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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Vigneronnes, Viticultrices ou on garde tout au masculin?

3 Novembre 2010, 17:45pm

Publié par Elisabeth Poulain

Une vraie question.  

Elle ne se pose pas seulement dans le vin. Dit-on écrivain ou écrivaine d’une femme qui écrit ? Est-elle ‘obligée’ de se nommer ainsi ou bien est-elle libre de dire comment elle se désigne. Si oui, pourquoi? A quelle occasion? Pour le vin, c’est encore plus compliqué, forcément, comme toujours puisque les enjeux identitaires, culturels, patrimoniaux, financiers et tout ce que vous pouvez ajouter en plus...  sont toujours très présents. Ils déterminent la réponse. 

-        A ce point là ?

-        Oui et encore plus. A commencer par la sonorité du mot à l’oreille.  

Le féminin des métiers

Vigne, Chenin, Viala, Traité de viticulture, 1909

. Parlons des écrivaines. Ce que j’entends moi, c’est le mot ‘vaine’, le féminin de vain qui signifie « ce qui sans fondement, sans valeur, sans effet ; inutile » selon le Petit Larousse. Vous comprenez pourquoi je botte en touche quand on me demande si je le suis (écrivaine). Je réponds et cela spontanément que je suis un auteur, à prendre dans le sens d’un créateur qui à quelque chose à dire et le dit aussi en l’écrivant.

 

. Viticultrices, le « trice » me bloque l’oreille tant la sonorité est dure. Il faut savoir bien articuler.

 

. Quant à vigneronne, dans le meilleur des cas, c’est "la trogne" d’un vigneron à l’ancienne, que je vois, avec sa casquette visée sur la tête, son gros pif rouge et son œil malin en train de goûter son vin, pour savoir s’il est aussi bon que ce qu’il affirme avec une autorité jamais contestée par ses clients.  

Les réponses des femmes de la vigne et du vin

On peut trouver toutes les réponses, outre celle qui revient le plus souvent, un haussement d’épaules ou les yeux au ciel, en signe d’agacement pour montrer qu’on en a raz le bol de ces questions idiotes qui reviennent chaque année à la rentrée des vacances d’été, comme les  marrons aux marronniers. Une très grande majorité ne se pose pas la question en effet. Elles sont tellement boulot-boulot qu'elles n'ont littéralement pas le temps d'y répondre, ni même d'y penser.  

 

Une faible minorité revendique l'emploi du masculin pour désigner leur travail. La raison est tirée de la logique du métier et du savoir-faire. Quand on est œnologue, on fait le travail au mieux de ses possibilités pour répondre à la demande du client ; on ne cherche pas une réponse différenciée selon que l’on est homme ou femme. Si différences, il y a, elles seront dues à la personnalité, au parcours et au savoir-faire spécifique de l’œnologue, pas au genre.

 

Quoi qu’en disent  certains, il n’y a pas de nez ni de palais féminin. Par contre, il y aura toujours des personnes, femmes et hommes, à  avoir des capacités naturelles, renforcées par l’apprentissage sensoriel en continu des dégustations et une mémoire des vins absolument fabuleuse. Quand Michèle Vétélé est sacrée « meilleur sommelier 2010 », personne ne lui demande plus si elle se dit sommelière, ce qu’on faisait encore il y a peu. Elle déclare avec fierté que « ce qui compte, c’est la compétence en matière de vin et la passion du goût ».  

La situation en Loire Vigne, Gamay blanc, Viala, Traité de viticulture, 1909

Si j’en reste à ces deux termes à titre de test que sont "viticultrice et vigneronne", le score de la recherche sur Google est vraiment désastreux : on trouve quelques viticultrices et point de vigneronne. Ce qui bien sûr ne saurait être un hasard. Par contre, l’usage de vigneronne à titre d’adjectif complémentaire fleurit. On trouve des traditions, des villes, des maisons, des fêtes, des tartes… associées à vigneronne. Que des mots au féminin d’ailleurs, drôle, n’est-ce pas?  

La difficulté de donner des noms aux métiers des femmes

Pour « Le Vin aussi est affaire de femmes », la recherche que j’ai faite en Loire sur la filière "vin au féminin", j’ai montré que les femmes sont présentes dans tous les métiers de la vigne et du vin, à tous les postes de la hiérarchie, à tous les niveaux d’âge, de formation et de compétences. Lors des interviews, une des difficultés a été pour ces Dames de la Vigne et du Vin de nommer avec précision le travail qu’elles effectuaient dans le domaine, l’entreprise, la famille, le couple…Pour les postes dans une des si nombreuses organisations du vin, la situation est plus facile en raison de l’existence d’une fiche de poste qui précise les obligations de la salariée. Ce n’est pas le cas, quand on travaille avec son mari, en quasi-symbiose avec lui, sans définition précise, en faisant tout ce qu’il ne fait pas, lui ou l’ouvrier qui assure le gros du travail dans les vignes et le travail lourd au chai. Elle arrive de ce fait en 3è position tout au bas de l'échelle, sans jamais avoir grimpé le premier barreau.

 

Ce sont alors des définitions par défaut, qui expliquent pourquoi il est si difficile de parler de son métier, de ses métiers, quand il n’y a pas de nom pour ça. Quant à lui trouver un équivalent féminin, c’est mission impossible. Ou plutôt comme l’a dit, un homme travaillant dans un domaine, « c’est une histoire de femme ». Cette histoire ou "ce truc de fille", comme je l'ai entendu aussi, consiste à recevoir les clients, à toute heure quand l’envie de faire une dégustation leur en prend, à s’occuper de l’administration des ventes, de la comptabilité, sans oublier de remplir toutes les si nombreuses obligations qui emprisonnent le petit vigneron et sa femme, tout en faisant les courses et allant chercher les enfants à l'école à l'heure. Sous peine, si non, de se voir d'être accusée d'être "une mauvaise mère" devant tout le village  et devant ses enfants! (Cas véridique).   

Les métiers nobles mis en lumière et les métiers invisibles 

On va alors retrouver une vieille distinction entre les Vigne, Cabernet Sauvignon, Viala, Traité de viticulture, 1909métiers qui brillent dans la lumière et ceux qui sont dans l’obscurité ‘les invisibles’. Très schématiquement, ceux qui oeuvrent à la transmutation du jus de raisin en vin font l’objet de l’admiration et de l’attention de tous. A commencer par les journalistes spécialisés qui découvrent chaque année des ‘jeunes’ vignerons, des étoiles montantes, avant que les autres confères journalistes le fassent.

 

. Sauf exception notable comme Catherine Dhoye-Deruet (Vouvray 37), Bénédicte de Rycke (Marçon 72) et Junko Arai (Mareuil sur Cher 41), qui sont et se disent vigneronnes, avec toute la prise de risques que cela entraîne, les femmes entrent rarement dans cette catégorie.

 

. Les femmes, qui se disent viticultrices, sont plus nombreuses. Elles travaillent en couple soudé à la réussite du domaine. Comme dans un autre binôme, entre frère et sœur, dans une fraternité, une sororité ou des associé-e-s,  il y aura toujours une spécialisation des tâches. C’est très souvent elle dans notre cas qui assurera les tâches les plus éloignées de la vigne et du vin, comme la vente, l'administratif, la distribution et le fiscal, elle ne sera pas et ne se mettra pas en lumière, le fera moins ou à sa façon. De très nombreuses femmes que j’ai pu rencontrer pour le Vin aussi est affaire de femmes sont dans ce cas.

 

Le caractère de l’invisibilité des métiers basés sur le lien

C’est la vieille question des jeux de rôles attribués à chacun et chacune par la société. A l’homme, depuis Cro-Magnon la chasse à l’extérieur et la prise de risques, avec la visibilité, à la femme   ce qui est à l’intérieur et la préservation du lien familial. Beaucoup d’eau ayant coulé en Loire depuis lors, les femmes dans le vin sont le plus souvent en charge d’une quadruple compétence dans le cadre:    

-        de la poly-compétence  qui fait le lien entre les toutes les composantes de la vie du domaine, de l’entreprise, de la famille…

-        des métiers de l’administration, de la gestion et du contrôle…

-        des métiers de la vente, de la distribution, de la communication… 

-      et tout ce qui reste, quand l'ouvrier s'est par exemple s'est fait une entorse! 

La prise de parole en disant « Je »

Vigne, Melon, Viala, Traité de viticulture, 1909Entre la communication pour le bien du domaine et la représentation du domaine devant les autres, son portage, il n’y a qu’un pas. Mais quel pas ! Il consiste  à savoir parler de soi pour parler du domaine et à investir les si nombreuses organisations. Déjà de nombreuses viticultrices ont franchi ce double pas qui a au moins pour mérite de casser le mur de l’invisibilité et de faire bouger les choses. Etre soi, pleinement, en tant que personne humaine est déjà un pas de géant!.    

L’évolution

Quoi qu’il en soit des portes d’entrée dans le vin, un constat s’impose en particulier pour les jeunes générations. Elles - les jeunes femmes - sont de plus en plus nombreuses à dire leur amour de la vigne et du vin et à se donner les moyens de travailler dans le monde du vin à leur façon. C’est à dire, en se formant, souvent de façon très poussée pour posséder de solides compétences. Elles sont ainsi de plus en plus nombreuses  à accéder à des postes intéressants dans la galaxie institutionnelle du vin. Et c’est une bonne chose. Quand on est ingénieur, on ne cherche pas de nom au féminin. Quant à préconiser à toutes les femmes de devenir ingénieur, ce serait franchement débile. Par contre, ce qui ne l'est vraiment pas, c'est de chercher à acquérir une spécialité à soi pour avoir une identité repérable, distincte du mari et du domaine. Un certain de nombre de femmes a ainsi crée une entreprise de négoce, chargée de vendre les vins du domaine et ceux des autres. Là aussi avec un exemple parlant, aux Etats-Unis quand cette vigneronne part voir ses clients pour leur faire goûter les nouveaux millésimes, elle EST la vigneronne; une fois rentrée au domaine, quand l'acheteur américain vient au domaine, il ne s'adresse qu'au vigneron-homme!  

 

La réponse à la question

Toutes les femmes que j'ai rencontrées pour cette recherche ont féminisé le nom de leur métier, à l'exception de la sommelier que j'ai citée en premier. La raison est si "évidente" que peu la voient: la compétence professionnelle ne tient pas au genre!

La réponse est donc qu'il appartient à chacune de se déterminer! Et à personne d'autre.

 

Quand même, il serait temps de valoriser AUSSI la compétence féminine, en France aussi et pas seulement à l'export!  
Pour suivre le chemin

. Lire « Le Vin aussi est affaire de femmes », Arinouchkine, Coteaux de l'Aubance, Bablut

Cheminements éditeur, 2004. 

La question que l'on m'a le plus posée à la sortie de l'ouvrage a été de savoir ce que signifiait ce "aussi", placé  entre le vin et le verbe "Etre". Ma réponse au départ totalement spontanée a été de répondre "comme d'être Président de la République". Inutile de vous dire que personne n'a compris. Cela signifie que les femmes ont compétence pour assumer toutes les tâches, exercer tous les métiers, toutes les tâches, pas seulement les "invisibles" sans lesquels le monde s'arrête de tourner. Et surtout en ne se définissant pas uniquement par rapport aux hommes. Si j'avais placé le "aussi" après le verbe, le vin est aussi affaire de femmes, cela aurait signifié que mon critère de jugement était l'homme et je que jugeais la femme par rapport à l'homme. C'est pourquoi, j'indique ce titre en le barrant.   

