ouvert. En terme pratique, cela veut dire qu’il est possible de commencer le plan par n’importe laquelle des neuf portes d’entrée, en laissant la porte ouverte au changement.

L’objectif du groupe de travail « Prospective ». Il était de dégager en une petite heure des éléments de valorisation de nos expériences allant dans le sens de la  transversalité de la participation, sans avoir besoin de créer en plus une nouvelle instance, mais ce dernier point n’a pas été dit.

Laurent Poucan, Responsable Pôle Communication, Angers

Quant à la prospective, le choix de ce terme par la commune-phare appartenant à Angers Loire Métropole (280 000 habitants, 31 communes) montre une volonté de réfléchir à l’optimisation des atouts du territoire dans un avenir proche, sans être trop lointain. C’est une démarche nouvelle intéressante et innovante qui s’apprécie en terme d’ouverture et de flexibilité. Le choix d’une durée ‘moyenne’ de 8 ans tient autant à la force du chiffre de 2020 (deux fois 20) qu’au fait que 8 ans  est une durée suffisamment longue pour qu’on ne puisse pas dire qu’on continue à être dans le même espace-temps et suffisamment proche pour qu’on sache intuitivement que c’est demain, en extrapolant des éléments existant aujourd’hui.

Une dernière remarque sur ce thème ; personne n’a demandé ce qu’était la prospective. Précisons que c’est une aide à la décision stratégique, dans le but de réduire l’incertitude, en se basant sur les scénarios existant au moment de la réflexion, avec une forte prise en compte du changement, dans une vision de système, et une grande part d’intuition. Les trois éléments majeurs qui tournent ensemble sont le territoire, le temps et le changement…La prospective est au cœur du changement, « comme tout change, à tout moment, pour tous, mais pas de la même façon pour chacun. » 

 Quelques mots de terminologie. Dans ce billet, je parle indifféremment des citoyens, des habitants, des membres des instances ou des participants au groupe de travail. Les deux points communs entre ces termes sont qu’il s’agit de personnes engagées dans une des instances, sans que celles-ci soi(en)t désignées. Mais on pouvait évidemment en parler. Les nom et prénom des personnes seuls étaient  indiqués. Certains se connaissaient entre eux, d’autres venaient d’arriver à Angers ou de lancer leur démarche d’implication dans les affaires de la cité…

Atelier de Communication, Salle, Mairie, 2012.03.31

Sur la prospective, pour une Ière approche:  http://fr.wikipedia.org/wiki/Prospective

. D’autres instances sont déjà engagées  dans cette démarche, comme l’Université d’Angers   http://ua2020.wordpress.com/equipe/

. Sur le territoire, http://fr.wikipedia.org/wiki/Angers, http://www.angersloiremetropole.fr/decouvrir/angers-loire-metropole/index.html

. Sur la participation citoyenne à Angers, consulter http://www.angers.fr/projets-et-politiques/democratie-participative/index.html.

. Photos EP, avec une précision: les photos présentées ont bien été prises ce matin là avant et lors des restitutions; elles n'ont pas pour autant de lien direct avec le contenu propre à chaque paragraphe.  

 

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Prospective 2020 > Votre Bibliothèque > Claude Poissenot > Angers

4 Avril 2012, 17:01pm

Publié par Elisabeth Poulain

L’idée de départ. Réfléchir ensemble à ce que sera demain, en 2020,  la bibliothèque, un terme qui a beaucoup été utilisé au cours de la soirée, alors qu’il aurait fallu en bonne logique parler de la médiathèque. Une des raisons, mais pas seulement, de l’acuité de l’interrogation qui se pose aujourd’hui est en effet le changement de perception et du rôle de l’information au sein de la médiathèque centrale d’Angers.

Bibliothèque Angers, Claude Poissenot, 29.03.2012

La Bibliothèque, en tant qu’outil majeur du partage de l’information et de son action dans le domaine de la formation, connaît depuis quelques années une forte accélération de sa nécessaire adaptation continue au changement. Les besoins ne cessent d’augmenter, les demandes des lecteurs et des amateurs vont croissantes, alors que les budgets sont au mieux stables dans certains secteurs et en décroissance le plus souvent dans d’autres, par exemple dans le secteur du livre papier. Les Habitués le voient au remplissage des rayons,  sans risque d’interprétation erronée.

Celui qui a été invité à nous parler se nomme Claude Poissenot. Sociologue spécialisé dans le domaine, il est enseignant à l’IUT-Métiers du Livre de Nancy. Outre ses qualités professionnelles, il a en plus une grande facilité d’approche très appréciée de ses auditeurs, ici en l’espèce les bibliothécaires d’Angers, de la Centrale et des bibliothèques de quartiers. Il connaît tout spécialement les interrogations qu’un certain nombre de  membres de l’équipe municipale se pose devant l’accélération de l’histoire, les changements technologiques, les urgences du moment…qui modifient  le métier, la nature du fonds proposé, l’espace qui n’est pas extensible et la relation avec les personnes qui viennent à la bibliothèque. C’est-à-dire tous les fondamentaux en même temps, sans qu’on puisse s’en étonner d’ailleurs! Si ce n’est la vitesse de l’accélération et l’ampleur de la mutation.       

Ceux qui sont concernés. Ce sont visiblement les bibliothécaires au vu du remplissage de la salle du Ier étage de la médiathèque, après avoir emprunté la petite entrée à gauche et le bel escalier du XVIIIe siècle en pierre  blanche. Elles et ils étaient nombreux venu-e-s écouter quelqu’un, qui les comprend, leur parler de sa façon à lui de se voir demain. Leur présenter surtout une bibliothèque franchement orientée vers le lecteur. C’est une modification en profondeur du positionnement de la bibliothèque. La conséquence est franche, il s’agit non plus de ce que doit lire le lecteur mais de ce qu’il a envie de lire, lui, à condition qu’on lui facilite le chemin vers ce qui serait susceptible de lui plaire. Certes la mutation est déjà en cours depuis plusieurs années. (On ne part pas de zéro, grâce notamment au rayon «  enfants».) Avec Claude Poissenot, il s’agit d’aller plus loin dans cette direction. 

 

Ceux qui sont concernés sont évidemment les « Usagers *», un mot amplement utilisé tour à tour par le directeur de la Bibliothèque, Jean-Charles Niclas pour introduire la soirée et un peu moins par son invité qui ouvre un cycle de conférences – une à deux par an - pour « nourrir la réflexion et bâtir un projet à 10 ans ».

Bibliothèque Angers, Claude Poissenot, la Salle, 29.03.2012

Les raisons de sa présence, selon Claude Poissenot. Son constat est clair. Il y a d’abord des raisons internes à Toussaint où on constate une érosion à la fois des inscriptions et des visites depuis 10 ans. Le livre papier est en baisse, avec en plus en plus un effet générationnel qui va dans le même sens et donc un impact assuré de baisse d’activités. L’information bascule vers le numérique, avec aussi une diminution des demandes de DVD, des vidéos. Les bibliothécaires perdent de leur monopole quasi-gratuit à l’information. Maintenant « les gens accèdent librement à l’information en direct. Ils ont une autre façon de penser la culture, en images, film, audiovisuel… Il faut donc « repenser la bibliothèque qui au départ était basée sur le livre et l’idée de la collection ».  Le facteur déclenchant du changement est que « chacun d’entre nous a le souci de soi-même, l’assurance d’être une personne, qui se pense autonome. Chacun choisit ses repères avec ses amis, son conjoint. »     

La Bibliothèque et sa révolution culturelle. Elle doit absolument la faire. "Le monde est étrange" pense un certain  nombre de bibliothécaires. Leur mission éducative disparaît. Les gens ont le droit de choisir « même s’ils font le mauvais choix !» (Rires dans la salle.) On ne peut plus tenir de discours passéiste, dirigiste, avec une interrogation de la bibliothécaire « au nom de quoi puis-je conseiller ? » Il semble alors logique que la bibliothécaire se tourne vers les gens. L’intervenant insiste sur le caractère étonnant de cette démarche novatrice. C’est la première fois par exemple, qu’il est invité dans le cadre de la démarche très originale du directeur de rapprocher une bibliothèque des gens qui l’a fréquentent. « Ca interroge, complète-t-il sur la distribution du pouvoir dans cette société. » 

Bibliothèque Toussaint, Angers, Grande salle du bas

Après le constat, les enjeux

. L’enjeu de la formation initiale et permanente. Il y a un véritable besoin dans ce domaine : alors que le marché du livre baisse de 1%, celui du parascolaire augmente de + 7%. Début juin, c’est le temps des examens. L’intervenant fait une proposition : « pourquoi ne pas aménager une salle de révision, avec trois dicos, un ordinateur, un surveillant…? La Bibliothèque  a toujours eu une fonction d’apprentissage, c’est le fonds de son histoire ».

