Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Style de Pub > Mains et Regard de l'Homme > Buveur de Bière

21 Octobre 2013, 16:50pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre. Il s’agit dans ce billet d’analyser les choix des créateurs publicitaires dans leur stratégie de mise en valeur de la bière qui fait l’objet de la publicité, à partir de trois critères seulement, les mains et la position des yeux. Seuls les hommes sont visés par mon analyse qui n’a rien d’exhaustive. C’est un choix volontaire. Il n’y a pas de féminin à « buveur », même s’il y a bien des femmes qui apprécient la bière et/ou qui sont choisies  pour vanter des marques de bière pour hommes. Je ne vous parlerai pas non plus des nombreux animaux qui se dévouent pour promouvoir cette noble boisson qui est née en 6000 avant Jésus-Christ en Mésopotamie.

Les  mains s’écrivent au pluriel même si parfois on n’en voit qu’une seule et encore  ne perçoit-on parfois que les quatre doigts de celle qui a été choisie. Ne chipotons pas, il est très rare de ne pas voir de mains mais pas impossible, comme on va le voir. Voici une sélection qui présente quelques réponses différenciées  à la question stratégique du choix du positionnement de la marque « Que présentez-vous, la bouteille, le verre, l’homme et quel style d’homme, sa main, son regard… ? Quelle hiérarchie faites-vous entre tous ces éléments? »

 Bière Adelshoffen

. La bière Adelshoffen. C’est une belle plaque émaillée (32,5 x 49,3cm) qui présente un buveur de bière souriant, qui a la pêche, qui vous regarde droit dans les yeux, dans un style très « Congés payés sympa", avec sa casquette à rayures jaune et rouge, sa chemise blanche et sa ceinture haute de travailleur de force. Il tient la bouteille ouverte à la main droite et fait le signe de la bonne visée avec son index reposant sur son pouce de la main gauche. Une très efficace composition en V inversée structure la composition sur le fond jaune éclatant de l’été en lien avec le bleu du fond  de la marque. On le surprend au moment où il s’apprête à goûter sa bière.

Bière Champigneulles-César au Lion   

. Bière Champigneulles nous emmène dans un autre monde, à Rome, au temps des gladiateurs. Disons-le tout net, cette plaque émaillée de grandes dimensions (95 sur 145 cm) possède un nom prestigieux; elle est dite du « César au Lion ». Le fauve est situé sur la droite du César, qui a posé sa main droite au sommet de la tête du lion, tandis que la gauche dans un geste de pleine amplitude vers le ciel lève un verre, qui (me semble) vide. L’air furieux du lion, la couleur fauve ou feu de son pelage  d’un côté, la blancheur de la peau du héros m’interpellent ; quant au verre vide, il me trouble. Est-ce l’effet bière qui s’exerce déjà ? La puissance de la composition est pourtant indéniable. Le guerrier porte son regard au loin vers l’horizon, la bouche grande ouverte. C’est la seule fois où on voit un buveur de bière pieds nus, mais cette remarque est complètement hors sujet !       

Bière Gangloff-Jean d'Ylen-Besançon

. Gangloff joue d’un minimalisme stylisé. Cette plaque de 45 x 64 cm offre une très belle composition graphique et une sélection chromatique époustouflante. En l’absence de date, c’est son caractère très contemporain qui frappe l’œil de celui qui regarde. Son créateur Jean d’Ylen (1887-1938), un affichiste originaire de Besançon, a réalisé plusieurs affiches pour des marques locales de bière en 1924, 1925 et 1926. On peut donc supposer que l’affiche date de cette décade ou de la suivante. Tout est réussi, la couleur, la composition avec ce verre haut plein décalé vers la droite en position haute. C’est le plateau rouge qui occupe l’espace central, avec une utilisation d’une grande finesse de l’ombre qui structure la composition en biais. On sait où se trouve le soleil, en haut, à droite. Le tout est comme saisi sur un fond gris qui permet de faire ressortir le blanc terni de la marque Gangloff. Ici, il n’y pas de main pour distraire l’attention et l’oeil est celui de qui admire la composition.     