 

. Ce billet est directement issu de la recherche que je viens de citer. Il n’a pas pour but de répertorier toutes les vigneronnes et les viticultrices que je connais en Loire et en particulier celles que j’ai rencontrées pour ma seconde  recherche sur les Habits du Vin, parue sur ce blog sous le titre « The World through the Bottle of Wine ».

 

"Le monde à travers la bouteille de vin "décrit la façon dont se voit celui ou celle qui incarne le vin - c’est celle ou celui  qui décide de l’habillage de la bouteille en dernier ressort dans une entreprise,-  et/ou la façon dont elle ou il   voit son vin. L’ensemble de ces différentes représentations du vin forme ce que j’appelle les neuf paysages du vin que je décris dans  WBW.

. Photos Elisabeth Poulain de planches d’ampélographie tirées de l’ouvrage cité et une étiquette spéciale BD du Domaine de Bablut à Brissac (49), avec mes remerciements

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Eclairages interculturels sur l'alcool, les jeunes et la pub

2 Novembre 2010, 17:32pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Le fléau est mondial et personne n’a trouvé LA solution miracle pour l’endiguer ou limiter les effets de l’alcoolisation rapide et sans mesure des jeunes. La réaction des pouvoirs publics est toujours double pour « limiter la casse » sur le moment par des mesures de répression adaptées les plus efficaces possibles et en amont en faisant de la communication préventive. Sans volonté aucune d’exhaustivité, voici quelques éclairages pour montrer l’ampleur du problème, quelques façons de réagir et l’inadéquation des mesures proposées, quelle que soit la culture d’appartenance des jeunes ou de l’alcool.  

  Blog 2010.10.28 018

Les préconisations de l’OMS

Cela semble surprenant mais il a quand même fallu deux ans à l’OMS pour adopter en mai 2010 à l’unanimité des 193 membres une motion à valeur de recommandation pour les pays. Deux ans alors que le fléau des relations difficiles que les jeunes entretiennent avec l’alcool, c’est quand même long surtout quand aucune mesure n’est obligatoire. Pour limiter les décès causés par l’alcool auprès des jeunes (45 000 décès, jeunes y compris en France), sans compter toutes les pathologies et les troubles qui s'ensuivent, l’OMS propose les mesures suivantes :

-        1. interdire la fabrication illicite d’alcool, comme c’est le cas très souvent en Russie, en Chine…

-        2. assurer la diminution de la vente grâce à l’élévation du prix de vente, ce qu’a fait la Russie en majorant très fortement les droits de douane et taxes à l’importation,

-        3. mettre en place une régulation de la vente de ces boissons, grâce en particulier à des interdictions horaires la nuit et/ou dans le centre des villes,

-        4. décréter l’interdiction de l’alcool au volant, avec des sanctions dissuasives  et celle de ne pas vendre d’alcool sur les autoroutes en France notamment, 

-        5. réguler la publicité des boissons contenant de l’alcool ciblée vers les jeunes, en volume, en contenu, en théorie presque partout…  

Un rapide commentaire

ToAlcoolisme-Henri de Toulouse-Lautrec Wikipediautes ces mesures ont déjà été décidées par de nombreuses organisations internationales, telles que l’Union européenne et les Etats, soit en tant que membres des organisations, soit à titre individuel. Entre la décision politique et la réalité de l’efficacité sur le terrain, il y a loin de la coupe aux lèvres. C’est le cas de le dire. Les raisons pratiques sont la cause principale de l’inefficacité. Comment est-il possible de limiter la production d’alcool familial, la conduite d’une voiture en ayant bu avant  ou en continuant à boire pendant? Ou de freiner réellement l’imprégnation des jeunes par la publicité alors qu’ils sont déjà la troisième génération élevée au lait de la publicité.

 

Toutes les dimensions de la vie d’une personne et de la société sont désormais ciblées par la publicité et plus largement par la communication. Comment pourrait-on imaginer que les entreprises des boissons contenant de l’alcool, qui génère des retombées financières très fortes et qui appartiennent au cercle des "Junk Firms", puissent vertueusement s’abstraire de la vie économique, spécialement envers ceux et celles qui constituent déjà leurs clients de demain ? 

 

Les recommandations de l’Union européenne

L’Europe est aux dires même de l’UE la région du Alcoolisme-L'alcool voila l'ennemi-Wikipediamonde où l’on boit le plus. C’est là « que l’on trouve la plus grande proportion de buveurs dans le monde, les plus hauts niveaux de consommation par habitant et un niveau élevé de dommages liés à l’alcool.»  Il faut alors s’interroger sur le sens de cette alcoolisation des jeunes dans une des parties du monde parmi les plus nanties et qui possède aussi une solide culture de co-habitation avec le minimum de risques avec les boissons alcoolisées et en particulier le vin. 

 

Avec la prudence qui la caractérise, l’UE fait également cinq recommandations. Il s’agit de

-        1. restreindre l’accès des jeunes aux boissons alcoolisées,

-        2. réduire leur exposition à des publicités ou comme le dit l’UE à « des messages commerciaux qui en vantent les mérites » (de l’alcool),

-        3. lutter contre l’ivresse au volant,

-        4. lancer des campagnes d’éducation et d’information,

-        5. et de recommander le travail en concertation entre les Etats membres et les organisations non gouvernementales. « Les producteurs de boissons alcoolisées peuvent apporter leur pierre à l’édifice en appliquant leur code de conduite et en agissant de façon responsable », comme le souligne le portail de la santé européen.

 

Un rapide commentaire

Les trois premiers points se retrouvent dans la liste OMS qui n’a pas retenu les deux éléments très importants que sont l’éducation et la concertation. Ces recommandations européennes sont à prendre comme des objectifs a minima qu’il appartient à chaque Etat de traduire par des réglementations adaptées. Rien n’empêche un Etat d’en faire plus.

 

Silvano KULT1[1] 2010L’industrie de l’alcool n’est pas stigmatisée. Il est seulement fait appel à  son sens des  responsabilités, avec en particulier l’élaboration  d’un code de bonne conduite. C’est la façon délicate qu’ont trouvé les autorités européennes de ne pas mésestimer l’importance des grandes entreprises produisant dans le secteur. Celles-ci emploient un personnel nombreux et génèrent des profits importants tant fiscalement au niveau local qu’à l’exportation ou en s’implantant à l’étranger.  Par contre, rien n’est dit en ce qui concerne la distribution en général, à l’exception des restrictions de vente aux mineurs ou des surcharges à l’importation et/ou à la vente de ces boissons alcoolisées. Dans ces deux cas, ces mesures qui pèsent sur les prix génèrent plus de rentrées d’argent pour les Etats, ce qui n’est évidemment pas négligeable, avec l’avantage de protéger les marchés intérieurs contre la concurrence étrangère. 

 

L'expérience russe

Une importante campagne contre l’alcoolisme a été lancée courant 2008 par les autorités fédérales et locales pour tenter de limiter la consommation d’alcool, qualifiée par le Président Dmitri Medvedev, de véritable « catastrophe nationale. » Un an après, le président a reconnu que l’échec est total alors que:

-        la vente d’alcool est interdite de l’alcool à plus 15° de 22h à 10h du matin,

-        le prix de la bouteille de vodka  a été relevé à 89 roubles (= 2,2 E) les 50cl,

-        l’ingestion de tout alcool interdite au volant de la voiture…

 

Ces trois mesures principales sont complétées pour les jeunes par la mise en place de commandos musclés de jeunes « anti-alcool » favorables au pouvoir central. Ils interviennent directement auprès des jeunes buveurs dans les rues, parfois physiquement et violemment. Rien n’est dit sur la poursuite de la fabrication familiale d’alcool, ni sur la publicité par affichage pourtant bien visible dans les grandes villes et surtout à Moscou.

 

Mikhael Gorbatchev avait déjà limité les points de vente, augmenté les prix et fait arracher la vigne, sans succès aucun et avec comme conséquence l’explosion de l’alcool frelaté, l’eau de vie fait à la maison. Quant à l’interdiction de vendre l’alcool la nuit, une mesure prise en 2006, elle n’a jamais été appliquée.  Sur la route, les contrôles sont illusoires tant le phénomène est général. Les chiffres sont éloquents : par personne et par an, la consommation est de 18 litres d’alcool pur soit une bouteille de 750cl de vodka par semaine.  

L’expérience française de la concertation

Dans le domaine de la consommation excessive Ce qu'on voit .techniques mixtes . Coll EmmaüsJPGd’alcool par les jeunes et en un temps très court, afin de provoquer l’ivresse, des groupes de travail associant des associations de jeunes et des professionnels de la santé ont planché cet été 2010 à la demande des deux ministres intéressés, Roselyne Bachelot (Santé) et Marc-Philippe Daubresse (Jeunesse) pour émettre des propositions en cas d’apéros géants. Les mesures suivantes ont été émises :

-        - une nouvelle diffusion de la plaquette « Alcool, plus d’info pour moins d’intox »,

-        -     la création d’une rubrique pour les jeunes sur le site gouvernemental www.alcoolinfoservice,

-        une nouvelle diffusion en 2011 du spot « Boire trop » à la télévision,

-        l’accroissement de la prévention par des « pairs » (des jeunes) dans le cadre du service civique,

-        et diverses mesures d’information et de prévention dans les écoles.

Par ailleurs, une circulaire et une fiche réflexe seront adressées aux préfets et des projets partenariaux seront menés avec les collectivités territoriales.  

Un autre commentaire pour conclure

La prise de conscience de ce fléau provoque des réactions très positives. Elles partent de l’idée qu’il faut se réunir et en parler vraiment. Elles sont complétées en France tout au moins par la mise en place de consultations spécialisées adaptées pour les jeunes. Le recours à des pairs est également une très bonne chose, qui s’inscrit dans le dialogue de personne à personne, et pas seulement de jeune à jeune. Richard Texier, Mélange d'esprit

 

Le rôle de la publicité pour une fois n’est pas mésestimé. Cette lucidité est aussi une bonne chose. Il est alors paradoxal de constater que pour faire passer le message, c’est à nouveau la publicité, sous forme de message, qui va être utilisée pour s’adresser aux jeunes. Il est aussi choquant de voir que la preuve du succès de la brochure « Alcool, + d’infos, - d’intox » repose sur le nombre d’exemplaires diffusé ou commandé (1,8 m), ce qui n’induit en rien le fait que la brochure puisse aider vraiment des jeunes à comprendre le danger qu’ils courent.

 

Ne viser pour les jeunes que la publicité sur l’alcool n’a réellement pas de sens, dans la mesure où toute la société baigne dans la publicité. Penser à notre époque qu’il est possible matériellement d’éviter à des jeunes de voir  depuis leur enfance des publicités qui vantent le plaisir immédiat et la dé-sinhibition est complètement fou. Comme si les jeunes ne voyaient en pub ou dans la vie que ce qu’ils sont censés voir, en fonction de ce que les industriels ont à vendre pour eux, est proprement hallucinant. Outre la publicité pour les jeunes qui les visent directement, les jeunes sont encore plus imprégnés de la publicité tout court. Et quant à savoir quel âge ont ces jeunes en danger, la seule certitude que l’on a est qu’ils sont de plus en plus tôt exposés à l'alcoolisme et aux autres addictions.   

