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Le Blog d'Elisabeth Poulain

societe

L'eau, le sel et le vin, La Verrerie royale et les Caves de la Bouvraie

5 Juillet 2007, 15:56pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

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Une ballade à Ingrandes (49) et au Fresne sur Loire (44) On y fait des découvertes véritablement surprenantes. En arrivant d’Angers, vous prenez la rue de l’église à droite avant le pont, puis vous suivez la grande rue et après la ruelle des Pigeons, vous tournez à droite. Vous êtes dans la rue de la Verrerie. Au coin de la rue, un énorme porche indique « Caves de la Bouvraie ». Et c’est là que vous apprenez qu’une verrerie royale a été édifiée à cet endroit en 1755. Au début du XIXe siècle, 500 ouvriers y produisaient près de 500 000 cols par an qui partaient à l’export, en particulier aux Etats-Unis. L'aventure s'est très vite terminée en 1830 en raison de la concurrence et des difficultés d'approvisionnement en charbon de qualité en provenance de Montrelais, le village proche. Quelques décades après, le site a été transformé pour produire du vin mousseux. Du contenant, on est passé au contenu. Les Caves de la Bouvraie, nouvelle version, sont nées en 1982 et appartiennent actuellement au Groupe Boisset.  

Avant, il existait déjà des Caves de la Bouvraie qui était un domaine familial depuis 1580. L’héritière des Caves épousa en 1886 un certain Henri Grandin, notaire à Ingrandes. C’est lui qui fit construire, au dessus des fours à verre, une grande demeure ornée de briques, entourée de hauts murs avec le fameux porche et qu’on peut louer pour des fêtes. Et c’est ainsi que le seul établissement industriel d’importance, Les Caves de la Bouvraie,  produisent toujours un Méthode Traditionnelle, sous la marque « Grandin » d’Ingrandes sur Loire. Elles continuent à produire des bulles dont un Crémant de Loire qu’on peut acheter à l’Intermarché proche ainsi que les vins de Gérard Oger, le seul vigneron à continuer à faire du vin d’Ingrandes. Les Caves continuent à vendre à l’export comme au début de leur existence surtout en Australie, leur principal client.  Mais on vient aussi de la Sarthe par exemple pour ces bulles,  au temps suspendu... 

 

Cela se passe à Ingrandes et au Fresne, 1400 habitants d’un coté et 700 de l’autre, sur la rive droite de la Loire déjà paresseuse en juin, avec une conséquence, par exemple, qui est  que la même rue parallèle au fleuve s’appelle la "Grande Rue"  coté Ingrandes et  la "Rue Principale" coté Le Fresne. Des maisons, alignées le long de la rive sont séparées de temps en temps par des cales qui permettent d’accéder à l’eau. Un pont  marque le centre du village d’Ingrandes; il permet de traverser la Loire, pour jrejoindre Le Mesnil, à 4 kilomètres dans les terres rive gauche. Du coup Ingrandes ressemble à une île avec de l’eau d’un seul coté,  mais une eau très présente. 

 

Dans cette "île", les échanges se faisaient surtout par l’eau. Ce n’est pas un hasard si le site a été choisi par les Gaulois puis est devenu une baronnie au XIè siècle. La Loire fait un coude à cet endroit, à cause d’un tertre où se trouvent d’ailleurs les bâtiments anciens du village. Les bateaux qui remontaient la Loire  y apportaient du sel avant la révolution,  des bananes et des oranges plus récemment … En redescendant le fleuve, leurs cales étaient chargées de charbon, de tuffeau ou de vin d’Anjou. Le sel et le vin. Il manque le pain. Sa trace est indiquée par les ruines d’un moulin   Et entre les deux une frontière, celle qui séparait la Bretagne de la France. Excusez du peu. En langue d’aujourd’hui vous traduisez le 44 et le 49, comme on ne le dit pas!