. L’enjeu de la « Redistribution. » C’est fondamental au regard de la fonction de service public assuré par la Bibliothèque, avec la gratuité de l’accès à des collections larges, surtout quand il y a tant de difficultés réelles dans la population. Il ne faut donc pas hésiter, selon lui, à posséder des « références commerciales », à avoir par exemple des jeux vidéo qui coûtent chers, il en faut dans les bibliothèques. Il cite expressément le succès d’Intouchables, pour expliquer qu’il est possible de créer quelque chose à la bibliothèque en l’accrochant au succès du film.  

. L’enjeu « Construction de la Culture Commune. » Chacun a sa voiture, sa niche, c’est une donnée contre laquelle il est inutile de lutte ou même d’y songer. La Bibliothèque a à faire dialoguer la culture. Faire venir les gens dans un espace commun, être ensemble, faire de cet endroit un point de ralliement, une façon pour chacun de partager une culture commune, avec des références commerciales, oui assurément. Il faut savoir sacrifier à la mode. On retrouve l’argument de l’enjeu précédent. « Les bibliothécaires ne veulent pas de livres commerciaux mais les bibliothèques, elles, en ont besoin ».

Bibliothèque Angers, Claude Poissenot, la Salle, 29.03.2012

. L’enjeu de la « Régénérescence de la  Culture.». Chaque génération a ses références culturelles. Quand on vieillit, contrairement à ce que chacun pense, on les garde. « Les jeunes adorent les jeux vidéo. Ils aiment les mangas. Ca va leur passer. Erreur, ils ont maintenant entre 31 et 45 ans. L’enquête 2008 montre qu’un quart joue aux jeux vidéo au moins une fois par semaine. (Quant aux mangas, c’est le type de BD qui se vend le plus en France). Les gens ont oublié d’être bêtes. Les pratiques juvéniles sont des pratiques générationnelles. C’est cohérent avec l’automatisation…Il y a une réécriture permanente de la culture. C’est vital de le comprendre. Ce n’est pas céder au jeunisme. La Bibliothèque doit s’inscrire dans ce mouvement sinon elle va mourir…  Qu’entend-on à la Bibliothèque ? Que les Jeunes ne sont pas faciles avec leurs jeux vidéo. Résultat : c’est entre 15 et 19 ans qu’ils se détourent des bibliothèques et ce n’est pas bon. »

. L’enjeu de la « Sociabilisation des Solitudes ». Notre société ne valorise pas la solitude en tant que telle. Ce n’est pas une valeur sociale, c’est au mieux un choix, un passage obligé le plus souvent. La Bibliothèque est un endroit où on va, on dit bonjour à la bibliothécaire. Ca fait longtemps que ça existe ; les gens viennent, se rencontrent, se voient. Ca crée du lien. C’est une dimension importante. Il serait utile que la bibliothèque comptabilise le nombre de passages des personnes et pas seulement le nombre de livres. Ce point est fondamental.

Bibliothèque Toussaint, Angers, Extérieur, Vue sur l

. Les pistes à envisager

L’ouverture et l’usage à sa façon. « La Bibliothèque, c’est un truc merveilleux, un espace ouvert, mais pas assez par rapport à ce qui se passe chez les Anglo-Saxons. Idéalement, ce devrait accessible tous les jours…Voyez ces hommes qui viennent y lire chaque matin le journal. Pendant ce temps-là, Madame est tranquille à la maison ou ailleurs ( !). C’est un vrai enjeu, ça vaut  un médicament ». On est là, avec les autres, dans un calme et apaisant, avec des habitués. Cette pratique s’inscrit dans le quotidien de  tout le monde.  

Un lieu unique, des ambiances multiples.« On peut imaginer un petit jardin japonais propre à la méditation, avec un silence vertigineux, une chaude ambiance chez les ados. C’est différent et c’est pourtant le même endroit, les mêmes personnes avec des besoins différents, à des moments différents de la journée. Des transats,  absolument essentiel. C’est important de s’inscrire dans la vie de la cité, dans la culture locale. Il faut savoir se saisir de ce qui se passe dans la ville. » Imaginer la bibliothèque comme une salle de presse, pleine de bruit et d’agitation, avec un « alors on fait quoi ? Ouah ? Il faut savoir s’inscrire dans le temps quotidien et bouleverser ce temps quotidien ».

Bibliothèque Angers, Claude Poissenot, 29.03.2012

Des réponses à quelques questions, une amorce de dialogue*

. Sur la communication à faire par la bibliothèque : l’intervenant est à fond pour, de façon intelligente, adaptée. Pour donner un exemple, il aménage le slogan de Mc Donald’s : « ‘Venez comme vous êtes’, à la Bibliothèque. Ah, c’est malin ça. On vous  accepte comme vous êtes.  Dans l’idée du bibliothécaire, il y a (toujours, encore) l’idée qu’il faut faire  évoluer les gens. Il faudrait d’abord commencer par définir ce qu’est une bibliothèque. Les bibliothèques là-dessus ne sont pas claires. Faire de la communication, c’est difficile quand le message est flou. La question est : la Bibliothèque sait-elle faire ?  Que lisent les gens ? On ne le sait pas. On est obligé pour le savoir de recourir aux (statistiques) des livres les plus vendus. A Toussaint (le nom familier de la bibliothèque centrale qui est situé rue Toussaint), que lisent les gens ? On ne le sait pas. »  Ca, c’est important.

. Sur les livres qui vont vers le lecteur et autres idées innovantes. A imaginer des « prêts de livres chez les pharmaciens, les coiffeurs, les docteurs… ». Une bibliothécaire de la salle : c’est fait pendant les deux mois d’été.

. Des choses aussi à ne pas faire, comme celle de mettre un piano, en disant aux gens « on ne joue pas».  Une bibliothécaire prend alors la parole pour expliquer que « cela a été fait à Fratellini (une des grandes bibliothèques de quartier à Angers du nom de l’artiste ‘Annie Fratellini’). Quand les enfants ont vu ça, ils se sont jetés dessus. Du coup, on a mis en place un programme d’éducation éducative. C’est un bon moment."                                                            

. L'accès des oeuvres. « Au Japon, n’importe qui peut exposer ses œuvres dans les médiathèques». 

 

Bibliothèque Toussaint, Angers, Plaquette   

. A prévoir une salle de travail, avec une bonne insonorisation, des boxes entre  4 ou 8 personnes, une cafétéria, avec du café, où l’on peut manger, parler, grignoter, rencontrer des gens. Pour ça, il faut de la place. Ce n’est pas facile à expliquer parce que d’une part on enlève des livres et d’un autre, on veut plus de place. Des BD aussi, c’est important, avec un espace Ados, un accueil des groupes, des espaces thématiques, avec une ambiance, des couleurs et des rayonnages différents à chaque fois, tout en renonçant au cloisonnement complet. Il faut une véritable mise en scène, avec au cœur un rayonnage ‘vie pratique’, des livres pratiques, où la cuisine aura une place particulière. C’est important la cuisine, on pend une casserole, ça sent les crêpes aujourd’hui… ». 