Pour suivre le chemin

http://ec.europa.eu/health-eu/my_lifestyle/alcohol/index_fr.htm

. Une étude comparative sur le publicité sur l’alcool en Europe, à voir sur

http://www.assemblee-nationale.fr/europe/comparaisons/alcool.asp

et sur http://www.senat.fr/questions/base/2007/qSEQ070901741.html

http://www.sudpresse.be/actualite/monde/2010-09-08/en-russie-des-militants-anti-alcool-battent-des-jeunes-occupes-a-boire-809508.shtml

 

Rejane Podevin-2008.JPGPour finir ce billet, lire la très remarquable étude publiée par le gouvernement canadien, sous le titre « Toxicomanie au Canada, Enjeux et options actuels (2008)» où vous apprenez que « caler de l’alcool » signifie chercher l’ivresse avec 5 verres ou plus pris en une seule occasion. Le programme canadien ne tombe pas dans la stigmatisation de la publicité. Il préfère une approche beaucoup plus globale centrée sur le jeune. Les quatre piliers sont :

la prévention, le traitement, l’application de la loi, la réduction des méfaits (RDM) :    

http://www.ccsa.ca/2007%20CCSA%20Documents/ccsa-011521-2007-f.pd

. Voir aussi l'attitude du maire d'Avrillé, une petite commune près d'Angers (49) France, face à l'alcool, sans qu'il soit question des jeunes.

L'ordre public selon le règlement de police de 1807 à Avrillé (49)  

 

Photos EP, oeuvres diverses et variées; merci à Wikipedia pour le Toulouse-Lautrec et "L'alcool, voila l'ennemi"; la peinture de Richard Texier a été sélectionnée par Pernod Ricard pour devenir la couverture d'un de ses rapports annuels.    

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And the Winner is...the Yucca

28 Octobre 2010, 16:41pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une plante que j’aime beaucoup. Avec votre esprit de contradiction, je suis sûre que vous allez me dire, qu’elle pique diablement. C’est vrai, c’est une dure ;  il n’y a dans cette plante rien de léger ni de gracile ni de particulièrement réconfortant. Et c’est bien pour ça que je la trouve chouette. En vieillissant, les yuccas forment de grosses touffes à plusieurs têtes, dans lesquelles il est difficile de pénétrer. D’ailleurs, je ne m’y risque qu’avec gros pantalon, veste difficile à percer, lunettes totales de protection et des gants bien sûr. Les gants, je pourrais à la rigueur m’en passer, mais je déteste … les araignées, autant que j’aime bien les yuccas et les bambous.

Blog CP 2010.10.24 429

  Blog 2010.10.28 025

-        Pourquoi me direz-vous êtes vous obligée d’aller au contact de ces grosses plantes piquantes, si vous n’aimez pas les araignées qui s’y cachent ?

-        Parce qu’il faut bien que quelqu’un enlève les vieilles feuilles mortes qui restent toujours accrochées au tronc unique. Pour cela, il faut faire de la reptation, se positionner à genoux, avec des lunettes sur les yeux pour surtout ne pas se percer l’oeil et arracher la feuille d’un coup sec, de façon à ne pas trop tirer sur le pied central qui est déjà à la peine avec toutes ses têtes à porter.

 

Il existe près de 50 variétés de yuccas dans des régions chaudes et le plus souvent sèches, en Amérique latine. On a tous dans l’œil des yuccas du désert poussant au Mexique.  Certaines variétés sont très petites ; d’autres au contraire sont capables de d’atteindre la hauteur d’arbres, surtout celles poussant en zone tropicale humide.

 

Yucca filamentosa-WikipediaLes feuilles dures, en forme d’épée, se terminent par des pointes piquantes capables de traverser l’épaisseur de plusieurs vêtements. Elles sont accrochées directement à un tronc flexible composé de fibres extrêmement  dures. Le tronc a une  capacité à se reconstituer après une blessure grave impressionnante. Imaginez un peu. Une voiture rate son virage et casse le tronc d’un yucca à environ 50 cm de haut à partir du sol. La tête de la plante retombe sur le sol. Elle ne reste accrochée au tronc que par l’écorce extérieure. Je la remets en place, l’entoure d’une grosse couche d’argile malaxée avec très peu d’eau et contient le pansement avec une grosse bande. Puis je soutiens la plante avec un double trépied de bambou, un pour le tronc près du sol et un autre plus haut au-dessus de la cassure. Et la plante a cicatrisé sa plaie quasi totale, puisqu’elle ne tenait plus que par son enveloppe extérieure.

 

C’est ce plant de yucca filamentosa, originaire du Mexique, Blog 2010.10.28 022que vous voyiez en photo. Il a plus de 60 ans et vient du littoral atlantique où il poussait dans du sable. Transplanté en terre ligérienne, il a repris sans souci le cours de sa vie. Il a et continue à donner vie à de nombreux rejetons. Il suffit en effet de couper le long du tronc une des têtes pour la replanter directement en terre. Elle repart après trois à quatre mois.  Une dernière précision, cette plante du désert supporte parfaitement le froid, jusqu’à moins 15° sans souci. En dessous, je ne sais pas. Je ne suis pas allée au Mexique et en Vallée de Loire, en dessous de – 15, c’est rare.              

 

Pour suivre le chemin du Yucca

. Voir la carte de la présence du yucca sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Yucca

. Apprendre que cette plante fait partie de la famille des agaves sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Agave

. Comprendre pourquoi le yucca tire sa force d’un cousin, le sisal sur  http://fr.wikipedia.org/wiki/Sisal

 

. Admirer deux spécimens à Angers, l’un de plusieurs mètres de haut que l’on peut admirer dans la grande serre de Terra Botanica, le grand parc du végétal créé et soutenu par le Conseil général du Maine et Loire. L’autre pousse en pleine terre au CHU d’Angers, en entrant sur le côté droit. Le plant à têtes multiples, qui aurait besoin d’un bon nettoyage (feuilles séchées),  est une variété superbe par ses grappes de toutes petites fleurs.    

   

. Cet automne 2010 a été réellement une année à yucca. Je ne les jamais vu fleurir autant, sachant qu’une tête ne possède qu’une seule hampe florale. Si vous voyez plusieurs hampes, c’est qu’il y a plusieurs têtes.

. Photos Elisabeth Poulain, n° 1 Yucca du CHU, n° 2 l'intérieur, n° 3 Filamentosa, n° 4 vu de dessous.

 

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Mini-Cas > Style de pub > Style de vie à la française > La bière 1664

23 Octobre 2010, 16:59pm

Publié par Elisabeth Poulain

Pour traduire mon titre qui parle bien sûr d’une publicité pour la bière 1664, j’ai interprété le style de vie tel que le conçoit l’équipe de l’agence Fred and Fari Advertising en accord avec Kronenbourg, qui est le client, propriétaire de cette marque. Le positionnement de cette 1664 se fait sur le créneau très étroit d’une bière française unique. C’est ce qui est écrit juste dessus du slogan « Le goût à la française » que l’on retrouve dans les quatre visuels que j’ai sous les yeux. Il en y a eu d’autres de parus.  

 

L’argumentaire

. Le premier visuel « Une recette unique », sorti en 2009, cite « le plus fin des houblons, le Strisselspalt… un houblon authentiquement français, qui … brassé avec du malt pâle, confère à la bière 1664 sa robe dorée et ses arômes si particuliers ».

 

. Le second texte « Une saveur reconnue », daté de janvier 2010, cite cette fois-ci « le savoir faire français », le fait pour la marque d’avoir remporté deux années de suite « la médaille d’or aux ‘International Brewing Awards ». Le texte se poursuit avec cette fois-ci la référence à « la recette unique composée de malt pâle et du plus fin des houblon, le Strisselspalt ». 

 

 Pub 1664, Negresco et bouteille

. Le troisième texte publié dans la presse magazine de juillet 2010 ne fait plus référence ni à la recette ni à la saveur, ni à une  quelconque spécificité française. Le texte parle de « la finesse des détails… (de) grandes réalisations, avec toujours la référence au plus fin des houblons, le fameux Strisselspalt qui donne à 1664 son goût subtil ». L’accroche « le goût à la française » reste inchangée ; elle est toujours positionnée en bas de page  entre le texte explicatif et l’annonce réglementaire légale obligatoire.

 

. Le texte n°4, paru quasiment à la même époque, n’a plus de titre non plus. Le texte très court ne concerne plus cette bière au goût unique si subtil mais le brasseur. Il précise que « l’histoire enseigne le bon goût. Notre brasserie est née en 1664 et perpétue depuis la tradition du savoir-faire brasseur. »

 

Le paysage

Pour associer cette bière à la France, l’idée de l’équipe de communicants a été de rechercher des paysages emblématiques inscrits dans la culture et l’image identitaire française. Ce sont successivement : le Mont Saint-Michel (1), l’Hôtel Negresco sur la Promenade des Anglais à Nice (2), la Tour Eiffel à Paris (3), les falaises d’Etretat (4), un paysage méditerranéen et l’Arc de Triomphe.

 

Le traitement très particulier de la photo confère à cette sélection un air de famille repérable immédiatement : sur un fond bleu lumineux intense, qui évoque la nuit, se détache du blanc glacé, comme un soleil qui brillerait aussi le soir, avec toujours quelques cumulo-nimbus pour donner de la rondeur, avec du rouge pour l’élément de confort associé à la marque.  

La composition

En premier plan, à droite, figure la bouteille 1664 à la forme particulière avec en relief les Pub 1664, Tour Eiffel et bouteille

quatre chiffres de la marque dans le corps de la bouteille que l’on tient dans la main. L’étiquette réduite à fond bleu intègre un tout petit blason, celui de Kronenbourg, juste au dessus de 1664 écrit en gros dans un médaillon blanc accroché sur des rubans rouges.

 

« Plus de 300 ans de savoir-faire » figure en arrondi tout près du col de la bouteille, au-dessus de l’arrondi du médaillon blanc, dont le bas joue le contraste avec la courbe de l’étiquette entre les deux morceaux de ruban.

 

Aux pieds de la bouteille, quelques feuilles de houblon dans le visuel n° 1, les deux médailles d’or avec leur ruban rouge pour le visuel n°2 et plus rien pour les n°3, 4 et suivants puisqu’il n’y a plus d’argument tangible.  Du coup, la bouteille n’est plus reproduite en entier.    

   

L’identité française

En fait, c’est la façon qu’a trouvé l’agence pour se démarquer de la concurrence : prouver la différence de goût par la captation au profit de la marque de grands monuments et/ou de paysages emblématiques traités de façon originale dans les couleurs tricolores, le bleu pour le fond, le rouge pour le monument ou le cœur du paysage et le blanc du soleil qui se reflète parfois dans l’eau.

 

Il y a désormais un autre trio que le drapeau aux trois couleurs, c’est celui d’une marque de bière 1664, avec un monument ou un paysage et les couleurs de la France, présentées dans un autre ordre.  

Pub 1664, Etretat

Le goût à la française

C’est en fait le véritable positionnement de 1664 pour affirmer sa différence : montrer par la preuve de la photo que boire une 1664 dans un certain décor, d’une certaine façon, donne  un goût particulier à la 1664 sans que le mot de « bière » soit prononcé, à l’exception du premier visuel sur le Mont Saint-Michel.

 

Les résultats

Le lancement de la campagne a été amplement relayé par la presse. De nombreux évènements ont eu lieu pour faire jouer les amateurs entre eux de façon à les lier en communauté. L’entreprise peu auparavant avait décide de faire de la communication un élément stratégique de développement de la marque à l’étranger sur un positionnement qualitatif haut de gamme. Le budget de la "com"  a été augmenté de 30% et une nouvelle agence connue pour sa capacité à innover a été sélectionnée. Les premières remontées des chiffres de vente montrent une hausse des ventes en volume de 6,6% supérieure aux chiffres de la profession (chiffre non indiqué par K). L’entreprise se dit très satisfaite d’avoir rejoint le Pop 10 des marques de bière dans le monde.

   

Questions

.1. Comment se manifeste cette façon française de boire la 1664 ? Répondez en terme de choix des paysages puis de disposition spatiale des éléments forts qui structurent les visuels.

.2. Que pensez-vous de l’usage des trois couleurs ? 