 

Cette île est un endroit très passant. Les marins s’y arrêtaient en remontant le fleuve dans l’attente du vent d’Ouest ; ils y vendaient leur sel, seul moyen de conserver les aliments et qui surtout, avant de vendre, ils devaient payer les différents impôts et taxes quand ils entraient en France. En attendant, ils buvaient du vin d’Anjou, du bon on l’espère, du vin de mer destiné surtout à nos amis hollandais de l’époque. Il reste un grenier à sel du 18è siècle perché en haut du tertre, ainsi que des murailles du 16 et 17ème siècle au Fresne. Ce sont les traces les plus visibles de cette frontière, avec la Contrôlerie du Trépas à gauche du pont d’Ingrandes qui percevait un droit sur toutes les marchandises qui montaient, descendaient ou traversaient le fleuve. 

 

Il y a aussi encore des témoins d’une époque révolue plus récente, qui garde des liens privilégiés avec la Bretagne. Comme Félix Fouquetières né en  1919, qui habite toujours le bord du fleuve. Il se souvient des vins d’Anjou qu’il allait vendre en Bretagne dont il est originaire et du cidre qu’il rapportait au retour à Ingrandes.  Ses clients étaient des personnes qui vivent dans la Vallée en face sur la rive gauche. Pour ses déplacements éloignés, il utilisait une camionnette Hotchiss. Il faisait aussi des tournées avec son vélo. Il y chargeait 20 à 25 kilos de moules, allait de ferme en ferme et, quand il n’avait plus rien à vendre, rentrait. Sa valeur ajoutée se faisait en créant des liens transversaux à la Loire, en partant de la Bretagne. « Madame Marie, j’ai de belles moules à acheter et celle-ci de lui répondre, gardes tes moules, mon gars, moi j’ai des fraises qui n’attendent pas dans le jardin ».  

 

C’est aujourd'hui un petit village paisible où il fait bon vivre et se promener. Comme tant d’autres, il a connu cependant beaucoup de bouleversements. L’ancien château a été incendié par les Anglais au 15è siècle avant de devenir la propriété de Gilles de Rais, plus connu sous son pseudo "Barbe Bleue". De belles demeures  ont été construites ensuite. Elles ont accueilli Henri IV,  Louis XIV ou Napoléon III. Comme autrefois, il y toujours deux villages, l’un avec des maisons de mariniers et l’autre plus patricien avec des hôtels particuliers qui étonnent en ce lieu si resserré. Ce clivage traditionnel se double d’une distinction entre ceux qui  habitent Ingrandes ou Le Fresne et une autre entre ceux qui y ont des liens ancrés là et les nouveaux arrivants qui recherchent une certaine douceur de vivre proche d’Angers et de Nantes. Car depuis 1852, il y a la voie ferrée. C’est elle qui forme le quatrième coté de l’Ile.   

 

Maintenant il n’y a plus guère de marins, ni de bateaux sur la Loire. Mais il reste la distinction entre les gens de galerne et ceux qui habitent dans la vallée, malgré la construction du pont suspendu en 1868, long de près d’un demi-kilomètre. Le sel s’achète maintenant en boîte ou au kilo. Le vin ne compte plus qu’un vigneron, Gérard Oger du Clos Rossignol et qui repart en Bretagne chaque week end. Marc Fouquetière, le fils de Félix, précise qu’avant la dernière guerre, il y avait 21 cafés à Ingrandes même. Il y en reste 2 actuellement. Mais on peut encore admirer des maisons de vignes au hasard des ballades dans les sentiers de randonnée. On vous montre aussi aux Caves de la Bouvraie la photo d'un bouteille de la Verrerie royale trouvée au fond d'un four, une bouteille de 25 cm de haut qu'on enfonçait dans le sable, parce qu'elle n'a pas de fond et qui s'appelle délicatement "Couille de Bouc". Elle était encore utilisée en 1950. Si vous arrivez à en trouver une, dites le moi! !  C'est plus qu'une rareté. 

 

Sources : Office du Tourisme d’Ingrandes sur Loire, Félix Fouquetière, Jean Baptiste Glotin, Marc des Terroirs alias Marc  Fouquetière, Mairie du Frêne, conceptvins.com et boisset.fr.