                                                   

« Le patrimoine pose problème. A cette question du directeur, Claude Poissenot répond : « On est mûr pour un monde sans histoire. L'accent est mis sur la définition de soi-même comme autonome fait de l'histoire quelque que chose qui peut apparaître comme un poids sauf à s'approprier certains moments historiques pour des raisons de trajectoire personnelle. On est alors dans autre chose qu'une histoire scientifique voire même collective au sens d'une appartenance abstraite.... On cherche alors dans le patrimoine des trucs qui vont résonner dans la tête de nos contemporains. Avec des questions par exemple, comme ‘que mangeait-on au début du siècle à Angers ?. Il y a des coups à faire avec le patrimoine : parler des questions d’aujourd’hui pour interroger le passé. Quant à ce qui restera en 2020, à coup sûr des livres de cuisine, de la fiction. Pour répondre, il faudra savoir ce que seront les Angevins à ce moment-là. »  

                     Bibliothèque Angers, Claude Poissenot, la Salle, 29.03.2012                                            

. La bibliothèque toujours à Toussaint ? « Cela pose la question de se demander si  Toussaint sera toujours Toussaint . Cela revient à se demander où habitent les gens, à connaître les réponses aux questions de la proximité avec le tram, du parking, de l’existence même de la voiture…La voiture vue comme « l’incarnation de l’autonomie, (seul-e) dans mon monde, ma musique, mes doudous ». « Il faut étudier le positionnement géographiques des gens qui viennent à la bibliothèque. Quand on saura, on pourra voir ». A retenir, que la bibliothèque a un caractère communautaire, municipal et départementalà la fois.   

 

. Les relations différenciées du lecteur avec la centrale et sa bibliothèque de quartier. « La réponse n’est pas simple. Dans sa bibliothèque de quartier, on aime s’entendre dire bonjour par la bibliothécaire, il y a la proximité, avec une taille ni trop petite, ni trop grande. A la Centrale, il faut un espace plus grand de 500 m2  au moins, avec des ambiances différentes. On apprécie d’être invisible et d’avoir des niches avec des ambiances différentes. »

. Les relations entre bibliothèques municipale  et universitaire. « Il y a des choses à faire car on sait que les étudiants ont des stratégies horaires en fonction des jours et heures d’ouverture ». Les ambiances sont différentes, les collections aussi…

. Un espace pour le jeu, les jouets au sein de la Bibliothèque ? Sa réponse est franchement oui. Au Québec, cela se fait.

. La Bibliothèque et sa relation à la ville.Un témoignage de la salle est apportée sur l’exemple de la bibliothèque centrale d’Amsterdam, qui est un élément phare dans la ville,  le paysage urbain, le port, avec un restaurant qui permet de voir la ville devant et l’intérieur de la bibliothèque de l’intérieur, comme sur le pont d'un navire, les lecteurs devenant eux-même intgralement paysage de ville.

Bibliothèque Toussaint, Angers, Extérieur, Proue du navire

. Les liens de la Bibliothèque avec les autres services, comme l’assistante sociale, Pôle Emploi ?… C’est une bonne idée, ça banalise la venue. On vient à la bibliothèque, pas voir l’assistante sociale. Un dialogue s’engage avec une personne de l’assistance qui cite le modèle anglo-saxon pour les personnes en difficulté. Le sociologue approuve et ajoute qu’on doit pourvoir y taper son CV.

Le rôle de la Bibliothèque. C’est sur ce point que va se greffer un temps fort qui marque d’ailleurs la fin de la soirée. Les questions de la salle ont conduit à ce moment de tension entre une vision traditionnelle élargie (et orientée quand même vers  le lecteur) et la vision très large du sociologue, qui ouvre au maximum la bibliothèque vers les gens, en faisait venir la ville et le monde dedans. 

Ce point de vue dérange, en particulier l’adjointe du Directeur de la Bibliothèque qui pose cette question: « que devient la maison de quartier dans cette hypothèse ? La Bibliothèque a son côté ‘noble’ ». La réponse de l’intervenant fuse : « oui et alors ? Il peut y avoir du tissage. C’est possible.». Le Directeur ajoute que « Toussaint assure 1 300 000 prêts. Les gens viennent pour les collections. On a déjà 17% de documents en moins. La question est « peut-on aller en dessous ? Les gens ont vraiment besoin de collections.» Pour son adjointe, « les collections de mémoire sont importantes ».

En réponse, l’intervenant précise que « c’est le côté muséal  de la Bibliothèque comme cela se passe en Lorraine, qui a conçu les ‘Trésors de Lorraine’ avec des documents d’avant l’industrie du livre. Le succès est considérable, tout comme d’ailleurs la grande exposition sur le Roi René qui a eu lieu ici à Angers. L’attrait pour les nouveautés ne doit pas être occulté, ainsi que l’offre pour le numérique. La demande est forte. Il faut faire les choses de façon progressive - 2012 n’est pas 2020 - et aussi en même temps conquérir des espaces ».  

Bibliothèque Toussaint, Angers, Vidéos & co

Pour suivre le chemin vers la Médiathèque municipale Toussaint,

19, rue Toussaint, 49000 Angers 02 41 24 25 50, 

 www http://bm.angers.fr/nos-bibliotheques/toufay/index.html  .

 

. Quelques infos sur l’activité de la bibliothèque, avec des informations - qui datent de 2007 - sur http://www.adbgv.asso.fr/index.php?page=detail&choix=49007 

 

. Claude Poissenot sur son blog :  http://www.livreshebdo.fr/weblog/claude-poissenot/23.aspx?date=01/02/2012 et sur son site collaboratif http://penserlanouvellebib.free.fr/

. «  Usager » est, pour ma part, un terme que j’ai cherché volontairement à ne pas utiliser, tant il me semble réducteur et vise une attitude passive.  A chaque fois que le mot était prononcé, je pensais aux usagers du gaz. Pourquoi le gaz, je l’ignore ! Si j’habitais en région parisienne et que je travaillais à Paris, j’aurais pu désigner un autre service public. Dans le cas d’une bibliothèque, le lecteur, l’amateur, l’habitué, le découvreur, le touriste… est l’un des deux premiers co-acteurs de la bibliothèque, celui sans qui il n’y aurait littéralement pas ou plus de bibliothèque, celui qui fonde la légitimité de l’institution. 

. *Précisions EP : . n° 1 ( …) Sont placées entre parenthèses quelques mots d’explication ou de commentaire de ma part, pour les distinguer de ce qu’a dit le sociologue. n° 2 Ce texte n’est pas un compte-rendu au sens propre. Les questions par exemple n’y figurent pas. Par contre, je restitue des éléments de réponse de Claude Poissenot qui enrichissent la teneur de ses propos. 

. Photos EP prises à Toussaint lors de l'intervention et le surlendemain, avec une belle lumière, à voir dans l'album-photos "Angers", dans le sous-fichier "Angers2"  .  

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La Neige > Le Train > Les Gens > L'Information & le Temps > Lille2012

7 Mars 2012, 18:02pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Une belle étude de cas. C’est même un bon exemple  sur lequel faire travailler des étudiants. A ce stade, la seule difficulté serait de savoir des étudiants en quoi ? En vrac, l’urbanisme, l’architecture, la mobilité, la sociologie, la psychologie de groupe, la gestion de l’information par des systèmes informatiques, la culture de l’attente, le froid, l’imprévu, le risque… C’est impressionnant de voir combien le simple retard d’un train qu’on attend dans le hall d’une gare se transforme en une vision de la vie en société, d’un éclairage interculturel à choix multiples et d’un miroir de nous-même.    

Les faits d’abord. Lundi 05 mars 2011, il fait gris à Bruxelles. Il commence même à bruiner. Le tramway est plus que plein. Vous le savez quand vous ne pouvez pas rejoindre le boitier qui enregistre votre ticket de passage. Les gens sont encore ou déjà endormis, à l’exception d’une vaillante jeune femme qui arrive à lire, son livre calé sur l’épaule d’un inconnu à côté. A la gare, tout est normal. Les passagers pour Lille sont obligés de passer les contrôles comme s’ils allaient en Grande-Bretagne. 