.3. Que pensez-vous de l’accueil  ‘à la française’ tel qu’il est présenté à des buveurs de bière à l’étranger ? Argumentez, en partant du goût, de la bouteille et des couleurs.

.4. Quels liens pouvez-vous faire avec le vin ?

.5 Etes-vous convaincu ? Expliquez ce qui vous plaît dans le visuel que vous préférez. Interrogez-vous sur ce qui manque dans ces pubs.          

 

Réponses    

. 1. Cette façon française de boire la 1664 

Pub 1664, trio boites boisson, Mont Siant-Michel, Arc de Triomphe,

C’est une façon très ‘classe’ de savourer une bière à chaque fois pour quelqu’un qui a l’habitude de voyager en ne cherchant que des paysages emblématiques qui sont porteurs d’une longue histoire, à forte dimension spirituelle et religieuse. Le Mont Saint-Michel est un des grands lieux de la spiritualité en France comme la Tour Eiffel à Paris est le symbole de la France. Pour d'autres monuments, le choix se fait par  la représentation d’un luxe dés le début du XXe siècle pour les Anglo-Saxons (Negresco) à Nice sur la Côte d’Azur; un village de Provence fait le lien avec la chaleur du soleil dans un endroit recrée à l’ancienne pour des néo-ruraux depuis la fin du XXe siècle. Restent les falaises d’Etretat, célébrées par Courbet dans sa célèbre toile « La falaise d’Etretat après l’orage » réinterprété par FFA pour K-1664.

 

La dimension visuelle est très présente. Elle est le lien fort entre la bouteille à droite en bas ou éclate le 1664 en blanc et le titre comme « Une recette unique » dans le premier visuel et le nom de la campagne « le goût à la française’ à hauteur du bas de la bouteille. Dans la seconde série, ne restent que trois éléments, la partie visuelle qui occupe 20 cm sur les 28 au total en hauteur; les 8 cm restant sont conservés pour le texte qui devient de plus en plus succinct pour laisser parler la bouteille qui prend un espace de 16,5cm sur 28 et  6 cm en largeur sur 21.

 

.2. Les trois couleurs

Le recours aux couleurs emblématiques de la France Pub 1664, village médieterranéen et verreest évidemment le point original de cette campagne de "Fred et Farid Advertising". Ce n’est pas un procédé nouveau, même dans son usage avec des représentations du paysage français (voir un exemple au bas du billet). Il n’en demeure pas moins que le choix de monuments ou de paysages très connus n’a semble-t-il en France jamais été utilisé avec cette envergure, surtout pour une boisson très populaire auprès de consommateurs masculins. A noter aussi, la force des couleurs et leur capacité à jouer le contraste avec les deux autres. Toutes les couleurs ont été rechargées à fond pour donner de l’énergie à ceux qui regardent le visuel avant de boire la 1664.  

 

.3. L’accueil  ‘à la française’ tel qu’il est présenté à des buveurs de bière à l’étranger

. Le goût

Il  est très difficile de parler du goût et de traduire en mots ce que nous ressentons car nous avons tous une définition personnelle du goût qui vient du plus profond de nous. Une façon classique de faire est d’assimiler le contenu aux contenants. Pour parler de quelque chose que vous ingérez, vous montrez la bouteille qui contient la bière.

 

. La bouteille, le verre et la boîte 

Elle est le lien entre la bière et vous. Pour un publicitaire, montrer la bouteille suffit en soi, à aiguiser  votre soif. Regardez là bien. Elle est verte-jaune claire ; à votre vue, elle s’éclaire de l’intérieur grâce à son cœur jeune soleil vivant qui chauffe toute la scène. Le verre du dernier visuel montre la volonté des concepteurs de décliner tous les codes de la bière pour en faire une campagne globale, quelque soit le pays et ou le mode de consommation.   

 

. L’accueil

C’est la bouteille qui structure toute la scène. A chaque fois, un élément rouge va vous conduire vers le lieu précis où va se tenir la dégustation : on vous déroule le tapis rouge qui vous emmène au bout du monde, en passant devant le Negresco, où vous  vous êtes arrêté pour y boire une 1664 , ou une table bistrot et deux chaises au design ancien placées à votre intention devant la Tour Eiffel au cœur de Paris. Pour finir à Etretat et cette fois-ci, ce sont trois verres pour une seule bouteille posées sur une table avec deux chaises seulement. Cette 1664 est carrément magique, on peut y boire à trois dont deux avec des verres pleins. Le pied ! Surtout que c’est là surtout, où je ne vous conseille pas de marcher pied nu.

 

. 4.  Les liens avec le vin

Le procédé utilisé pour cette bière découle directement de ce qui se fait pour le vin : valoriser l’amateur du vin  XXX en montrant une ambiance de dégustation dans un décor de luxe. Ici, le jeu est plus subtil, c’est la dégustation d’extérieur qui est mise en scène et non pas l’intérieur comme pour le vin, avec des verres de cristal au coupant fin (épaisseur du verre en bouche), avec de la vaisselle fine et une table raffinée. Pour 1664, j’apprécie vraiment très peu  la référence au Mont Saint-Michel, avec cette volonté peu convaincante dans le cas de 1664 d’associer la bière aux moines, comme le vin l’est à la religion. Il en va différemment des bières d'abbaye.            

     

. 5. L’appréciation

Pour moi, elle est mitigée, voir très mitigée selon les visuels. Je viens de vous parler du visuel du Mont Saint-Michel que je n’aime pas. Celui avec le Negresco est franchement raté à mes yeux, avec ce tapis rouge qui passe sur le trottoir d’en face.

 

La plus réussie, à mon goût, est celle d’Etretat suivie par celle de la Tour Eiffel. Je trouve l’idée de la table bistrot et des chaises bonne. Il y a une incongruité amusante, avec une Tour Eiffel qui serait déserte et une plage de galet dans laquelle on pourrait poser des chaises, sans que les pieds se cassent entre deux galets et ces trois chaises pour deux verres, sans explication.

 

Après test avec une 33cl bleu 1664 que j’ai remplie d’eau et reversée dans un verre Hoegaarden (bière blanche belge), je peux vous dire aussi qu’un seul verre absorbe tout le contenu de la bouteille. Alors mettre deux verres pleins avec une seule bouteille, cela m’agace, et quant à la 3ème chaise, elle m’énerve! L’ennui vient enfin de la dimension glacée de cette campagne, de ces grands paysages ou de ces monuments célèbres vidés de toute autre présence humaine que celle désignée à son seul profit par K, l’acheteur d’une bière 1664. Et ça, ça a du mal à passer! 

 

Pour suivre le chemin

. Voyez comment se présente cette campagne sur le net

www.brasseries-Kronenbourg.com/.../Ladernierecampagnepublicitaire1664.aspx

www.strategies.fr/.../1664-kronenbourg-biere-le-gout-a-la-francaise-avril-2010.html

www.facebook.com/note.php?note_id...

. Retrouvez quelques infos sur les liens entre les falaises d’Etretat sur 

http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/peinture/commentaire_id/la-falaise-detretat-apres-lorage-9629.html?S=&tx_commentaire_pi1%5BpidLi%5D=509&tx_commentaire_pi1%5Bfrom%5D=841&cHash=6915e82f76&print=1&no_cache=1& Pub IFG, L'Entreprise, nov 2004

  

  

. Pour un exemple d’usage des couleurs françaises, voyez cette pub datant de 2004  (L’entreprise n°228) pour IFG, l’Institut français de gestion, on voit un emploi du bleu et du blanc globalement similaire, un paysage de jardin à la française, moins « vendeur » qu’un monument prestigieux et un emploi extérieur du rouge, sur une idée de perspective, avec la pyramide. On comprend mais l’effet est faible, par rapport à 1664 qui a placé le rouge en couleur dominante.

. Photos Elisabeth Poulain

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A Angers, fêter les 40 ans de Rose de Noël, avec 200 personnes

13 Octobre 2010, 11:13am

Publié par Elisabeth Poulain

AnAnniv Rose de Noel-Catherine Gigand-372-Ph MJGgers, vous connaissez. La Rose de Noël, déjà c’est plus difficile. Ce pourrait être une fleur, non, perdu. C’est un foyer logement qui accueille 45 résidents valides à Belle-Beille près de l’étang de Saint-Nicolas en rive droite de la Maine, à l’ouest de la ville. L’anniversaire parce que le bâtiment a été inauguré il y a 40 ans, ce qui a donné aux arbres du parc qui l’entoure le temps de pousser. Et les 200 personnes ? Ce sont tous ceux qui résident là ou qui sont venus invités spécialement pour l’occasion, soit pour prendre l’apéritif soit pour déjeuner. En fait, on était encore plus nombreux, si on y inclut les trois musiciens du Trio Guinguette qui ont animé le repas en chantant et tous ceux et toutes celles en cuisine et en salle qui avaient préparé et nous ont servi  le repas de fête comme il se doit, sous la direction de Cathy Gigand, qui est la responsable de l’établissement.  

Les invités à l’apéritif

Anniv rose de Noel-Anne Marie Veron 100 103240 personnes représentant la municipalité, des élus ou des salariés de la ville s’étaient déplacées pour l’occasion. Citons principalement Norma Mével Pla, l’adjointe aux Personnes âgées et retraitées, Rose-Marie Véron en charge de l’Action et de l’Animation sociale et vice- présidente du CCAS dont dépend Rose de Noël.  Les discours ont été brefs et très applaudis, pendant que ceux qui étaient assis dégustaient le Crémant toujours très apprécié. Un hommage a été rendue à Marcelline, la plus âgée des résidentes, elle a 94 ans, et à Marie- Thérèze, qui habite là depuis le plus longtemps: elle est arrivée le 23 octobre 1999. Certaines personnalités, comme Rose-Marie Véron, ont également fait le tour des tables pour saluer des personnes. 

Au menu

Il y avait que des bonnes choses que nous Anniv Rose de Noel-Gateau-403-PhMJGavaient préparées Philippe Morice et Jérome Fournier en cuisine :  briochette de fruits de mer, suivie  par une belle portion de pintade farcie d’un mélange forestier avec une sauce aux fruits rouges, avec ensuite du fromage de chèvre et de la salade. Et pour clore ce bon repas, de la marquise rose au Cointreau.  Du côté des vins, du Crémant de Loire à l’apéritif, puis avec les fruits de mer, un Chardonnay d’une belle puissance aromatique « Valentin Fleur » du négociant bien connu de Saint-Georges sur Loire et un Château Chevalier Saint-Jean, un Bordeaux de Saint-Médard de Guizières.  

L’ambiance

Anniv Rose de Noel, Marie Jo à gauche, Raymonde au milieuElle a été vraiment chaleureuse. Raymonde, une des résidentes passionnée d’informatique, avait invité ses amies. Autour d’elle, au centre d’une grande tablée, il y avait à sa droite Madeleine, à sa gauche Janine et, en face d’elle, Marie-Jo, Elisabeth et Andrée. A notre table, le jeu était de savoir qui avait chanté telle ou telle chanson. Il faut dire que le trio de musiciens n’a joué que des grandes chansons de guinguette. D’autres, des Anniv Rose de Noel-Marie Jo, photo MJGfemmes surtout se sont levées et ont commencé à danser dans l’espace libéré par les invités à l’apéritif. Entre les musiciens d’ « Ambiance Guinguette », conduits par Pierre Démas, qui sillonnaient les allées de la grande salle, en passant entre nous et les couples qui dansaient de chaque côté, tout en visant bien nos assiettes pour manger avec plaisir et en buvant un verre de vin, il y avait vraiment de quoi faire !   