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Un petit tour au salon du livre 1/2

26 Mars 2007, 08:40am

Publié par Elisabeth Poulain

Tranches de vie n°1/2

Métro, Timbres, Lacet droit, Sérail, Tour Eiffel, Perse, Turquie, Etats-Unis, Porte de Versailles, Théâtre, Vins de Loire,

Serail Auteur = Serial …  

C’était histoire de venir dire bonjour à mon éditeur au stand du salon Porte de Versailles Hall 1. Le premier jour d’ouverture, le vendredi,  ressemble au printemps quand on se retrouve après l’hiver. On pointe son nez hors de terre; là il faisait encore un peu frisquet avec quelques gouttes de pluie. On s’en fiche. Ca sent le renouveau. Je ne vais plus au cocktail monstre du jeudi soir. On s’y marche sur les pieds et on ne voit pas les livres. Normal, ce sont les invités qui sont là pour se montrer, entre people !

Aller à la rencontre du livre, c’est toujours magique ; d’ailleurs ça a commencé  dans le métro. A peine assise, vient s’installer devant moi un monsieur concentré. De sa sacoche bien calée sur ses genoux, il sort un classeur d’écolier avec des post it à certains feuillets, il vérifie que tout était en ordre.  Comme on s’examine devant un  miroir avant d’aller à un entretien d’embauche, pour voir si la cravate est bien mise, le cheveu bien plaqué... Oui les timbres  sont là, ils ne sont pas décollés pendant la nuit ; les tampons sont bien en place. Une fois, deux fois, il touche chacune des pages marquées. Sa tension créée une fusion avec le timbre. Un peu plus loin, debout cette fois-ci, un homme de grande taille, belle tête, bel imper, belles chaussures, bug : un de ses lacets s’est défait. Il me voit le voir et il tire la boucle de façon à rectifier l’ordre. Sortie, bousculade, chacun s’en va. 

Quelques centaines de mètres  après, je vise la porte du « Sérail » réservée aux auteurs qui viennent faire des signatures sur le stand de leur éditeur. Le sérail, ça trouble. Un mot qui vient du persan pour désigner au choix  le palais du sultan d’Istanbul, le harem ou l’entourage d’une personnalité ou se noue des intrigues, comme les people du début. J’ai beau vérifié, rien ne colle pour moi mais bon, je n’ai pas voix au chapitre. Je mets mon badge « Serail Auteur ». En attendant d’entrer après vérification des noms sur le listing, nous nous retrouvons tous les trois, le Grand au lacet droit dénoué devant et le Numismate derrière. Et moi  de dire : J’aurais du me douter que vous aviez des têtes d’auteurs, Vous êtes le monsieur aux timbres. Vous vous déplacez avec vos trésors? Il venait présenter les originaux sur un stand. En quelques minutes, il nous raconte sa vie. Enfant de l’assistance avec ses deux frères, il a, jeune homme, fait la rencontre de sa vie, la Tour Eiffel et depuis lors il lui a consacré tout son temps libre avec une collection de timbres de toutes les Tour Eiffel du monde. Et entre deux Tours Eiffel, il fait une collection de timbres premier jour oblitérés avec le tampon du bureau émetteur sur toute la France. Un de ses frères est mort, il n’a pas supporté l’Assistance, l’autre est grabataire. Et lui comme il était garçon de salle à l’hôpital il va une semaine sur deux aider ceux qui s’occupe de son frèr

Je demande au Grand ce qu’il fait : il écrit des pièces de théâtre et nous reprenons le fil de l’assistance. Le monsieur aux timbres  nous remercie de ce que la Société a fait pour lui et ses deux frères. Parce que nous dit-il la société c’est vous. Le Grand prononce quelques mots de partage d’émotion en notre nom à tous les deux; après vérification de son nom, il nous salue et part. A mon tour de passer. C’est au tour du Monsieur de l’Assistance. Son nom n’est pas sur la liste. Il craignait de ne pas pouvoir entrer. Il avait raison, il repart et va devoir payer à une autre porte. Et aucun des deux ne m’a demandé ce que je faisais là. C’était pourtant court à dire: moi c’est le vin de Loire.  Je dois être parmi les rares auteurs du salon à avoir pu déguster du Saumur Champigny Cuvée Cheminements à 15h heures et du Crémant de Loire Ivoire à 17 heures. Moi, qu’on a par trois fois appelée une serial …auter mais sans prononcer le mot de  killer quand même. Et voila comment, grâce au livre, on va de la Perse à la Turquie, aux Etats-Unis, en passant par Paris-Porte de Versailles, la Tour Eiffel et l’Assistance, sans oublier le théâtre ni le vin de Loire.      

 

 

 

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