Train Bruxelles-Lille, paysage de neige, mars

Le train part à l’heure. Arrivée à Lille-Europe sans souci, sauf qu’il neige dans la gare, qui est connue de tous pour sa froidure particulière l’hiver. Le vent s’y sent chez lui, à croire que les architectes avaient oublié ce « détail » ! L’objectif est de trouver une des huit places assises au chaud en attendant la correspondance qui n’est pas annoncée. Les annonces de retard commencent à s’afficher sur les panneaux grands et petits. Le temps de comprendre qu’il faut aller dans l’autre gare, Lille Flandres. C’est là que l’aventure démarre.  

La liaison à pied Lille-Europe à Lille-Flandres. Marcher 400 mètres dans une petite ou bonne dizaine de centimètres de neige fraîche sur un sol encore chaud  n’est pas simple, ni pour vous - vous glissez - ni pour la valise à roulettes, la stupide ne voulant  pas rouler. Vous vous surprenez à slalomer à la recherche de trottoir sans neige ou de rue où la neige est écrasée par les voitures. Il faut choisir, c’est la glisse  ou l’eau qui rentre dans les chaussures.  En fait ce sera les deux. Chic, vous voilà dans la bonne gare.

Gare Lille-Europe, vue sur la place sous la neige entrante, mars

L’attente du TGV pour Nantes, 11h56.  Aucun retard d’annoncé ; il y’a  que des départ à l’heure. La stratégie maintenant est de trouver une bonne place assise, sur un banc en métal avec pleine vue sur l’écran, pas loin du chauffage tubulaire. Vous commencez à attendre. Les retards s’annoncent d’abord  avec modestie, 5 minutes, puis 10, puis 30…pendant ce temps les messages sonores crépitent. Le train pour Anvers, annoncé sans retard, continue à être là. Pourtant son retard commence à être marqué sur le panneau, jusqu’au moment où on verra « supprimé ». Oh, ce n’est pas bon. Les TER semblent être plus favorisés, de même que les liaisons vers le nord. Tout ce qui va vers le sud commence à sentir le roussi.

Gare Lille-Europe, Chaufferette en état de marche

Les TGV vers Paris semblent avoir attrapé une maladie. Il y a du gros souci dans l’air et ceux qui attendent commencent à le percevoir. Des départs annoncés comme étant à l’heure semblent tout à coup  saisis de frénésie, chacun avec une vitesse propre de retard, sans qu’il y ait de connexion perceptible. On commence à se surprendre à se dire que « bon, il y a des problèmes visiblement pour d’autres trains que le sien. Le mien va peut-être passer à travers les gouttes ».

L’information. Elle se fait via deux réseaux, le haut-parleur et l’affichage en terme de retard annoncé en nombre de minutes (5, 10, 30, 50) ou plus tard d’heures (2h). La voix commence par donner la cause connue du retard au moment de l’annonce, puis vient sa conséquence en terme de différé de départ ; arrive ensuite la formule indispensable dans ces cas : « nous vous remercions de votre compréhension ». Il est recommandé de rester près des panneaux d’affichage à l’écoute des annonces diffusées par haut-parleur.

Gare Lille-Flandres, Panneau d'affichage, mars

La teneur des messages. Il a d’abord été question d’un incident affectant un Thalys vers Paris peu après le départ de Lille en raison des conditions climatiques. Puis des précisions arrivent au fil du temps. Il s’agit de la rupture d’une caténaire sous le poids de la neige, puis d’un début d’incendie de la locomotive. C’est à ce moment-là qu’on se rappelle avoir entendu une annonce à Lille-Europe précisant que tous les TGV étaient arrêtés en raison de la présence des pompiers sur la voie, sans indiquer la cause. Il n’était pas possible d’indiquer les retards à ce stade.

L’interprétation de l’information d’un voyageur à l’autre. Elle débute quand tous commencent à comprendre que la situation vue du côté des responsables du réseau ferroviaire est grave. On sent que le système de gestion de crise derrière le haut-parleur ou le tableau est en marche accéléré. Avec ce résultat par exemple de déblocages partiels comme pour ce TGV pour Paris  annoncé pour Lille-Europe, alors qu’il devait se faire à Lille-Flandres. En bloc à cette annonce, les voyageurs pour Paris aux pieds des panneaux se sont levés sans perte de temps et tous ont foncé vers l’autre gare. Les places libres sont immédiatement réutilisées.

On commence à parler à ses voisins, chacun cherchant à comprendre ce qui se passe, chacun à sa façon. Il a été frappant de voir qu’on n’a pas tous retenu la même partie de l’information. Il y a ausi la crainte de zapper une information. Il faut dire qu’il aurait fallu prendre des notes tellement les messages pleuvaient drus, quasiment autant que les flocons de neige qui continuaient à s’amasser sur le toit de verre de la vieille gare.

Les annonces des causes d’incidents se succèdent au point qu’on ne sait à certains moments si la cause du retard concerne un départ en particulier ou l’ensemble par un effet domino : incident technique, lourdeur de la neige, impossibilité pour les agents de rejoindre leur poste à cause des condition climatiques, blocage des voies, multiplicité des incidents, recherche de solutions techniques … avec les conséquences que l’on devine,  l’impossibilité d’indiquer  la durée du retard plus le temps passe et  l’annonce que l’information serait donnée dès qu’il le serait possible.

 Gare Lille-Flandres, Panneau en panne, mars

Le partage d’informations autour du point chaleur a été très actif. Ceux qui préféraient ne pas parler restaient assis. D’autres ont préférés restés debout, proches du peu de chaleur localisé à hauteur des mains autour des deux colonnes chauffantes en bien mauvais état. Une seule ampoule fonctionnait sur les trois. C’est là que se sont noués des échanges intéressants, avec déjà une segmentation claire entre ceux qui allaient à Rennes (TGV n° 5227) et ceux qui se dirigeaient vers Nantes (TGV n° 5224). Parmi les sujets évoqués autour du pôle « Nantes »:

. le temps de cet hiver atypique, avec des températures à porter un t-shirt bras nu il y a 15 jours pour jardiner et de la neige en début mars. L’habillement a été également un sujet de conversation porteur. Une jeune femme à qui quelqu’un a fait remarquer qu’elle avait la chance d’avoir un gros manteau bien enveloppant, a expliqué que le manteau, ça allait, avec un deuxième pull, ça aurait été mieux,  

. le caractère anxiogène de la météo  mais qui est diablement utile dans des cas comme ceux-là,  

. l’état du réseau ferroviaire en France, avec cette question « étions-nous déjà dans la situation anglaise qui avait vu le réseau ferré connaître des tas d’incidents par suite de retards d’investissements »,  

. la sélection des trains ultra-prioritaires, les TGV pour Paris, avec des TER au début moins touchés,

Gare Lille-Europe, Chaufferette en état de marche

. la gestion de la crise d'un système comparée à une nappe trop étroite: dès qu’on tire d’un côté pour permettre à  un TGV de partir vers Paris, on met à nu une autre partie du réseau où les retards comment à cumuler,

. l’interprétation comparative des retards selon la destination et la durée des retards, qui s’accroissait dans le temps,

. le froid qui a occupé une grande place dans les échanges, avec la neige qui continuait à tomber, avec le regret aussi de  la non-mise à  disposition d’une rame à l’arrêt pour attendre assis sans avoir trop froid,

. le grand calme des gens en attente, qui s’adaptaient bien. Selon des témoins, il y a bien eu quelques remarques acrimonieuses au guichet, mais pas dans le hall près des panneaux…