Les chansons interprétées  par Ambiance Guinguette

Je cite dans l’ordre que les musiciens ont choisi ou qui sAnniv Rose de Noel-Trio Ambiance guinguette-374-1-Ph MJG’est imposé de lui-même. Je précise tout de suite que je ne pas sûre des titres. J’espère toutefois que vous  reconnaîtrez les chansons:

 

Les mauvais garçons, Y’a rien de meilleur au monde qu’un bon copain, Pigalle, La valse à Dédé, La bague à Jules, Les gars de Ménilmontant, Un gamin de Paris, La lune rousse, Monsieur s’il vous plaît une cibiche, Quand on se promène au bord de l’eau, Anniv Rose de Noël-Trio Guinguette 100 1031Le p’tit vin blanc du côté de Nogent, Les gars de la Marine, Ca c’est passé un dimanche au bord de l’eau, Aimez-vous les moules marinières ?, Chez Gégène, Le p’tit bal musette, Le plus beau tango du monde, Frou-Frou, Les roses blanches, La Saint-Jean, La belle caissière du Grand Café, Félicie aussi, Le Tatoué… 

Pour suivre le chemin

Anniv Rose de Noel-Raymonde-405-PhMJG. La Rose de Noël, 53, rue Henri Hamelin, 49100 Angers, 02 41 48 33 61

 

. CCAS, Centre communal d’Action sociale: 02 41 05 49 49

 

. Ambiance Guinguette, Pierre Démas, 02 41 93 34 05,

 

ambianceguinguette@orange.fr, www.ambianceguinguette.fr

. Photos EP et Marie Jo Guéry, avec mes remerciements

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Que mangiez-vous, que buviez-vous, Mary Wesley (1912-2002)

12 Octobre 2010, 09:56am

Publié par Elisabeth Poulain

 

Mary Wesley est une femme délicieuse et fine. Elle est compliquée et vous le prouve en écrivant. Avec elle, rien n’est simple. Ce serait trop facile de penser que tout est simple. Il n’y a que les publicitaires pour dire cela. La vie est vraiment compliquée parce qu’on l’est, compliqué, à commencer par les autres ! C’est vraiment ce qui me fascine chez elle, cette faculté à montrer la stratification qui est au cœur de  chacun de nous, la complexité de nos réactions, de nos modes de raisonnement et la faculté que nous avons d’être pluriel, chacun à notre façon.

 

Anne Marie Donnaint Bonnave, Bol

 

Cette auteur m’enchante parce qu’elle a commencé à écrire à 71 ans. Elle n’a pas choisi la facilité et s’est d’emblée attaquée à son thème de prédilection, la peinture d’une société verrouillée en pleine guerre, quand tout semble partir à vau-l’eau et que ne reste plus, pour les plus gâtés par l’histoire, que le respect des codes les plus tenaces et contraignants, surtout pour les femmes d’ailleurs. Un hasard ? Non, une cohérence de système.

 

Comprendre ce que ce que Mary Wesley, dont les romans ont eu un énorme succès, a pu manger et boire dans ces époques de fracture, à pouvoir comparer l’avant, le pendant et en pressentant l’après, me paraît une bonne façon d’aborder son oeuvre. Ne pas chercher non plus à la positionner comme une femme libérée ou comme « une menteuse », me semble aussi être une ouverture. Parler d’elle aux lecteurs sur la page 4 de couverture  comme une « Sainte-Nitouche » qui trompe son monde, qui « tombe le masque » en cherchant « le marivaudage », pour finir par qualifier son roman  d’une « impertinente apologie de la vieillesse triomphante et de l’amour libre » est ridicule et grossier. C’est en plus une erreur. Le titre de ce roman « Not that sort of girl », traduit par « Rose, sainte-nitouche »,  le montre bien. Mais passons cela.

 

Voyons plutôt comment Rose, l’héroïne de Mary, celle qui justement n’est pas cette sorte de fille, parle de l’importante façon de se nourrir et de nourrir les autres, une problématique qui est au cœur de toute société et du jeu de rôle dévolu traditionnellement aux femmes.  

Le pique-nique du départ

L’histoire commence avec Nicolas, un ami de Rose, qui lui a demandé de faire ses courses à Londres chez un traiteur chic. Sur la liste : poutargue fumée, harengs marinés, confiture de cerises Tiptree et truffes au chocolat. Las d’attendre son tour dans la file, il décide d’aller chez le marchand de vins et là, achète un carton de 6 bouteilles de Beaujolais et plus loin du pâté. C’est ce que un jour il aurait aimé offrir à Rose du vin, du pâté et des fleurs. Reprenant sa voiture, arrivé chez Rose, il entre avec le pâté et son carton sous le bras.  Avec ça, elle décide de faire un pique-nique dans la cuisine et prépare des toasts. Emily, la sœur de Nicolas arrive, appelée par son frère. Rose nettoie une salade pour accompagner l’en-cas. Après le pique-nique où elle a peu bu, elle quitte la demeure où elle a vécu avec Ned, son mari pendant les 48 ans de leur mariage. Elle vient d’apprendre que Ned  a tout légué à leur fils Christopher. Ned disait ‘son fils’.  

Les crabes à un dîner d’amis

Charles Joguet_Mure Reflexion .jpgA la fin du roman, Rose un jour se rappelle avec horreur qu’elle  a des invités au dîner. Elle n’a pas eu le temps de faire les courses et n’a rien préparé d’avance. Au début du roman, c’est  Emily qui raconte l’histoire. Elle a vu Rose voler des crabes cuits dans la remorque de livraison que faisait un pêcheur à un restaurant, lors d’un arrêt. Ils étaient délicieux et les amis de Ned avaient gardé un bon souvenir de ces délicieux crabes. Pour preuve, ils en avaient parlé autour d’eux.  

Rose à l’hôtel

Maintenant veuve, Rose a absolument besoin de se retrouver seule au calme au bord de la mer. Elle s’arrête dans un hôtel qui lui paraît sympathique. Elle a faim et dîne de sandwichs de saumon fumé et une demi-bouteille de Muscadet. Les souvenirs reviennent. Elle a alors 67 ans.  Au chapitre 4, elle commence le récit de sa vie à 18 ans. Elle vient de rencontrer Mylo, un an de plus qu’elle, qui sera le grand amour de sa vie, alors qu’elle s’apprête à dire oui à Ned, 31 ans, qui la demande en mariage à ce moment. 

Ned au Club d’Archibald

C’est Archibald, l’oncle de Ned, qui pousse ce dernier à se Charles Joguet-Idee de PLI blancmarier lors d’un déjeuner d’hommes au club d’Archi, comme il se doit. Nous sommes en 1939. Le conseil de l’oncle au neveu : il est temps de prendre femme, la plus jeune possible, afin qu’elle soit docile et qu’elle n’ait pas eu le temps de pouvoir faire des comparaisons, avec d’autres hommes. « Plus elle est jeune, mieux c’est. Quand tu choisis un poisson, tu regardes l’œil, s’il brille, tu le prends. C’est pareil ». Au menu, « des crevettes en conserve et un « steak and kidney pudding », avec un cognac pour finir, avec naturellement un (bon) cigare.  

La rencontre avec Mylo et le thé à la bibliothèque

Rose fait sa connaissance au cours d’une fête organisée à l’intention de jeunes filles et jeunes hommes de la gentry afin qu’ils puissent se rencontrer en vue du mariage. Ne pas être invitée à ce type d’événement vous excluait à vie de l’accès à la haute société. Une très forte pression s’exerçait sur les jeunes filles afin qu’elles puissent ainsi faire leur entrée dans la société.

 

Pour fêter leur rencontre, la jeune timide naïve et le jeune précepteur de français, qui n’appartiennent pas vraiment à la classe dominante, décident de prendre le thé à la bibliothèque où brûle un bon feu dans la cheminée. Ils se rendent dans la cuisine et se préparent un plateau avec beaucoup de bonnes choses : « du thé, des crumpets beurrées, du pain et du beurre, de la confiture de fraise et des tranches de Christmas cake et du mince pie ».   

Le petit déjeuner du père de Rose

AMBD-expo-Lille-dessins-bol.jpgGravement hypochondriaque, il n’est pas nommé dans le livre. Pourtant ou à cause de cela, toute la maisonnée tourne autour de sa santé.  Son épouse que l’on ne connaît dans le livre que par son nom de femme mariée, Mme Freeling, a ritualisé le petit déjeuner de son mari. C’est un moment à enjeu fort. Les domestiques ont des ordres très précis. Le plateau que Mme Freeling porte à son mari resté au lit comporte un œuf mollet, du beurre et des toasts, de la marmelade - sans que soit précisé le fruit (orange, citron ?) - et du thé bien sûr, là aussi sans précision.  

La métamorphose de Rose

Elle commence, sans qu’elle s’en rende compte bien sûr, lors de sa rencontre avec le jardinier dans le jardin potager intégré au cœur du parc qui entoure la vieille et belle demeure du XVIIè siècle de Ned à leur retour de voyage de noces. D’emblée, Rose la timide discute d’égal à égal avec Farthing, le jardinier, que semble découvrir son mari, qui n’a jamais parlé avec lui, si ce n’est pour lui donner des ordres. Ravie de sa découverte, Rose éclate de plaisir à la vue des légumes si bien plantées en rangs. Pareillement, elle entre dans la cuisine où elle parle avec Mme Farthing, plus sur la réserve. Elle demande à cette dernière si elle peut avoir un chaton de la nouvelle portée  de la chatte du jardinier et exige de son mari l’autorisation d’avoir un chien.

 

L’importance de la nourriture

C’est la remarque que fait Rose à son tout nouveau mari qui Charles Joguet_ Le Roc difficile76.jpga préparé consciencieusement l’arrivée de la guerre. Grâce au fermier du domaine, Ned assure Rose qu’elle ne manquera pas « de lait, de beurre, d’œufs et de crème », une réflexion qui agace Rose tant la phrase lui paraît convenu. Et il constitue des stocks de nourriture avant même le début des évènements.

 

Rose ajoute à la liste de l’huile d’olive, des boîtes de mélasse raffinée, du sucre et du riz. A la seconde liste, elle ajoute des du papier hygiénique, des boîtes de nourriture pour chien, des bougies et des savons Roger et Gallet. Ce qui lui attire une remarque acide de son mari sur le fait qu’elle n’a pas de chien (sous-entendu qu’il ne veut pas non plus de chien ou alors un chien qu’il choisira, lui). Ces achats et l’adoption d’une chienne qui joua un grand rôle dans la vie de Rose sont les premières manifestations de l’indépendance que va acquérir la jeune femme, enfin débarrassé de sa mère, une fois Ned, son mari et Mylo, son amant (un mot qu’elle n’emploie jamais) partis. 

L’épanouissement

Il se fait pour Rose, de plusieurs façons, en marchant dans la nature, une fleur à la main, Rejane Podevin 2009en devenant pleinement la gestionnaire du grand domaine agricole qui appartient à son mari parti à la guerre et en continuant à partager du pain, du pâté et une pomme au cours d’un pique-nique improvisé sur un banc par manque d’argent, quand elle revoit Mylo le temps de quelques heures. De retour chez elle, elle mange frugalement, debout, avec du pain, du fromage, un verre de lait pour elle et du lait dans une soucoupe pour les chats.

 

Elle est en attente de sa vie. La fidélité, c’est Comrade, une chienne bâtarde française que lui a apportée Mylo, qui va le lui donner toute sa vie durant. Le sens de prise en charge des autres, elle va l’acquérir à ce moment là, avec les réfugiés qui viennent se cacher le temps de reprendre des forces. La force d’être elle-même, elle va la découvrir à se rendre dans les prés voir si ses vaches vont bien,  en travaillant avec le fermier et sa femme, à décider avec le jardinier  des légumes à planter dans le potager. Et cela, sans jamais se prendre pour la châtelaine, avec une incroyable lucidité, elle sait qu’elle n’est là que de façon provisoire.