Bière Gruber Strasbourg   

. Gruber en comparaison est un apaisement pour l’œil de celui qui regarde. On est projeté clairement et directement dans le verre prêt à boire, sans intermédiaire autre  que la main droite tenant le verre par en bas pour réchauffer au minimum la bière fraîche. On voit la buée sur le verre. La couleur bleu moyen du fond fait ressortir l’or de la bière et le blanc de la mousse, les cinq doigts de la main droite et le renforcement de l’ombre de l’ensemble pour  renforcer l’impact de l’ensemble verre + main + gruber. Strasbourg est indiqué à la place de « Bière » qu’on se serait attendu à voir.  Mais c’était tellement rendu évident par le dessin que l’origine par la ville apportait une légitimité supplémentaire, surtout utile pour contrer la concurrence. S’il y a un regard ici, c’est celui du futur buveur de bière qui est alléché par ce visuel publicitaire.

Bière du Lion

. La bière du Lion. C’est une affiche de 60 sur 80 cm datant de 1905. Imaginez que vous l’ayez dans votre cuisine devant les yeux. Elle fait un effet "bœuf" ! Elle est surtout connue pour son (monstrueux) « personnage au canotier » d’Eugène Ogé (1861-1936). Oublions les grimaces du bonhomme et regardons ses mains. Elles tiennent fermement une grosse chope portant l’inscription « BIERE DU LION » aux armes du lion. La main gauche saisit fermement l’anse et la droite conforte la prise en évitant soigneusement la mousse qui déborde. Quant au regard, disons-le clairement, il bigle : l’œil gauche se focalise sur le centre de la mousse et le droit se hausse de plaisir anticipé, en soulevant très haut le sourcil. A voir sa côte élevée, l’ensemble est apprécié par les collectionneurs d’art publicitaire.   

Bières (Les) Maxéville-Le Gaulois   

. Les Bières Maxéville ou « Le Gaulois a la Chope ». Cette plaque de 48cm sur 88 est étonnante. Elle joue du contraste entre la sobriété des couleurs avec un tracé bleu pour le guerrier au casque ailé qui a une certaine ressemblance avec celui des « gauloises » (les cigarettes), l’ovale du médaillon sur fond noir et l’écriture italique un peu vieillotte de la marque au pluriel. Du Gaulois, on ne voit que son bras droit qui tient la chope de sa main glissée dans l’anse. L’homme  à la belle chevelure blonde qui file au vent, tout comme se longues moustaches, m’étonne un peu : il nous regarde en nous faisant quasiment de l’œil.  

  Bière Velten 

. Bière Velten présente un buveur de bière occupant une place stratégique, il est directement assis sur un tonneau, pour raccourcir au maximum le chemin du fût au gosier. Il est particulièrement content. C’est "un jovial" qui est saisi juste avant de commencer sa dégustation de sa main droite. Le verre dorée et blanc illumine quasiment la cave, en commençant par le visage du jeune homme aux joues bien rondes. La main gauche donne l’appui du corps. L’encadrement en rouge met l’accent sur la jouissance annoncée du plaisir.

Bière La Perle

Hors sélection, tout en répondant aux critères du regard et de la main, voici le dernier exemple que j’ai choisi pour ce billet. Cette fois-ci, il ne s’agit pas vraiment d’un homme ; c’est un adolescent, un futur buveur de bière, qui s’apprête à commettre un acte interdit, si ce n’est déjà fait. On le surprend se haussant à la table grâce à ses mains qui s’y agrippent ; il lèche de sa langue la mousse qui coule de la bouteille au bouchon de porcelaine. C’est l’attrait de l’interdit, un ressort toujours intéressant de la publicité.           

Pour suivre le chemin

. Cette sélection a été faite à partir de plusieurs catalogues Salorges Enchères.  

. Pour de plus amples informations, consulter « Salorges Enchères, Nantes - La Baule, qui organisent des ventes samedi 26 et dimanche 27 octobre 2013, 8 bis rue Chaptal, 44100 Nantes, 02 40 69 91 10, sarlkac@wanadoo.fr, avec des photographies nombreuses sur www.interencheres.com/44001 »

. Photos Elisabeth Poulain

. Sur le thème de la main, voir sur ce blog Style de Pub > La Main de l'Homme > Ce qui se boit, se goûte, se pétrit   Champagne G. H. Mumm > Les gestes pour le savourer > L'Homme Mumm

Voir les commentaires

A Sainte-Adresse > Marcher > Courir > Trottiner sur le Front de Mer

19 Octobre 2013, 16:19pm

Publié par Elisabeth Poulain

Décryptage du titre. Nous sommes à Sainte-Adresse, une petite ville située juste à côté de sa grande sœur du Havre. Son nom a dû lui être donné par les marins revenant au port, après avoir encouru les risques de la pêche en mer, en Manche, dans un site difficile, à l’entrée de l’estuaire de la Seine, traversé de forts courants maritimes et de vents violents. Le cap de la Hève situé au nord du site permettait de protéger un peu les navires, d’où le nom donné au Havre, qui s’appelait « Le Havre de Grâce » et à celui de Sainte-Adresse, à prendre dans le sens de « Bonne Adresse ».