Train Lille-Flandres-Nantes, Paysage ferroviaire de neige

L’attitude des gens pendant l’attente.Des personnes, on l’a vu, voulaient rester tranquilles.  D’autres debout ont cherché à se rapprocher des autres. Des personnes en recherche d’informations supplémentaires sont venues près d’eux pour se faire confirmer des informations. C’est une dame par exemple qui cherchait des voyageurs pour Angers pour se joindre à eux; elle devait aller à Saumur.   Beaucoup ont téléphoné mais pas tous. Nombreux étaient ceux qui avaient emporté avec eux quelque chose à manger. C’était l’occasion en plus de lutter contre le froid. Un seul a travaillé sur son ordinateur, un quadra. Beaucoup ont parlé, ce qui  permet d’oublier les pieds mouillés froids, l’imperméable trop léger, le pull en plus qu’on a laissé à côté de la valise…

D’autres ont parfois aussi changé de place.  Ils voyaient mal le panneau, ils allaient faire un tour pour passer le temps, ou pour mettre en place une véritable stratégie de changement de chaussettes, la grande opération de la matinée. Il y a eu plusieurs techniques : mettre ses pieds à nu devant tous,  le faire assis mais en se cachant ou se rendre aux toilettes pour le faire.  Ces trois techniques ont été utilisées sans possibilité d’en tirer des renseignements statistiques. Les changeurs de chaussettes étaient plutôt jeunes, avec des exceptions.  Une  dame a mis deux paires de chaussettes fines l’une sur l’autre, une connaisseuse qui a sorti en plus un pull de sa valise pour le nouer à la taille pour avoir plus chaud sous son imperméable.

Gare Lille-Flandres, départ sous la neige, mars

D’autres moyens d’information. Un caméraman de FR3 est venu filmer les voyageurs en attente dans le hall de la gare. Plus que les mots des hauts parleurs ou les lettres des panneaux, sa seule présence  a été le signe que la situation n’était pas banale.    La présence d’une agent de la SNCF. C’est la première et la seule personne physique que nous avons pu questionner une fois sur le quai annoncé, le n°6, pour savoir comment le train était composé. Le TGV pour Nantes était-il à l’avant du train ou à l’arrière ? La réponse : à l’avant.

Dans le train filant vers Nantes avec 3h 30 de retard cette fois-ci clairement annoncé par haut-parleur, chacun a repris l’attitude usuelle en France en transport en commun. Quelques instants auparavant, pendant l’attente sur le quai chacun parlait à d’autres. Des Bretons disaient leur non-plaisir à aller à la montagne. Il y fait trop froid. Une fois dans le train, on ne parle pas à ses voisins, on fait bien attention à ne pas toucher les jambes des personnes assises en face,  on se recentre sur soi, on souffle, bien content d’être là au chaud, avec un contrôleur hyper-sympa, qui donne à tous des bons de réduction  et cherche les correspondances pour ceux qui  en ont besoin.

Nouvelle annonce, changement au Mans pour ceux qui allaient à Angers. Quelques petits soupirs de très légère protestation se sont manifestées dans le wagon, mais très léger, du type : « Ah bon, ce n’est pas encore fini ?! » Des gens se sont pour la première fois plaints de cette information qui varie tout le temps.  Nouvelle annonce, une fois descendus sur le quai, le train pour Angers est situé sur la même voie. Il est parti dès que les gens ont pu monter. Un vrai départ à guidage à vue ! Impressionnant après tant d’informatique.

Quelques-uns sont restés sur la plate-forme d’accueil et de stockage des valises. Nous nous sommes retrouvés à 3 sur les 2 places pour Internautes. Et là aussitôt, la discussion a ‘repris’ avec d’autres que ceux du départ, comme si nous nous connaissions, comme si nous avions seulement vu notre conversation stoppée le temps d’un Lille-Le Mans. L’expérience a été étonnante. Le désir a été exprimé de se voir offrir quelque chose au moins à boire.

Un bon retour. C’est ce que nous nous sommes mutuellement souhaité avec beaucoup de chaleur. Nous étions revenus, sans savoir que pour d’autres, la situation allait se compliquer au cours de l’après-midi. La neige allait tomber encore plus drue en bloquant tout le système. Eux allaient dormir sur le sol de la mairie et cette fois-ci, ces « naufragés de la neige » se virent offrir une natte à poser par terre et un plateau repas. Un thème que nous avions évoqué, mes voisins et moi. Le record d’attente dans un aéroport indien pour des voyageurs sous douane, 6 jours d’attente, sans pouvoir sortir, avec ce constat qu’en situation de 'crise' (un mot qu'on utilise de trop), certains surent s’adapter et d’autres souffrirent beaucoup, à demander l'impossible.

Bilan en creux de la journée. Personne n'a râlé, ni revendiqué des choses impossibles, ni critiqué l'attitude de la SNCF, ni ne s'en est pris aux agents. Les gens au contraire se sont rassemblés. Le point de  destination a été un fort moteur de connexion. On a beaucoup parlé et ri. Il est vrai qu'il n'y avait pas d'enjeu individuel. C'est vraisemblablement une des raisons de cette 'harmonie neigeuse'.          

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Le projet Maine-Parc de LIN > Angers, Berges de Maine, 17.02.2012

23 Janvier 2012, 18:44pm

Publié par Elisabeth Poulain

 Les architectes-urbanistes et les paysagistes sont très sensibles aux mots. Chacune des deux autres équipes a trouvé une dénomination personnalisée. Pour LIN, j’ai du chercher le nom que David Levain a donné au milieu de sa présentation du projet LIN des Berges de Maine, Maine-Parc. Comme pour les deux autres présentations faites dans les jours précédents, ce billet est une restitution des mots qui ont été prononcés et de leur enchaînement sur la base des notes que j’ai prises le mardi 17 dernier, avec des photos qui sont un peu moins approximatives du fait de l’utilisation du flash doux. J’ai indiqué en parenthèses des mots ou des petites phrases de liaison. Pour connaître le projet lui-même et « le dit exact » des intervenants, il faut se tourner vers la municipalité qui présente une exposition des projets jusqu’au 6 février au Forum du Quai, en face du Château et qui a enregistré les échanges.    Angers, Berges de Maine, Equipe LIN, Michel Desvignes,David Levain,Philip König 20120117

Le vocable LIN associé au projet des Berges de Maine vise deux des collaborateurs de l’agence que sont, David Levain architecte-urbaniste et Philip König architecte. Le paysagiste Michel Desvignes est en charge du paysage. Les trois sont venus à Angers pour nous parler de leur projet.  

La première partie du billet est consacrée aux grandes lignes du projet ; une seconde est dédiée au  re-façonnage de chaque site sur les berges elles-mêmes et la troisième partie rend compte des questions des Angevins présents dans la salle et les  réponses des ‘experts’ qui ont planché devant eux. Experts est le terme employé par le maire pour désigner les concepteurs du projet. 

Cette rencontre avec les professionnels s’inscrit dans le cadre de la concertation active décidée par la ville avec 90 habitants réunis en six ateliers sur trois thèmes,  l’eau, la mobilité et les formes urbaines. Ces 90 personnes très motivées travaillent depuis mars 2009  sur leurs visions de leur ville dans les 20 ans qui viennent. Après un travail préliminaire de réflexion sur les thèmes à aborder, les membres des ateliers sont allés découvrir sur le terrain les réalisations de Bordeaux et de Lyon sur ce thème. Ils ont pu déjà aussi rencontrer à trois reprises des membres de chaque équipe dans différents sites emblématiques de la ville d’Angers, l’Hôtel des Pénitentes, le Grenier Saint-Jean et  la Mairie pour échanger avec eux. Les experts des projets  ont en outre pu rencontrer des représentants des associations concernées directement ou indirectement par la rivière Maine.

Les mots de présentation du maire, Jean-Claude Antonini

Il reprend la teneur de ses propos des deux précédentes rencontres, en insistant sur cet exercice de démocratie active que constitue cette soirée entre les experts et les habitants d’Angers (références en fin de billet).

L’absence de mots de Finn Geipel

L’architecte-urbaniste n’a pas pu se déplacer pour cause de maladie, selon les mots du maire qui prie la salle de l’en excuser. (EP : La même remarque peut être faite que pour Bernard Reichen la veille. A l’heure d’Internet la salle aurait bien aimé  pouvoir entendre quelques mots de présentation de l’architecte-urbaniste qui donne son nom au projet).