 

Plus elle monte en puissance, plus elle se détache, plus elle rayonne, sans jamais se tromper sur le respect de la parole donnée. A Ned qui a la peur dans ses viscères depuis sa toute petite enfance, la peur de ne pas être à la hauteur, elle a promis, toute jeune épousée, de ne jamais l’abandonner et c’est ce qu’elle fera jusqu’à la mort de ce dernier. A Mylo rencontrée juste avant, elle a promis de l’aimer toute sa vie et de venir si un jour il le lui demandait. Lui a fait aussi ce double serment, que tous deux respecteront.  C’est elle, plus que Ned, qui décide d’avoir un enfant, sans jamais s’expliquer sur ce désir. Elle met au monde un fils, Christopher, auquel Ned s’attachera de plus en plus à mesure que l’enfant deviendra petit homme puis homme, alors qu’elle-même qui l’a allaité, en faisant réellement corps avec lui, va le perdre aussi insidieusement.

 

L’allaitement

La naissance de Christopher Anne Marie Donnaint Bonnave, Bolmarque une certaine fin des passages de maturation que Rose a éprouvé le besoin de s’imposer à elle-même. Elle a un lien très premier avec son bébé, comme sa chienne Comrade avec ses chiots. Elle peut désormais être elle. Commencent alors de longues années sans Mylo, où elle doit apprendre à vivre seule avec elle-même. Mylo se marie, Christopher aussi, Ned meurt, elle part à la recherche de Mylo qu’elle retrouvera plus de 40 ans après avoir fait sa connaissance. Le dernier lien avec sa vie d’avant, le pique-nique qui ouvre le roman avec du vin, du pâté et de la salade, mais pas de fleurs. Ce n’est pas la peine. Elle ferme la maison qui ne lui appartient plus. C’est Helen, sa belle-fille, qui veut et va désormais tout diriger.

 

Et Rose part retrouver Mylo devenu veuf à son tour, avec comme seul bien, le seul cadeau de Mylo, son petit tableau de Bonnard qui ne l’a jamais quitté.                

 

Pour suivre le chemin

Lucia Bezemer, peinture 2. Mary Wesley, Not that sort of girl, 1987 aux Editions Macmillan, 1990 en français aux Editions Flammarion, Rose, sainte-nitouche, 2009 aux Editions Héloïse d’Ormesson .

. Le “Steak and Kidney Pudding” est un plat emblématique de la cuisine anglaise. C’est un pâté en croûte de grandes dimensions fait avec de la viande et des rognons de bœuf en sauce. Vous aurez la recette une autre fois. Vous pourrez trouver la recette sur Wikipédia, sous la traduction suivante en français « Steak et pudding du rein ». La traduction automatique de l’anglais en français est une horreur.     

. Dans la série « Que mangiez-vous, que buviez-vous », lire aussi sur ce blog         

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Les ultimes petites maisons des cimetières

10 Octobre 2010, 09:17am

Publié par Elisabeth Poulain

 

C’est un thème qui relève aujourd’hui de l’archéologie urbaine. Les cimetières et les sépultures qui y sont abritées ont fait l’objet au cours des millénaires d’un soin particulier qui est un des marqueurs de notre civilisation. La connaissance de notre société passe par ces lieux qui ont toujours un caractère particulier, celle de conserver la mémoire de ceux qui sont décédés.  

Entrée paysagère du cimetière de l'Ouest d'Angers
La situation à Angers

Un très intéressant opuscule non paginé (16 pages), qui est une production du Service d’Archéologie de la Ville d’Angers, retrace cette partie de l'histoire. Il a été réalisé à l’occasion d’une exposition célébrant le 30è anniversaire du jumelage entre Angers (France) - Haarlem (Pays-bas) - Osnabrück (Allemagne) lors d’une exposition sur ce thème en 1994. Son intitulé « Espace de vie, Espace des morts, Etat des lieux des Antiquités à nos jours ».  

Les grandes phases historiques

Les archéologues contemporains vont utiliser le terme de nécropole  pour viser la période allant du Ier jusqu’au Xe siècle. Ensuite ils parleront de lieux d’inhumation  pour désigner les cimetières installés près des églises. Il y en avait 40 au XIIIè siècle. Rive droite de la Maine, intra muros, le plus grand cimetière était proche de l’Hôpital Saint-Jean, le Grenier Saint-Jean aujourd’hui, suivi ensuite de celui de la Place de la Paix et d’un petit cimetière joint à une chapelle proche des remparts, toujours dans ce quartier. Dans les faubourgs toujours en rive droite de La Maine, hors des murs de la Cité, un petit cimetière jouxtait la chapelle Saint-Lazare et celle de Saint-Jacques. Entre les deux, deux cimetières figuraient à Saint-Nicolas près de son église, qui était située entre la rue Saint-Jacques et la rue de la Meignanne actuelles. 

---) Dans les villes, sous nos pas et sans que nous le sachions, il y a eu au cours du passé des cimetières.

La multiplication des lieux d’inhumation

Peitie maison, morceau de stèle tombale

Elle se poursuivit au cours des siècles suivants, le phénomène se développant presque naturellement là où il avait de la place. C’est ainsi qu’un ‘sanitat’ avait été implanté pour les pestiférés loin de la ville protégée par des remparts,  dans  ce qui est aujourd’hui le Lac de Maine, en 1603 ; les protestants étaient regroupés dans la Doutre dans un cimetière près de Saint-Laurent en 1599. 

---) Le cimetière n'était pas un lieu de rassemblement. Même dans la mort, on gardait sa différence.   

Le regroupement des cimetières

Il précéda l’édit royal de 1776 qui enjoignit de procéder à une remise en ordre afin de gagner de la place et de limiter les problèmes d’hygiène. Il y eut à

 

Petite maison, autre morceau de stèle tombale

Angers de profondes modifications dans l’implantation des différents cimetières, afin d’opérer ce qui était déjà de l’aménagement territorial avant la lettre. Dans la Doutre (rive droite de la rivière Maine), on peut distinguer deux périodes :

     . au XVIIè siècle, le cimetière de Saint-Jacques rejoignit celui la Doutre au Grenier Saint-Jean,

    .  puis au XVIIIè siècle, les trois implantations de la Doutre furent déplacées au tout nouveau cimetière extra-muros de Guinefolle en 1786 en bordure de ce qui est maintenant le boulevard Clémenceau. Cinq années plus tard, ce fut le tour de celui de Saint-Jacques.

 ---) La ville, au fil du temps, est toujours en recherche d'espace. Elle rationnalise  la fonctionnalité de son espace, en essayant de gagner de la place, en repoussant vers l'extérieur.                  

 

La nouvelle implantation depuis 1848

Moins d’un siècle plus tard, il apparut qu’il fallait à nouveau pousser les murs. Cette fois-ci le regroupement se fit selon les axes géographiques, à l’Est, à Saint-Léonard et à l’Ouest. Le grand cimetière de l’Ouest fut créé entre la rue de la Meignanne, qui prit le nom de rue du Silence, et la rue de La Bruyère qui fait suite à la rue Chef de Ville. Guinefolle disparut et nulle trace apparente ne subsiste aujourd’hui de ce qui fut un grand cimetière, même s’il ne le fut que peu de temps. 

---) La ville sait maintenant pratiquer l'art de l'aménagement urbain. Nous sommes entrées dans l'ère 'moderne'.   

Les découvertes funéraires

Du fait de la date de l’externalisation du cimetière par rapport à La Doutre, le centre ancien intra-muros situé en rive droite de la Maine, il n’y a guère de monuments très anciens dans les cimetières situés dans les anciens faubourgs. Par contre dans la Doutre, au Grenier Saint-Jean, sous des dalles funéraires, ont été découverts des sarcophages  qui reposaient sur la terre mais sans en être recouverts, comme c'était alors l'usage.

 

Rive gauche, les recherches ont donné plus de résultats, en particulier les fondations d’un monument funéraire ancien rue Delage (Ier siècle), une nécropole sous la Place Leclerc en plein centre, une sépulture en coffre de schiste du milieu du IVè siècle sous l’Office de Tourisme, une nécropole en sarcophages ou en coffres contenant une urne funéraire sous l’Eglise Saint-Martin, un caveau avec son squelette sous l’Abbaye Toussaint…

---) La recherche archéologique s'est emparée de ce  nouveau territoire, le sous-sol de nos villes et met en lumière la diversité des situations.   

 

Le vocabulaire du dernier lien à la terre

Petite maison, chapelle funéraire

Ce qui frappe en premier lieu, c’est la richesse du vocabulaire qui recouvre le phénomène. La seconde remarque qu’il est possible de formuler est que si les termes sont nombreux, ils manquent pourtant de précision  :  

-        la tombe, qui vient du latin ‘tumulus’ est creusée dans la terre, là où la personne décédée va être enterrée, ce qui signifie littéralement mise en terre. Le terme a tendance à viser dans notre langage actuel la dernière adresse du défunt. On dit « je vais fleurir la tombe » ;

   

-        le caveau est associé dans le langage courant à la famille. On dit « c’est le caveau familial ». On en trouve, à Angers, dans les deux grands cimetières que sont ceux de l'Est et de l'Ouest, qui sont gérés par le service des espaces verts  ;

 

-        la sépulture, directement traduit du latin ‘sepultura’,  est le lieu où le corps est inhumé. On dira « c’est sa dernière sépulture » ; 

 

Petite maison, chapelle funéraire

-        l’inhumation, un mot qui vient du latin ‘in humus’, signifie littéralement ‘mettre dans la terre’. On demandera « Irez-vous à l’inhumation ? » pour désigner la cérémonie, conformément aux usages ;

 

-        la fosse est le terme technique du trou qui va devoir être fait. Mais ce terme n’est pas utilisé dans le langage courant en raison de son côté trop précis et très négatif en France. On en parle dans un seul cas, c’est celui de la fosse commune, où reposent les corps sans indication extérieure de l’identité de la personne qui l’a porté. C’est humainement et socialement parlant l’horreur puisque la personne décédée a perdu jusqu'à la trace de sa vie puisqu'elle n'a pas de nom. Pour les soldats morts à la guerre, des cérémonies d'hommage sont organisées dans toute la France;  

 

-        le monument funéraire désigne la partie supérieure de la tombe. Plus il était grand, beau, riche, plus il avait tendance à ressembler à un temple grec, une chapelle ou à un petit château, plus la personne était hiérarchiquement haut placée dans la société. Actuellement la tendance est à plus de sobriété ;  

 

-        quand cette construction est d’importance, on parle de mausolée, du nom de Mausole, un satrape qui vécut en 377-353 en Grèce. Son tombeau fut de si grandes dimensions qu’il légua son nom à la postérité. Il n’y a guère d’exemple actuel. Par contre, il existe dans des pays ayant cultivé la culture du chef plus que la démocratie. Un exemple célèbre est celui de Mao Zedong à Pékin, très visité par les Chinois et les touristes ;   

 

-        le tumulus est le terme latin et maintenant français dérivé du grec ‘tombos’ dont dérive le terme de tombe. Il désigne un lieu très particulier de terre et ou de pierres érigées au-dessus d’une sépulture dont l’installation a été faite au 4 ou 5 millénaire avant notre ère. Il en est de remarquables très récemment découverts dans l’Ouest de la France, comme celui de Dissignac près de Saint-Nazaire ;

 

-        le dolmen est un ensemble de pierres érigées portant une pierre horizontale désignée sous le nom de table. Ce sont, supposent les historiens, des monuments funéraires à sépultures collectives. Il en existe de très nombreux dans la partie ouest de la France, certains très connus et mis en valeur, d’autres très peu. Celui de Miré dans le Haut-Anjou est coincé entre une clôture et une petite route, face à une petite maison. Il doit dater du Ve millénaire avant notre ère.      