Blog 2011.11.24 113

 Le Front de Mer à Sainte-Adresse.  Il est une pure création de l’avènement du tourisme à la fin du XIXe siècle, en lien direct avec la starisation de la Côte d’Azur par et pour l’élite européenne et en particulier anglaise qui imposa des nouveaux styles de vie axés sur la jouissance de paysages en lien avec les loisirs.

. C’est le journaliste parisien, Alphonse Karr, qui en particulier lança la station  auprès de l’establishment parisien et plus largement européen. Curieusement, le grand homme qui maniait la langue française avec le ciselé parfois cruel propres aux Parisiens n’a donné son nom qu’à une sente à Sainte-Adresse. Certes c’était un petit sentier parallèle à la plage, mais avec une vue incomparable réservée aux seuls marcheurs. A ce premier découvreur, lanceur d’une station balnéaire, il fallait un développeur, urbaniste de fait.

  Sainte-Adresse-Sente-Alphonse-Karr-CP-Collection-Dyonisiens

. Ce fut Georges Dufayel qui s’y attela, en voyant grand toute de suite. Il bâtit des villas, traça des rues parallèles au rivage pour les mettre en valeur, fit édifier pour son compte un véritable palais qu’on appelle toujours d’un nom volontairement impropre qui est « l’Immeuble Dufayel » tout en haut de la colline pour être sûr d’avoir toujours vue pleine et entière sur le paysage. On aurait pu parler d’un palais.

Blog 2011.11.24 097

La station était lancée. Les villas nouvelles ont fleuri comme les tulipes au printemps, chacune avec sa vue personnelle fabuleuse, avec une conséquence sur l’espace extérieur qui a été de créer des lieux de rassemblement pour être vu tout autant que pour voir. Etre seul dans sa villa crée forcément un manque de visibilité, les réceptions les uns chez les autres ne pouvant suffire. Il fallut donc créer comme à Nice des lieux emblématiques de promenade. On parlait avec fierté de Sainte-Adresse comme étant « le Nice havrais », sans Promenade des Anglais, mais avec  un beau boulevard longeant la mer.

Blog 2011.11.24 114-copie-1

Le front de mer est toujours le lieu où on peut le mieux contempler la mer, se rencontrer, voir et être vu, respirer l’air pur de la mer, marcher et faire du sport…  Ces usages collectifs se sont renforcés depuis une centaine d’années, par la pratique individuelle de la marche sportive, du jogging…  Il y a toujours quelque chose à voir et à faire, à l’instar de ces marcheurs à un ou deux pieds, à deux ou quatre pattes, chacun à sa façon, sans parler d'un mystérieux Johny le marcheur qui laisse des pas jaunes sur le bitume rose. .

Blog 2011.11.24 052

Les aménagements du front de mer  contribuent à ces plaisirs de la marche sous ses différentes formes. On peut varier les espaces au sol, selon qu’on est plutôt bitume, pelouse, revêtement sportif, à la rechercher de présence d’arbres, de roseaux…  tout en choisissant sa ligne, plus ou moins près de la plage ou du boulevard, pour être seul, avec son chien sur la pelouse, comme si le contact de la terre engazonnée était une récompense pour les pattes de nos chers quadrupèdes, ou au plus proche de la plage pour apercevoir les mouettes sur les jetées près de l’eau….