Angers, Berges de Maine, Equipe LIN, Michel Desvignes,David Levain,Philip König 20120117

Les mots de David Levain pour présenter l’équipe-projet

Elle est composée d’architectes-urbanistes, de spécialistes en mobilité, géologie fluviale, de philosophe(s)…LIN  a une agence à Berlin et à une Paris. Le projet est issu du croisement entre ces différentes disciplines (et sensibilités). Avec nous, pour ce projet, Michel Desvignes paysagiste qui a travaillé notamment pour Lyon-Confluence, sur la rive droite… Nous avons aussi rencontré les ateliers des habitants. Après cette introduction (orientée sur les personnes), vont suivre des observations sur le territoire, la stratégie, la focale sur le paysage...

Ses mots pour lancer la description 

En premier, le cadre : il s’agit de retrouver la rivière, rendue inaccessible depuis 40 ans à cause de l’autoroute urbaine. Ce retour vers l’eau est un mouvement mondial dans de nombreuses métropoles, comme  Bilbao, Hambourg, Malmö, New-York avec son East River, Seoul où un travail naturaliste a été fait... Notre projet s’inscrit dans ce cadre, d’un territoire emblématique, dédié au trafic automobile, à rendre à d’autres usages, avec un nouveau quartier.

Ensuite, le projet s’appuie sur des obstacles existants sur le territoire, qui sont rassemblés dans un atlas actif visible dans l’exposition (souligné dans mes notes), sur différents thèmes géologiques, zone inondable, histoire…

En troisième lieu, les points importants pour retrouver la Maine sont Saint-Serge, le CHU, le Centre-Ville, le Château, la Doutre, le Lac de Maine, la Baumette. Le cadre est plus large que la rivière pour situer le projet.

La structure géologique est importante aussi, avec un schéma en X ; le site se situe au croisement des couches  de schistes en sens ouest-est descendant avec l’eau de la rivière qui coule nord-sud. L’histoire de la rivière (compte aussi), c’est une mouvante, avec un paysage en construction (perpétuelle), la Place de La Rochefoucault était une île. C’est un paysage lié au vivant, le Lac de Maine n’existait pas. Une recherche a été faite sur les objets flottants, les péniches, les bateaux-lavoirs… où l’eau est très présente.

Nous avons établi une carte des zones inondables, avec les crues régulières prévisibles de la rivière. (Ici) l’eau est avant tout perçue comme une menace. (Pourtant) elle a modelé le paysage ; de  très belles cartes sont présentées à l’écran pour montrer la structure paysagère très particulière (qui retrace les chemins de l’eau) vers la rivière,  des rapports de la Maine (avec la Loire un peu plus bas).

Suit une analyse des équipements et du patrimoine (anciens et récents comme) le Quai (face au Château), la question de la complexité de la question de la mobilité (dans un espace très contraint), la logique (calée sur l’eau) d’un paysage-lignes très typique (des mots qui n’ont pas été utilisés mais qui résument bien), à voir en particulier dans un  montage photographique impressionnant que l’on peut voir dans l’exposition dans la boite de présentation du projet LIN.  (EP : j’ai noté que cette partie très dense était difficile à suivre).

Angers, Berges de Maine, Equipe Reichen,David Levain,Philip König 20120117

Les mots de David Levain pour parler de Maine-Parc

La stratégie porte sur deux points essentiels, la rivière et le temps. Il s’agit de reconquérir les rives de la Maine, une rivière à prendre au sens large, avec ses dimensions sociales, écologiques, culturelles, de Bouchemaine (confluence avec la Loire) à la confluence en haut (avec la Mayenne et la Sarthe, grossie elle-même par le Loir, un peu au-dessus d’Angers), avec des segments très diversifiés urbains, industriel, sportif comme à  La Baumette et des prairies inondables (à la Baumette aussi.)

Maine-Parc (première fois que le terme est utilisé) a pour premier objectif de rassembler la diversité de ces séquences dans un ensemble cohérent, puis en second objectif de proposer un processus de réflexion dans le temps, de façon à réfléchir à un cadre adaptable. Il ne s’agit pas de montrer un plan mais des scénarios différents, à différents moments. A l’été 2013 (c’est-à-dire demain), avec

-          le scénario 1, il est déjà possible d’installer un ponton flottant sur la Maine, au pied du Château.

-          Dans le scénario 2, c’est le centre-ville qui est visé, avec une grande terrasse en aplomb de la Maine.

-          La phase 3 du scénario prévoit d’opérer « un saut quantique » important avec (cette fois-ci) la création d’un nouveau quartier à Saint-Serge, l’aménagement de la Baumette, avec des nouveaux rapports à l’eau.

Les mots de David Levain pour le scénario 1 ---) Les actions simples, sans préalable

Il s’agit dans cette étape de mener des actions très simples comme

-          des pontons flottants entre le pont de Basse Chaîne et le pont de Haute Chaîne, avec une piscine, une auberge de jeunesse... C’est un élément très fort du paysage, comme ce qu’a fait l’agence a fait à Berlin, avec un grand succès,

-          d’une Info-Box qui se déplace sur la rivière pour annoncer le projet ;

-          dans un autre lieu magnifique, la Place de la Rochefoucault, en récupérant cet espace public, il serait possible de programmer des évènements (culturels) une fois par mois,

-          un mini-bus électrique pour desservir les 4 ponts avec 5 landmarks (repère = station ?)

-          de la micro-mobilité, avec des vélos en partage pour multiplier l’effet du tramway,

-          une navette fluviale de Bouchemaine à Ecouflant pour voir ces paysages magnifiques de prairies inondables,

-          la structure du pont de Segré à conserver

-          et plus de chemins de rivière.

Les mots de David Levain en scénario 2 sur les Berges actives, le Développement ciblé

Il s’agit d’un développement des forces vives, qui peut être mixé avec le scénario 1 , dans le cas où les voies des berges ne sont pas transformées de façon radicale, avec la construction de sites stratégiques dans la ville, la création de quartiers nouveaux, de véritables moteurs pour la ville. Ces sites stratégiques sont le Centre des Congrès à réimplanter près d’ici, la Place Molière, qui est un carrefour important (qu’il conviendrait de dynamiser) avec un immeuble haut triangulaire, un peu à la façon du Flatiron à New-York (la projection de la photo provoque des OH, OH peu enthousiastes dans la salle). L’Office de Tourisme pourrait être mis là. Ce serait un signe fort pour la ville.

La zone de Saint-Serge  est à développer en quartier mixte (habitations et activités tertiaires) en créant (au milieu) des bassins de rétention pour accueillir l’eau en cas d’inondations. Des photos sont projetées pour donner des exemples où le niveau d’eau varie en fonction de l’inondation : quand il y a de l’eau, le niveau monte ; quand l’eau baisse, il n’y a pas d’eau. Le système fonctionne comme des vases communicants.

Comme Angers a une compétence reconnu dans le domaine du végétal, le projet prévoit de mettre en place des techniques d’expérimentation écologique d’auto-nettoyage des fleuves à la Baumette, comme ce qui se fait aux Etats-Unis au MIT (Massachussetts Institute of Technologies). La forme des rives favorise aussi le nettoyage de la rivière. Un travail d’expérimentation au Lac de Maine pourrait être mis en place. L’Agence a consulté un psychologue et un hydrologue sur cette question de la pollution par les algues vertes, pour pouvoir s’y baigner l’été. (’Une amélioration serait possible avec) la réduction de la surface du lac. Ces mesures sont de nature à faire d’Angers un lieu majeur d’expérimentation du  végétal. Dans ce scénario, la voie sur berge n’est pas transformée tout de suite, on coupe l’accès au centre-ville, on aménage des terrasses le long de la Maine, avec les pontons flottants, comme à Barcelone. 