 

Quant au lieu qui accueille ces dernières demeures, les archéologues distinguent plusieurs situations : 

-        la nécropole antique à forte densité d’enfouissement. Dans l’Antiquité, c’était au sens propre une ville des morts, en langage d’aujourd’hui un vaste lieu de sépulture selon le Petit Larousse ;

-        plus tard le cimetière implanté près de l’église ; chaque lieu saint avait ainsi son cimetière, ce qui ne manqua pas de causer des soucis au fil du temps, en raison des problèmes de salubrité, de la raréfaction de l’espace et de la densification des villes ;

-        puis le cimetière du XIXe siècle créé le plus loin possible du centre de la ville dans ce qui était déjà de l’aménagement du territoire. Il fallait  libérer de la place dans le centre et optimiser la gestion et l’entretien de ces lieux qui sont maintenant le plus souvent confiés aux services municipaux des espaces verts et des jardins. Le cimetière vient directement du    latin  'coemeterium’ qui est lui-même d’origine grecque : il désigne un lieu de repos où sont regroupés ce qui reste des morts. 

 

 ---) La très grande richesse de ce vocabulaire et en même temps son imprécision,  selon que l'on vise le dessous, le dessus, la surface, l'emplacement, la pierre ou non qui va être utilisée,  montre combien le fait de parler de la mort et du mort est un sujet délicat, encore aujourd'hui dans notre société qui fait de la jeunesse éternelle un "must' !

   

Petite maison, chapelle funéraire
Les caveaux, en forme de dernière maison aux allures de chapelle

Déjà en cette fin du XIXe siècle et au début du suivant, les familles bourgeoises firent ériger de véritables petites "maisons" de plein pied avec porte et fenêtre, souvent situées dans le mur opposé à la porte vitrée en partie supérieur et dotée d’un ouvrage de ferronnerie d’art. La petite fenêtre  du fond est parfois un vitrail, ce qui accentue la ressemblance avec une petite chapelle avec une croix au fronton au dessus de la porte, comme celles qui ont été érigées à des carrefours, près d’un lieu considéré comme sacré par des paroissiens aisés.  

 

---) Le lien avec le sacré est très visible parfois, comme dans cette petite maison-chapelle funéraire, qui porte fièrement sa croix et protège ainsi les personnes enterrées de cette famille, qui garde ainsi 'pignon' sur rue.           

 

Pour suivre le chemin

. Ce billet s’inscrit dans ma recherche sur les petites maisons, sans idée préconçue au départ. C’est ainsi que j’ai pu voir un sarcophage de schiste noir lors de ma visite du chantier de fouilles du Temple de Mithra près du château d’Angers. Par ailleurs j’ai trouvé un opuscule sur les cimetières  à la Bibliothèque Saint-Nicolas, Rive droite de la Maine, à Angers.   Je cherchais un ouvrage sur le thème des petites maisons sans trouver d’études particulières. Beaucoup de ces habitats ont été détruits à Angers en raison de leur insalubrité, dans le quartier Saint-Nicolas (Rive droite dans la Doutre), Saint-Michel et port Ligny (Rive gauche).

 

L’idée d’assimiler la tombe à la dernière maison vient aussi de certains monuments anciens qui cherchent à ressembler à des maisons de très petites tailles.  Les déménagements des cimetières urbains expliquent qu’il n’existe pas de  monuments très anciens, en particulier à Angers. Ceux qui ressemblent à de petites chapelles datent essentiellement du XIXe et du début du XXe siècle. 

Photos Elisabeth Poulain 

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Bruxelles les Bains, une 'autre' approche de l'eau du canal

6 Octobre 2010, 09:56am

Publié par Elisabeth Poulain

Cette 8è édition

Oui, c’est vraiment autre chose que ce peut attendre l’amateur d’une approche sensorielle,  culturelle et conviviale des bords de l’eau dans une capitale européenne.

 

Bruxelles les Bains, Canal du Nord, vue du pont

 

-        Que l’on appelle ces bords de l’eau, des berges, des rives, des quais,

-        que l’on évoque la ‘reconquête’ des espaces portuaires,

-        que l’on parle de retrouver la nature en ville,

-        dans des espaces libérés par la voiture,

-        que l’on soit à Bordeaux, à Lyon, maintenant aussi à Orléans,

ce n’est vraiment pas pareil à Bruxelles. Pour se distinguer de Paris-Plages, ici, on va prendre un bain, des tongs aux pieds en pleine ville, dans un quartier nouveau qui va faire et fait déjà l’objet de réalisations immobilières de grandes Bruxelles les Bains, Canal du Nord, entrée, 2010dimensions. C’est une façon de communiquer très lointaine de la réalité du terrain.

L’entrée

Disons le tout net, ce n’est pas parce que c’est la 8è édition que c’est réussi. La portion du bord du canal occupée par BlB, sur le Quai des Péniches où il n’y en a plus,  est très courte. On n’a pas accès à l’eau, parce qu’on marche entre des cabanes de bois serrées les unes contre les autres. Bruxelles les Bains, Canal du Nord, la douche au milieuOn déambule entre des gens assis en train de boire et de manger. On vient ici visiblement pour parler la langue de la bière, de la tequila et ingurgiter tout ce qui est frit et sucré. Ce n’est qu’après plusieurs dizaines de mètres que l’on voit une aire de sable où sont posées quelques chaises longues, en bordure de canal, face au Quai des Matériaux, avec des palmiers pour évoquer l’été. A droite, cette fois-ci en nous éloignant du centre, un trampoline et des balançoires ont été installés pour les enfants dans un square. C’est le seul endroit qui soit sympathique.  

La sortie

Le bain, il faut vraiment l’oublier tant le manque d’aménagement est criant. Ce n’est pas la présence d’une seule douche qui fera l’affaire. Les tongs non plus.  LeBruxelles les Bains, Canal du Nord, les jeux pour enfants canal est bien là mais on ne peut que le deviner. L’odeur de l’huile chaude est partout présente…C’est peut être le moment d’arrêter d’en parler, comme ce que nous avons fait en partant rapidement. Pour voir l’eau, enfin, nous sommes sortis avec plaisir de ce Bruxelles les Bains encadré par des gardes à l’entrée plus qu’à la sortie d’ailleurs.  

Le Brésil en musique à Tour et Taxis

Nous avons emprunté un pont pour revenir par l’autre rive en passant par le grand site de Tour et Taxis. Sauf que là, si on peut bien rentrer, on ne peut pas sortir par un autre endroit plus proche du centre. Il nous a fallu faire le tour de grands entrepôts pour revenir à notre point de départ. Et là surprise, entre deux grands bâtiments usés, dans un lieu sans identité positive, nous avons traversé une grande fête brésilienne réunissant des centaines de Brésiliens et Latino-Américains, avec scène et sono à fond, sans aucune ambiance, sans hostilité à notre égard mais sans chaleur non plus. Il faut dire que le coin est rude, derrière l'entrepôt que l'on aperçoit à droite sur la photo ci-dessous.

  Bruxelles, Canal du Nord, Tour et Taxis

Et j’ai pensé combien on était loin de Bordeaux, de Lyon pour la qualité de l’aménagement de leurs berges et de l’Amérique latine pour la chaleur de l’ambiance et des relations humaines. 

Pour suivre le chemin

. A Bruxelles, il y a beaucoup de choses à faire Bruxelles, Canal du Nord, vue sur Les Bains, près de Tour et Taxiset à voir. Pour l’instant, je ne vous conseille vraiment pas cette façon de découvrir le canal. Peut être faut-il attendre, que la construction du nouveau quartier soit  plus avancée et que la municipalité fasse enfin l’effort de créer quelque chose de nouveau, avec un peu de matière grise et d’innovation.

. Photos EP, les trois grandes photos sont prises de l'autre rive.    

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Variations d'art autour de l'oeil > Ces visages au regard vide > Ubac

4 Octobre 2010, 10:02am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une tendance profonde de  ces dernières années, annoncée il y a plusieurs décades, comme souvent par des artistes précurseurs. C’est ce à quoi j’ai pensé devant une lithographie de Raoul Ubac, un artiste belge protéiforme, comme je les aime, qui se joue des frontières sans  s’embarrasser de cette maladie très actuelle du positionnement marketing de l’artiste en vue de mieux cibler ses acheteurs et vice et versa.  

 

Regard, Face aveugle, Raoul Ubac

 

L’absence.

Ah, ces visages vides, sans yeux parfois ou au regard absent. Ils sont là et pourtant non. L’œil de l’autre ne fait pas de barrage au votre, comme une absence qui se joue de vous pour entrer plus facilement en vous. Une absence que vous percevez très fortement, comme une menace. Tant de volonté de dire le vide ne peut être un hasard. Ce n’est tout simplement pas possible. Voici quelques exemples pour vous montrer la richesse foisonnante de ce dire sans être vu pour mieux voir.  

Sa force

Avec Raoul Ubac (1910-1985), on pourrait dire qu’on ne prenait pas grand risque à faire une grande exposition d’un artiste pédagogue expérimentateur, toujours en recherche d’une nouvelle  Regard, Ecorché vif, Christophe Louergli

innovation… Si je devais le définir, je dirais que c’est un traceur de lignes. La récente exposition qui lui a été consacrée dans les anciennes écuries des Ardoisières de Trélazé (49) tout près de la Loire a bien, par moments, une force d’impact qui secoue au profond de soi.  

Un jeu de déclinaison
Ce n’est pas moi qui l’ai inventé. Ce sont les organisateurs de l’expo de Trélazé. Ils ont fait appel à un jeune artiste photographe Christophe Louergli, belge comme Ubac pour rester dans une certaine cohérence d’appartenance culturelle. A chaque lithographie d’Ubac, située de mémoire curieusement à gauche, ils avaient placé une photographie récente d’un format quasiment équivalent en partie droite. On retrouve cette disposition spatiale dans le catalogue « Exposition du Centenaire, Trélazé, Villevêque, Anjou 2010 » pour La « Face aveugle » de Raoul Ubac qui dialogue avec l’« Ecorché vif » de Christophe Louergli, alors que ce devrait être le contraire. 
L’encre « Face  aveugle »

Raoul Ubac a réalisé cette encre en 1962 (photo n° 1). Il l’a ensuite tiré sur papier en 1972. Ses titres sont à l’égal du personnage, ils sont descriptifs sans  recherche d’effet : « Bout de champ, Sillons d’ocre, La Marelle…et beaucoup de Rythmes creux, pleins »  ». « Face aveugle » constitue une exception en ce sens que c’est une de ses rares représentations humaines. C’est la dénomination qui colle le mieux à ce que veut montrer ce graphiste qui a dédié une grande partie de sa vie à trouver du sens dans la ligne, en tant que mouvement, continuation, rupture...  Cette encre était incroyablement « moderne » pour employer un terme qui n’était pas désuet dans les années 60. L’important, ce sont les plis de ce visage qui s’inscrivent dans une dorsale centrale qui forme l’ossature d’une forme. Un visage traité comme un champ travaillé, raviné  et labouré depuis des siècles et qui ne révèlerait ses fondations profondes que vu d’avion, de haut.