Blog 2011.11.24 071

A observer les gens sur le front de mer, des usages semblent se dégager. Le joggeur est seul ; il court pour lui. Il a sa route à tracer, son corps à satisfaire qui a faim de course.  Le marcheur seul est le plus souvent, mais pas toujours, accompagné de son chien, ce qui ne signifie pas que les couples n’ont pas de chien. On trouve aussi l’équation un couple = deux chiens. Quand on voit un couple, on a souvent l’impression qu’ils se promènent plus qu’ils ne marchent. Ils sont là pour aérer leur après-midi. Il y a aussi des petits groupes comme ces familles qui viennent marcher avec des enfants encore petits. Quelques années plus tard, ces derniers reviendront mais cette fois-ci devenus cyclistes, le plus souvent avec leur père.  En avançant encore dans le temps, ils seront joggeurs, masculins le plus souvent mais pas toujours heureusement…                                                    

Blog 2011.11.24 073

 Sainte-Adresse a toujours conservé son caractère balnéaire associée à sa grande sœur du Havre. C’était déjà le cas il y a plusieurs décades, quand des cartes postales ne mentionnaient que  « Le Havre » en oubliant de citer Sainte-Adresse considérée comme un quartier agréable, particulièrement le dimanche. C’était l’endroit où on venait en costume noir et canotier d’été pour les hommes et en robe longue avec chapeau, ombrelles avec son petit pliant sur la plage pour voir les régates…La marche alors était réservée à ceux qui n’avaient pas de voiture ou ne prenaient pas le tramway. Le jogging n’existait pas. Les chiens ne tenaient pas une aussi grande place que maintenant. Les mouettes étaient déjà là…Et il y avait des bateaux grands et petits à passer sur l’eau au fond de l’horizon.

Blog 2011.11.24 092

Le partage des rôles entre le petit port de pêche et le grand port. Le Havre est toujours le premier port français sur la façade atlantique. Il continue à accueillir les transatlantiques et les porte-conteneurs de marchandises. La nature profondément maritime de la ville subsiste mais d’une façon qui a profondément changé depuis la seconde guerre mondiale. Elle a en effet été quasiment entièrement détruite par les bombardements allemands. Elle a ensuite fait l’objet d’un très grand plan d’urbanisation révolutionnaire pour l’époque et qui a gardé son atmosphère  un peu étrange, toujours innovante  encore maintenant. Le Havre pris au sens large, Sainte-Adresse incluse, est devenu un lieu très attractif pour des Parisiens stressés en recherche de vibrations maritimes et ceci à deux heures de la capitale.

Blog 2011.11.24 046 Le marché de l’immobilier y est en conséquence florissant, le projet du Grand Paris ne faisant qu’accentuer la pression sur le littoral. La marche, la course, le trottinement aux pieds de son ou de ses maîtres, sans oublier le léger dandinement des mouettes sur le sol continuent à donner vie au littoral. Le Front de Mer est profondément le lieu privilégié de la rencontre entre le monde de la mer, de l’air et celui de la terre, dans le cycle long du temps et celui toujours imprévisible du changement.    

Blog 2011.11.24 104

Pour suivre le chemin

. Aller au Havre et pousser jusqu’à Sainte-Adresse pour découvrir le Front de Mer : c’est un endroit fabuleux.  Voir le site bien fait de la ville  et qui donne envie d'y aller sur http://www.ville-sainte-adresse.fr/decouvrir/ville-et-habitants/histoire/

. Surtout consulter régulièrement la très belle collection de cartes postales anciennes de Sainte-Adresse sur le site participatif http://dionysiens.free.fr/ dans une très bonne présentation des cartes grandeur nature.

  . Pour avoir une idée de l’importance du Front de Mer dans l’histoire, voir aussi 76 Actu, le site des Archives municipales  http://www.76actu.fr/patrimoine-le-front-de-mer-entre-guerre-et-bains-de-mer_37787/ 

Sainte-Adresse-mer-Descente-Oiseaux-Bateaux-063

. Photos Elisabeth Poulain, avec mes remerciements à Dionysiens.free.fr pour la carte postale de la sente Alphonse Karr , à retrouver dans l'album photos "Mer-Eau" sur ce blog.

.Lire sur ce blog, concernant la marche en ville   Lignes & Couleurs de la Ville > Le Havre > Les Conteneurs à Etudiants  et MAP > Marcher Angers Penser > Traverser > Partager par la Parole

 

 

Voir les commentaires

Le Havre > Les Conteneurs à Etudiants > Les Lignes & Couleurs de la Ville >

17 Octobre 2013, 10:34am

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre en commençant par les "boites", les boxs. Je vais vous parler des conteneurs empilés sur trois hauteurs par la ville pour servir de logements à des étudiants dans la zone portuaire du Havre, en mettant l’accent sur les formes, les lignes et les couleurs. Pour cause de limitation à 70 caractères du titre, j’ai dû modifier l’intitulé « les conteneurs pour étudiants » et le remplacé par « les conteneurs à étudiants », une façon peu élégante de parler, mais qui apporte peut-être aussi quelque chose en plus, avec son petit côté de « boîte à sardines. »  Ce qui n’est pas le cas, je le précise tout de suite.