Les mots de David Levain en scénario 3 avec un boulevard urbain à développer à la place de la voie sur berge (rive gauche)

Il  s’agit de créer un nouveau quartier à Saint-Serge, tout en aménageant La Baumette. (Entre les deux,) la voie sur berge devient un boulevard urbain, avec une voie de bus dédié, avec une grande diversité de transport, en liaison nord-sud avec les deux lignes de tramway, de façon à se réapproprier l’espace des rives de la Maine. La Place Molière (près de l’eau entre les deux espaces, Saint-Serge et la Baumette) prend une forte influence.

Angers, Berges de Maine, Equipe LIN, Michel Desvignes,20120117

Les mots de Michel Desvignes sur le paysage

On regarde un paysage (pour le comprendre) et après on voit ce qu’on peut faire. Un paysage est un processus (qui se modèle) dans le temps.

Comprendre le paysage : (ce qui frappe d’abord ici) ce sont les zones inondables ; l’eau crée des structures de part et d’autres de la rivière. Il y a une grande délicatesse du paysage, un aspect géométrique, organisé, avec des perpendiculaires des fosses (qui recueillent l’eau pour l’apporter vers la rivière). Je suis très attiré par ces paysages, ces éléments de nature qui vont dans le sens de l’écoulement de l’eau.

C’est l’accumulation de ces petites choses qui crée de la beauté. C’est la musique douce d’une petite grammaire, ce n’est pas dérisoire. Des paysages très beaux en dehors d’Angers.

Dans la ville, il faut faire des cheminements le long de l’eau. Il s’agit de, changer le regard, comme ce qui a été fait pour le Louvre de Lens ou  à Bordeaux avec des plantations en rive droite. A Lens, 20 millions d’euros (ont été injectés dans) un site industriel délaissé. Ce n’est pas dérisoire. Lens est un grand projet. Même très rapidement, de nouvelles pratiques sont apparues. On prend pied.

Ouvrir  des chemins, c’est de la modestie, ce n’est pas dérisoire. On restaure ces continuités pour donner une grande place à ces paysages de chemin. (Ouvrir) 30 à 60 km de chemins, c’est considérable. Ce sont des chemins de rivière (riches de) leur flore et de leur (capital) écologique.

Dans le centre-ville, c’est plus une transformation progressive qu’il faut viser. Il s’agit de pré-figurer ces promenades en laissant la voie telle quelle est pour l’instant. Je suis sensible –dit-il- à la transformation progressive (comme un jeu d’acceptation entre le paysage, le temps et les gens).

C’est comme à la Rochefoucault, (nul besoin d’en faire beaucoup pour l’instant) une partie pourrait être tout simplement transformée en prairie. Les platanes les plus beaux restent (EP : on sait qu’un nombre significatif de ces grands arbres a une maladie, sur laquelle travaille l’INRA – Institut national de recherche agronomique d’Angers pour essayer de la combattre et/ou de la ralentir. Le phénomène est mondial. Une des raisons vient de la pollution). Par-dessous, des plantations d’arbres peuvent déjà commencer à être opérer de façon à assurer le relais progressivement au fil du temps. Un arbre a une durée de vie de 50 ans.

A Saint-Serge, il s’agit d’une structure urbaine de paysage, où il s’agirait de (revitaliser) les anciens fossés pour utiliser l’eau avec (en plus) des formes plus libres pour accompagner le dessin (schéma).    

A la Baumette, le parcellaire est à mettre en logique avec ce paysage lié à la géographie. Ce n’est pas une utopie. A Lyon-Confluence, ça fait 12 ans qu’on  travaille sur le même découpage du parcellaire (avec des retombées intéressantes). C’est nouveau en urbanisme, (surtout) en Europe. A Boston, les Américains ont fait ça.   

Angers, Berges de Maine, Equipe LIN, Michel Desvignes, Christophe Lesort,fin de séance

La nature nous aide à symboliser la ville-la vie. 

Les questions de la salle, les réponses des concepteurs du projet

01.  Une dame pose la question de l’accès à la Maine par les piétons pour accéder au ponton (scénario 1) et fait la remarque que l’équipe ne propose rien de nouveau pour la traversée de la Maine

DL : la transformation va se faire dans un temps long ; il va y avoir (en plus) une offre (nouvelle) de transport pour accéder en centre-ville, avec un bus à haute fréquence. La modification de l’échangeur de Saint-Serge va libérer la voie sur la berge.

02. Une dame pose deux questions sur le plan de circulation dans la ville : vous remplacez les voies supprimées par quoi ? Comment fait-on d’aller d’Angers Est à Angers-Ouest ?

DL : la circulation continue à exister.

MD : de nombreux projets ont été faits. Le projet s’inscrit dans le temps. Nous proposons la transformation de la voie sur berges. Il faut que ce soit clair. On garde une partie de la voie. Ai-je répondu à votre question ?

03. Une question d’un monsieur sur l’accès à la Maine par la voie de déserte, entre la place Molière et la pont de Verdun.

DL : il y aura aménagement du trottoir. Pour les accès verticaux, des chemins existent. Pour les pontons, il va falloir les rendre accessibles.

MD (renforce): les chemins existent mais il faut rétablir les continuités, leur donner une identité forte.

04. Un monsieur s’exprime : on est frustré. Il précise : A  l’île Saint-Aubin (au nord d’Angers, près de la confluence entre la Maine et la Mayenne), on doit y aller par le bac. Avec une allusion à Alcatraz ( ?), il pose cette question : y a-t-il quelque chose de prévu pour traverser la Mayenne (avec une passerelle au-dessus de la rivière) ?

MD : non. (D’ailleurs, une passerelle) c’est discutable.

(Il recadre le débat et précise sa pensée.) Nos propositions forment un menu. Ce n’est pas un joli plan. Qu’est-ce qu’un projet ? C’est une image pour une ville. Les images n’ont jamais été contenues (contraintes, assorties avec ?) par une succession de mesures dans le temps. On a envie que le centre-ville se développe. C’est un défi professionnel. Comment être honnête en présentant des mesures (qui devront être prises dans un temps imprécis) ; ne pas se focaliser sur des plans-masse (plan d’une construction) en mélangeant tout, le long terme, le court terme…Nous voulons donner de la cohérence. On n’est pas contre la passerelle mais on ne décide pas aujourd’hui.

---) Des personnes dans la salle applaudissent.

05.  Un monsieur fait part de son étonnement quant aux noms des équipes qui portent toutes des noms à consonance germanique. Il est sensible à l’idée de la continuité en rive gauche et l’idée du coche d’eau (bac) ainsi qu’à la poésie latine de (la vision) de Michel Desvignes.

MD (fait la moue en  répondant) : ma mère est russe, c’est pire !  ---) Rires dans la salle. (Il  reprend) Façonnez un paysage à partir d’une sensibilité, c’est assez nouveau.

Jean-Claude Antonini se lève et intervient dans le débat : je suis choqué (par les propos qui viennent d’être tenus par ce monsieur). Le choix des trois équipes par la ville est basé sur les compétences et pas sur des sous-entendus (tels qu’il vient de les entendre). L’important est que les équipes soient européennes.

06. Un monsieur s’étonne : il n’y a pas beaucoup d’aspect paysager le long des quais, à part à la Rochefoucault.

MD : Pour l’aspect paysager du centre-ville, les belles promenades plantées, je vois de la sobriété dans ces plantations. A Marseile, qui vient de faire 60 millions de travaux d’euros au port (où Michel Desvignes vient de gagner le grand prix de l’urbanisme 2011), on a fait peu de choses, des pavages, pas de décor, d’ajout. On a travaillé dans la sobriété ; avec de la pertinence, de la justesse. Le résultat,  une grande beauté. (Ici) on veut la même force, la même simplicité. Il ne faut pas mettre de la sophistication. Les places trop dessinées, c’est trop de trop 20 ans après. On vient de faire une place (à Almere au nord d’) Amsterdam, avec Rem Koolhas, on n’a fait rien du tout , 300 mètres de peupleraie face à un lac… C’est dur de dessiner le rien. ---) Rires dans la salle. Ca met la ville dans la géographie : il faut de la force, de la simplicité.  