 

Regard, Bouillie de béton torturé, coll.privée

  

La photographie ‘Ecorché vif »

Christophe Louergli  a  photographié cet  « Ecorché vif » en 2009 au Château de Ratilly dans l’Yonne (France). Cet écorcé (photo n° 2), qui a d’ailleurs gardé son écorce, est né de l’impact d’un coup de hache extrêmement violent sur un tronc d’arbre. L’ossature du bois a façonné ce visage  à l’oeil de Cyclope, dans laquelle la construction autour de ce  point focal tient une grande place, avec là aussi une ligne faciale saillante mais plus douce, en raison de l’arrondi du haut du visage, qui retombe comme des cheveux de chaque côté du visage.  

Un début de déclinaison

En suivant ce jeu, je propose un autre échange visuel entre la « Bouillie de béton torturé à la pupille enfoncée », collection privée et le « Chevalier en armure au parapluie » de Saudou.  

La sculpture  « Bouillie de béton torturé à la pupille enfoncée"

Regard, Bouillie de béton torturé, coll.privée 

Je n’ai pas gardé en mémoire l’origine de cette sculpture (photo n° 3). Je ne connais pas sa date de réalisation. Je ne sais si elle résulte de la volonté d’un artiste qui travaille le béton armé, ce serait une hypothèse crédible ou si elle résulte du hasard, ce que j’ai du mal à concevoir. Peut être est-ce un travail d’étudiant ? En tout cas, elle fait partie de ces trésors que vous conservez. Ce visage torturé à coup de barre de fer qui forme un visage en faisant ressortir les yeux en partie basse m’est étrangement familier et réconfortant. J’ai même découvert en le prenant en photo qu’il avait une pupille réactive, la gauche. Et je ne sais pourquoi, j’ai l’impression que cette pupille unique me fait de l’œil.

 

Le dessin de presse « Chevalier en armure au parapluie »

 

Regard, Saudou, Chevalier en armure au parapluie

 

Saudou (j’espère que je ne me trompe pas sur son nom) a créé un superbe dessin qui  a été publié dans Le Monde le 8 mai 2010 dans un article de Pierre le Hir « le principe de précaution est-il en danger ? ». Son chevalier invisible est entièrement revêtu d’une armure, avec gantelets, heaume intégral et parapluie assorti. Non seulement le dessin est incroyablement expressif mais il est bourré d’humour. Le parapluie blindé et riveté est à hurler de rire. 

 

L’amusant aussi est que Raoul Ubac, cette fois-ci le photographe qu’il a été aussi, était fasciné par l’armure et surtout par le casque. Cela en 1937 !  

Pour suivre le chemin

. Lire la biographie de Raoul Ubac sur Wikipedia    http://fr.wikipedia.org/wiki/Raoul_Ubac

. Sur l’exposition de Trélazé, voir http://www.ubac-anjou2010.fr/

. Sur Christophe Louergli, voir son site  http://louerglichristophe.artblog.fret sur mon blog, lire le billet où je parle déjà de ce photographe, dont les oeuvres vous peremettent de vous rincer l'oeil de tant d'intrusion publicitaire

 La saturation visuelle par la publicité > Un jeu culturel pour réagir

 

. J’avais pensé à vous présenter un des nombreux portraits sans regard de Josep Grau-Garrigua pour finir ce billet. Mais à ouvrir un des ouvrages consacrés au peintre, je me suis aperçue que c’est un thème récurrent chez lui. Il n’est donc pas question de vous en montrer un en passant. Patience, donc.  

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Samedi matin, des arbres tête en bas, à l'étang Saint-Nicolas, Angers

3 Octobre 2010, 17:08pm

Publié par Elisabeth Poulain

Avec ce titre, vous savez déjà à peu près tout ce dont je vais vous parler.

Il s’agit d’une histoire d’arbres, un peu bizarres, car ils ont la tête en bas, tout en étant parfaitement normaux. En plus, ils sont de toute beauté.

 

Blog-2010.09.22-108---Copie.JPG Angers agglo, Lac Saint-Nicolas

L’étang Saint-Nicolas 

Il faut dire que le site l’est tout autant. Il a vraiment tout pour plaire. Situé en pleine ville, il encadre l’étang qui a pris le nom de l’abbaye qui a été érigée au Xe siècle à l’intention des moines sur ordre d’un certain Foulque Nerra, un grand violent, défenseur de l’Anjou. L’abbaye, construite sur une colline de schiste noire, dominant la vallée de la Maine, ferme la partie basse de l’étang. Ce qu’on sait moins, c’est qu’une petite rivière, le Brionneau, le traverse de part en part.  

Le Brionneau, les moulins et les poissons

Lors de la construction de l’abbaye, Foulques  Nerra fit élargir le ruisseau et créa une retenue de façon à former un bassin au pied de l’abbaye pour alimenter plusieurs  moulins à moudre le grain. Ce bassin servait également de vivier aux poissons dont se nourrissaient les moines, qui n’oublièrent pas non plus de planter de la vigne sur leur coteau plein sud devant l’abbaye. L’eau, le pain, le poisson et le vin ont été les bonnes fées qui se sont penchées sur le berceau de l’étang Saint-Nicolas. 

 

Blog-2010.09.22-107-copie-1.JPG 

Angers agglo, Lac Saint-Nicolas

 

L’ardoise et l’arbre

Puis l’étang s’est agrandi au fil de l’extension des sites d’extraction de schistes. Les ardoises servirent en particulier à édifier le château d’Angers distant de quelques kilomètres seulement. Les carrières d’ardoises se développèrent au fil des siècles à Avrillé et dans la partie limitrophe d’Angers. Et l’étang s’est allongé d’autant. C’est la raison pour laquelle on parle d’un étang artificiel alors que ce ruban d’eau de 4 kilomètres de long offre des paysages d’une très forte naturalité, proche de la nature! On est en plus en pleine forêt ! 

Les arbres entre parcs et forêt

L’étang se niche dans un parcours très heurté de rives escarpées qui s’articulent autour de cinq coudes à angles droits. Depuis 1936, il est classé au titre des « sites et monuments naturels de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque ». Il s’inscrit également dans le schéma de la trame verte et bleue qui quadrille l’agglomération d’Angers. Il est entièrement entouré de bois, plus à tendance ‘parc’ dans la partie proche de la rue Saint-Jacques d’Angers et plus à caractère de forêt dans la partie amont de l’étang sur la commune d’Avrillé en rive gauche, dans le fond sur la commune de Beaucouzé  et d’Angers en rive droite. 

Les arbres la tête en bas

Blog-2010.09.22-106---Copie.JPG

 Angers agglo, Lac Saint-Nicolas

Ils se reflètent dans l’eau du lac, vu du côté du Parc de Belle-Beille à Angers, le samedi précédant l’automne quand la lumière de l’après-midi est encore forte et fine, avant la tombée des feuilles. De l’autre rive, l’inverse ne serait pas possible, en raison de la position du soleil, même très tôt le matin. L’escarpement de la rive bordée de ces arbres est tel que le soleil ne frappe pas directement le côté de l’étang près de Belle-Beille. 

La disparition de la rivière

Désormais, il n’y a plus de retenue ni de moulins en bas de l’étang. Les poissons - et les cygnes qui vivent là – sont présents dés lors qu’il y a de l’eau. La partie nord de l’étang est laissée à l’état de retour à la nature et la vase qui colonise ses fonds se repeuple d’espèces endogènes tant végétales qu’animales. C’est un essai de reconstitution de grandes vasières protégées par la situation escarpée des rives, livrées aux seuls marcheurs.

 

Le bas de l’étang a été comblé avec les débris de l’usine Bull, au pied de l’Abbaye Saint-Nicolas. Dorénavant le Brionneau plonge dans un tunnel qui passe sous un grand carrefour qui mène à gauche vers le Château et à droite vers l’avenue Patton. La rivière réapparaît quelques centaines de mètres plus loin, sans que son nom soit indiqué, dans le Parc de Balzac qui même à la Maine, qui elle-même se jette dans la Loire quelques kilomètres plus loin. Au fil des siècles, les chemins de l’eau ne sont pas toujours visibles ni prévisibles.  

Les noms du parc

Angers agglo, Lac Saint-Nicolas

L’étang Saint-Nicolas eut une histoire mouvementée ; il fut d’abord un lieu de travail pour les meuniers, les pêcheurs, les ouvriers agricoles, tout autant qu’un lieu de méditation pour les religieux. Au fil, des siècles, il passa entre plusieurs mains et fut vendu comme bien national à différents propriétaires, dont les religieuses du Bon Pasteur et la famille de Farcy…Actuellement les trois communes d’Angers, d’Avrillé et de Beaucouzé veillent sur le sort de l’étang, sans qu’elles aient cherché ou réussi à trouver un nom commun à cet exemple unique de 112 hectares dont 30 sont occupés par l’étang. Il en résulte une série d’appellations différentes qui se succèdent au long des rives.

 

En partant du bas de la rue Saint-Jacques, on entre dans                                                                                              les Parcs Saint-Nicolas Blog-2010.09.22-097-copie-1.JPG(au pluriel) qui inclut le Parc

Saint-Nicolas proprement dit (au pied de l’abbaye). Le promeneur traverse ensuite le Parc des Garennes qui est fermé le soir car il contient des animaux que viennent voir les enfants. Puis on atteint le Parc des Carrières en limite d’Angers et d’Avrillé. On accède ensuite au Parc de la Haye, du nom d’un lieu-dit situé un peu plus loin. La commune d’Avrillé vient de le débaptiser pour l’appeler le Parc du Brionneau. Le fond de l’étang n’a pas de nom particulier. Puis revenant par l’autre rive, on entre dans le Parc de Belle-Beille comme il est indiqué sur les panneaux sur place mais sans que cette dénomination ne figure sur les cartes officielles ou commerciales de la ville. 

Le ‘Lac Saint-Nicolas’

Et  le terme d’étang ? Alors oui, devant tant d’incertitude  quant au nom de cet étang, il me vient un doute profondément dérangeant : comment peut-on appeler un étang, une étendue d’eau de 30 hectares, alors qu’un étang selon Wikipedia ne peut couvrir au maximum que 5 000 m2, soit un ½ hectare ? Pourquoi ne pas hésiter à lui reconnaître franchement son statut de lac ? Parce que c’est bien ce qu’il est. Comment aurait-on pu y construire trois moulins si l’eau n’avait été vive ? Bien sûr maintenant le courant du Brionneau n’apparaît pas vraiment dans le Lac Saint-Nicolas. L’eau n'y bouge pas beaucoup, tout comme au Lac de Maine proche. La raison en est aussi que les retenues d’eau tant en bas du lac que dans la Maine ont profondément modifiées l’hydrographie locale. 

Pour découvrir les sentiers du ‘Lac Saint-Nicolas’

. Lire, sur le sujet, la très bonne chronique de Sylvain Bertoldi, Conservateur des Archives d’Angers, parue dans « « Vivre à Angers » mai 2007. Certainement le meilleur connaisseur de l’histoire d’Angers et de l’Anjou, il a écrit d’excellents ouvrages de référence, comme « L’Anjou, Confluences d’Histoire », Gal’Art Edition,

http://www.angers.fr/decouvrir-angers/histoire-d-angers/chroniques-historiques/pour-s-informer/lecon-d-histoire-dans-un-parc-saint-nicolas/

 

. Dans une version plus courte, voir http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tang_Saint-Nicolas

. Retrouver Foulques III, Comte d’Anjou de 987 à 1040,  http://fr.wikipedia.org/wiki/Foulque_III_d'Anjou

. Consulter également la brochure sur les parcs de l’agglomération d’Angers http://www.angersloiremetropole.fr/fileadmin/Image_Archive/Internet/infos_pratiques/cadre_vie_environnement_log/cadre_de_vie/parcs_communautaires/guide_parcs_communautaires.pdf

. Pourquoi ce titre ? Parce qu’on marche sur la tête !

. Photos Elisabeth Poulain, à retrouver dans l'album "Paysages".

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