 

Blog 2011.11.24 176

Le site dans l’ancien quartier portuaire.Il est particulièrement bien choisi dans un lieu qui a gardé sa nature portuaire, faite de rigidité et de lourdeur. C’est devenu maintenant une nouvelle zone résidentielle appréciée, avec vue directe sur les bassins et la mer, immeubles haute qualité environnementale et des quais transformés en parc urbain. Dans le fond, on voit toujours le port, avec ses entrepôts aux toits arrondis et surtout de l’autre côté du bassin Vétillard des murs impressionnants de couleurs différenciés des conteneurs maritimes selon la compagnie à laquelle ils appartiennent.

Blog 2011.11.24 179

La résidence  A’Docks pour étudiants. Elle est située idéalement au point de jonction  de la fin de cette nouvelle zone résidentielle (Quai de la Marne) et le début de la zone ancienne des entrepôts (Quai de la Gironde), avec au fond le bassin Vétillard. Implantés sur deux lignes parallèles et quatre niveaux, en comptant le sol, les conteneurs-logements de 40 pieds sont décalés les uns des autres pour éviter  l’effet bloc. Du coup ceux qui ne sont pas en première ligne bénéficient de balcons, avec vue sur le bassin. Ceux qui sont placés en arrière ont vue sur la ville et sur les anciens entrepôts qui s’appellent maintenant les Docks Vauban depuis la grande opération de rajeunissement menée par Bernard Reichen. D’où le nom de A’Docks donné à la résidence un peu éloignée des « Docks » de l’autre côté face à la ville, mais qui a le mérite de surfer sur l’humour. 

  Blog 2011.11.24 177

Un « jardin fluvial » a été implanté tout du long du bassin, pour unifier cet espace vide entre eau, voierie et bâtiments et  redonner vie à ce site portuaire qui était très actif. Sa dénomination première de l’Agence Obras lui convenait mieux qui parlait d’ « un parc portuaire ». Il joue beaucoup sur les lignes et utilise un mobilier urbain très raide pour meubler cet espace d’une façon contemporaine. Il faudrait le voir aux beaux jours. A mon goût, le jeu des lignes au sol aurait amplement suffi à animer le site. Un port est toujours un espace de plein et de vide, un vide qui se remplit et se vide à nouveau, avant de vivre un nouveau cycle portuaire ou urbain...   

    Blog 2011.11.24 182

Les vrais conteneurs ne sont guère loin. Il suffit de traverser la place pour se trouver devant le bassin Vétillart, face à un mur gigantesque de conteneurs qui portent les couleurs de leurs entreprises propriétaires, des vrais cette fois-ci. On aperçoit en arrière une des deux grandes cheminées de la Centrale EDF implantée plus près de la mer.    Blog 2011.11.24 183 

Et c’est alors qu’on se surprend à regretter un tantinet les couleurs si ternes de la résidence étudiante. Ce ne sont pas les petits panneaux de verre coloré en vert ou en bleu qui changent l’aspect global un peu triste de l’ensemble. Ils  ornent une partie de la baie avant des conteneurs étudiants avec vue sur les installations portuaires. Certains disent là-bas que les conteneurs ont l’aspect du Havre un jour de pluie du début de l’hiver. Il aurait suffi de jouer l’effet-temps sur la couleur grise, en variant les teintes.  

Blog 2011.11.24 166

L’univers des lignes. Un port est par nature un assemblage extrêmement complexe de lignes et de forces. Il manque dans les clichés que je vous présente des grues qui auraient donné la hauteur à voir. C’est bien pourquoi j’ai apprécié la présence des cheminées de la centrale EDF. La résidence étudiante a ceci d’intéressant qu’elle sur-joue le jeu du graphisme  industriel, avec des verticales, des horizontales et des obliques, des pleins et des vides, des baies et des parois métalliques…. Le mur de conteneurs est presque aussi attractif, en comparaison à cause de ses couleurs, dont certaines sont usées par le temps. Un jeu chromatique un peu plus large et chaud soulève des émotions précieuses, surtout quand le temps est au gris et qu’il fait frisquet.