Philippe König intervient : ce sont des choix architecturaux. Ce projet va durer, avec peu d’objets, plein de complexité, de la finesse …

Ma mère est slovène ---) Toute la salle rit franchement.

07.  Une question sur les pontons flottants qui paraissent très grands au Pont de Verdun et la construction à la Baumette (alors que ) c'est un site pollué.  

DL : un processus de dépollution est à mettre en place, avant de construire. Ce sont des  problèmes qui existent (un peu partout). Le système est à inventer. Quant aux pontons flottants, l’image exprime la structure légère qui longe la Maine. Il revient sur le marnage important au Pont de Verdun en faisant référence  à leur hydraulicien pour avoir les meilleures réponses.  

08.  Entre la rive gauche et la rive droite, quels passages avez-vous prévus ?

DL : il manque peut-être des franchissements, prévoir de rendre le Pont de Verdun aux piétons, de créer un passage ( ?) entre la cale de la Savate et l’autre côté, en rendant le Pont de Segré (un ancien pont ferroviaire très en hauteur, tout en haut au nord de la ville, au-dessus de la Maine) qui est prévu dans le scénario 1.

09. Un monsieur : les images que vous voyez, ce sont des visions (irréalistes ?): il n’y a pas de garde-corps sur le ponton, le menu n’est  pas complet. La vision est claire, ça c’est sûr…Il manque les passerelles (pour répondre) à la cohérence de notre vision (pas de la vôtre). 

10. Comment faire, demande un monsieur, au pont de Verdun pour résoudre  la question de la paroi de palplanches ?

DL : c’est un détail. On peut s’appuyer sur l’infrastructure de l ’autoroute… accrocher des terrasses vers la Maine. C’est un peu prématuré d’envisager cela maintenant.

MD : le phasage est à faire. ..La mise en place du projet avec la transformation de la berge est (liée) à la suppression de la voie rapide. Pour ce 3è scénario, on a le temps, on a de la place.

11. La mise à plat de l’autoroute urbaine sert en cas d’inondation actuellement. La simplicité (que prône Michel Desvignes) n’entraîne-telle pas pour conséquence de ne pas construire dans ces zones inondables ?

DL : c’est une des spécificités de notre atelier de construire avec l’eau. Il faut prévoir des mesures de compensations à Saint-Serge pour absorber les trop-pleins en cas d’inondations. On est très sensible  au niveau des aménagements artificiels qui causent des problèmes. C’est pourquoi, nous préférons la simplicité. Construire en zone inondable est (toujours) vu comme un interdit. On n’a pas encore imaginé des nouvelles formes pour construire des habitats adaptés pour se projeter dans le futur. Il y a (chez nous) une volonté forte  d’imaginer le paysage.

Angers, Berges de Maine, Equipe LIN, Michel Desvignes,

MD : C’est une question importante, qui ne doit pas nous paralyser, en raison du prix (de construction) en zones humides en milieu urbain. C’est nouveau ; il ne faut pas aller d’une expérience à une autre ; il faut créer des zones de compensation, comme il y a 5 ans à Rotterdam. C’est la question « comment mettre le paysage en valeur en tenant compte de l’eau » (que nous nous sommes posée à Bordeaux.) On l’a fait, ça marche.

12. Une dame parle du problème du bruit. C’est une gêne pour la promenade, le long de la 4 voies (lien avec le ponton).

DL : Il y a deux choses à savoir : le ponton est en creux, en bas. La répercussion du bruit se fait en haut.  Le bruit a un effet sonore paradoxal, un bruit sourd et faible peut être plus nuisible qu’un bruit fort.

13. Un monsieur : les villes qui ont été évoquées sont (toutes) des grandes villes. Ce ne sont pas des villes comme ici (à Angers), avec deux confluences (en plus).

MD : le thème de la confluence est très présent  à Lyon avec le Rhône, l’Ain, la Saône. Ce n’est pas si différent à Lyon (EP, avec une différence de dimension quand même).

14. Une dame revient sur l’aménagement des quais, la Place Molière, la disposition en fer à repasser… Concrètement comment faire revivre les quais ?

DL : (on en revient à) la question des programmes dans le temps. La seule réponse paysagère ne suffira pas. La programmation ne se décrète pas. La réponse est aussi évènementielle (EP : Ca dépendra de ce qui va se passer dans les 20 ans). Les programmes physiques dans des bâtiments sont très emblématiques.

MD : le signal (du départ) est très important, (dès qu’on commence) à nettoyer, enlever des rampes, créer des cheminements... Un exemple à Lyon, quand on a commencé à nettoyer la tête de l’Ile. C’était un site à l’abandon. Le chemin ne se décrète pas (EP = on ne décide pas du signe symbolique). On commence pragmatiquement. Quand le site est beau, on n’a pas besoin d’un parc d’attractions. ---) Applaudissements de la salle.

15. Qu’est-ce qu’une Info-Box, demande une dame ?

DL : c’est une boîte rouge qui contient des récits, des choses racontées dessus,  comme ce qu’on a fait à Berlin sur la Postdamer Platz. Ca a eu beaucoup de succès.

C’est la fin de la rencontre avec la troisième équipe d’architectes-urbanistes LIN avec Michel Desvignes pour le paysage.  

Pour suivre le chemin du projet ‘Berges de Maine’ à Angers, dorénavant « Angers, Rives nouvelles »

. Voir les deux autres articles sur les rencontres précédentes:

Le projet très angevin de l'Equipe Grether > Angers Berges de Maine     

Le projet Convivence de l'Equipe Reichen > Angers Berges de Maine

. Découvrir l’Agence LIN, composée de Finn Geipel et de Giulia Andi, avec un atelier à Berlin et un à Paris  http://www.lin-a.com/start-francais.html. L’Agence actuellement travaille par exemple sur le Grand Paris, avec des projets de grands bâtiments les pieds dans l’eau en zone inondable de la Seine.  

. David Levain architecte-urbaniste, chef du projet LIN-Berges de Maine, à retrouver sur   http://www.twarch.com.au/blog/lin-micro-mobility-macro-change/

. Philip König, architecte de l’agence LIN, a en particulier travaillé sur la Cité du Design à Saint-Etienne http://www.unregard.net/publications/MON5542P064-067.pdf

. Le Flatiron à New York, un gratte-ciel de 1902,  à admirer sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Flatiron_Building.  On n’oublie pas sa silhouette une fois qu’on l’a vue.

. Voir des réalisations de Michel Desvignes, certainement le paysagiste le français le plus connu au  monde à cause de la force de son style, botaniste de formation sur http://archiguide.free.fr/AR/desvigne.htm. Il est Grand Prix de l’Urbanisme 2011.  Une présentation  biographique sur http://www.developpement-durable.gouv.fr/Michel-Desvigne-Grand-prix-de-l.html. Le portrait qui est fait de lui trace à grands traits sa spécificité : parler de géographie plus que d’histoire, mettre la fluidité, la lisibilité au cœur du paysage. Il aime approfondir  les relations entre la ville construite et la nature. « Homme de concepts », il s’appuie sur son intuition. Ce qui ressort de l’exposition du projet LIN à Angers dans la boîte de présentation dédiée, ce sont les lignes, le style  en ligne, de la nature en design ou l’inverse du design de la nature…

Angers, Berges de Maine, Equipe LIN, Michel Desvigne

.Lire une très bonne interview sur sa vision du rôle du paysagiste dans une résidence à Louvains en Belgique dans http://www.uclouvain.be/cps/ucl/doc/adcp/documents/176_part2.pdf

Et un dossier très complet dur le paysage tel que le voit Michel Desvignes sur http://www.pavillon-arsenal.com/img/conference/210/cp/PAV_210_CP.pdf

. Une brève présentation de la Postdamer Platz sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Potsdamer_Platz

. Photos EP

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