  Blog 2011.11.24 178

Pour les constructeurs, le recours à des conteneurs n’a pas été facile tant les contraintes réglementaires sont fortes en France. Les neuves qui ont été utilisées au Havre ont été fabriquées en Chine, tout comme c’est de Chine que viennent la majorité des conteneurs en exercice qui attendent d’être réutilisés au cours d’un transport maritime. Quant à leur insertion dans les paysages au Havre, elle s’est faite tellement bien que les conteneurs manqueraient s’ils n’étaient plus là des deux côtés de l’eau. Il reste seulement à savoir ce que pensent les étudiants de leur « home, sweet home ».

Pour suivre le chemin

Le Havre, plan, Résidence U A'Docks, Agglo-Le Havre 

.Crous Le Havre, Résidence A'Docks, Rue des Chargeurs réunis, 76600 Le Havre http://www.crous-rouen.fr/component/jea/?id=45 

. A retrouver sur  http://fr.mappy.com/plan/76310-sainte-adresse#/2/M2/Lp/TSearch/S76310+sainte-adresse/N151.12061,6.11309,0.13701,49.48294/Z10/  sur une carte où ne figure pas encore la résidence près de la Place Carlier (arrêt de bus) 

. Voir le site officiel de la ville du Havre sur http://lehavre.fr/  et http://www.docksvauban.com/W/do/centre/alaune  

. Pour « le jardin fluvial et/ou le parc portuaire », de l’Agence Obras, voir la fiche et les photos sur http://www.caue76.org/IMG/pdf_Fiche_obras.pdf  et http://www.paysages.net/projets/fiches_projets/paysage/p_HVR.htm

Blog 2011.11.24 184

. Voir un site intéressant, très riche en photos, sur « Le Havre patrimonial » http://imagesduhavre.wordpress.com/2134-2/les-photos-les-plus-regardees-du-havre-patrimonial/   avec aussi  des clichés du port et une vue par satellite.

Blog 2011.11.24 163 

. Photos Elisabeth Poulain à voir dans l'album-photos "Mer-Eau" sur ce blog. Le plan est issu de la carte "Le Havre, Métropole Maritime, Laissez vous guider" de l'Office du Tourisme de l'Agglomération havraise. Le point au feutre rouge indique la résidence et le trait rouge de l'autre côté du bassin Vétillard le mur de conteneurs maritimes en usage  

Voir les commentaires

N comme Nana > Moi, Bernadette > Le Lapin souriant aux Lèvres rouges

15 Octobre 2013, 10:46am

Publié par Elisabeth Poulain

Moi, je suis Bernadette. Ca, j’en suis sûre. Quand on nous a demandé en atelier « peinture » à chacune, chacun de faire son auto-portrait, moi j’ai fait le lapin souriant aux lèvres rouges sur fond rouge. Et quand Martine, la prof a dit non – elle ne veut pas qu’on l’appelle comme ça - prof d'abord et arts plastiques aussi – un truc qu’elle nous explique à chaque fois, et que nous on ne pige pas, mais on la laisse faire, les profs, c’est bizarre parfois. Eux disent que c’est nous, nous en pensons pas moins. Bon, on ne va pas partir dans ces discussions sans fin.

Je suis là pour vous parler de mon lapin.Il est content de vivre, souriant jusqu’aux oreilles, au point qu’il a fallu que j’en fasse une autre, de quoi ?, mais d’oreille pardi. Du coup, le lapin a deux oreilles souriantes comme des pétales de tulipe qui penchent vers le bas et une oreille sérieuse, celle qu’on voit à gauche sur « mon œuvre » qu’ils disent, à l’atelier.

Bernadette, Auto-Portrait, le lapin souriant aux lèvres rouges

Et je vous dis que c’est à droite pour les oreilles souriantes pour que vous ne vous trompiez pas. Je ne suis jamais sûre parce que si c’est à droite comment est-ce qu’elle, l’oreille, peut-être à gauche ? Comme je ne veux pas me fâcher avec tous ces profs qui savent mieux que nous ce que nous pensons, disons et faisons, je les laisse dire et j’applique mon truc à moi. Mon TAM c’est que les oreilles souriantes sont à droite sur le papier quand j’y mets de la couleur et à gauche quand je touche la mienne avec la main gauche ou droite. Zut, je ne sais plus de trop…

Revenons à mon lapin avec du rouge. Il n’avance pas vite avec les mots. Pourtant avec le pinceau, j’ai peint à la vitesse d’une fusée ou presque. En fait, c’est pas vrai, j’ai eu du mal. Le démarrage a été un peu dur. Regardez le fond dessous ; il y a du bleu clair, du vert cuivre, du gris, du marron et beaucoup de blanc par-dessus parce que cela ne me plaisait pas. Pourtant la prof disait « mais Bernadette, avance, ne gâche pas la peinture, non, tu n’auras pas une nouvelle feuille de papier, pas la peine d’essayer de me faire les gros yeux ou ces yeux de chien triste, non, c’est non, non et non. »    

Alors j’ai boudé, mais vraiment. Tous les autres, les autres comme moi, ont dit à la prof « cette fois-ci Bernadette boude, oh c’est pas bon ça, pas bon du tout » et l’orage a commencé à gronder dehors, avec la pluie qui frappait les carreaux. Tout l’atelier s’est mis en arrêt  et moi, je disais « je veux du rouge, du rouge, du rouge, encore du rouge ». Et tout l’atelier a commencé à chanter avec moi « Ber-na-dette-elle-veut-du-rouge-pour-son-lapin-rouge…»

Finalement, je n’ai pas eu le temps de tout  refaire en rouge. Quelle tristesse ! J’ai commencé par mettre du rouge tout autour pour faire croire qu’il était rouge. Mais ça n’allait toujours pas, alors j’ai demandé à Annick, ma copine au Centre, ce que je pourrais bien faire pour le rendre joyeux, mon lapin. Elle ne savait pas. Il faut dire qu’elle n’a pas beaucoup d’imagination. Ses mains ne lui disent rien et ses yeux n’ont aucune « vision artistique », selon Martine. Par contre, elle a des lèvres, des lèvres qui parlent tout le temps, au point que la prof lui dit toujours « Annick tu es là pour dessiner et peindre, pas pour papoter, tes lèvres sont un vrai moulin à paroles ».

Bernadette, Auto-Portrait, le lapin souriant aux lèvres rouges 

Et ce jour là les lèvres d’Annick étaient d’un rouge magnifique justement comme celui que je voulais pour mon lapin. Et vous savez quoi, comme la prof n’a pas voulu me donner du rouge, c’est Annick qui m’a prêté son rouge à lèvres, juste un peu, qu’elle m’a dit. Moi, j’aurai bien voulu refaire le tour sur l’autre rouge. Mais elle n’a pas voulu. Bon, d’accord je lui ai dit. Mais j’ai eu un mal fou à lui redonner son tube…

Pour suivre le chemin

. Le dessin existe bien, Bernadette aussi et tout le reste est entièrement inventé.

. Il a été acquis à Rablay sur Layon au Village d’Artistes  http://fr.wikipedia.org/wiki/Rablay-sur-Layon#La_maison_de_la_D.C3.AEmeet http://www.rablaysurlayon.com/index.php?module=pagesetter&func=viewpub&tid=1&pid=10 

.Voir la série des "N comme Nana "et des "Rouges" sur ce blog

. Photo Elisabeth Poulain, à retrouver dans l'album-photos "Genre" et certainement pas dans "Bestiaire"! 

Voir les commentaires

Photos > Mc Do, la Statue de la Liberté & le Flambeau > Rouen Barentin

12 Octobre 2013, 18:13pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Des photos presque sans paroles, mais avec quelques mots quand même, si non, ce serait trop dur de les envoyer dans le vaste monde sans un petit mot d’encouragement de ma part.

Le lieu. C’est à Barentin, au Nord-Ouest de Rouen, vraisemblablement le samedi, quand tout le monde fait ses courses hors la ville, au même moment dans des zones commerciales bondées de voitures, pour cause de développement durable.

  Mc Do, Statue Liberté, Arrivée,1, Rouen, Barentin             

Le temps. On était au mois de novembre par un temps superbe d’arrière-saison, comme on en a parfois, souvent ( ?) en Normandie. On se serait cru alors plutôt fin septembre après les grandes marées.

Le déclic. Il s’est fait à l’arrivée dans la zone. L’encombrement m’a permis de voir la Statue de la Liberté sur un rond-point un peu plus loin. J’ai sorti l’appareil et commencé à prendre un cliché de loin, puis deux…   

 Mc Do, Statue Liberté, Zavatta, 2, Rouen Barentin

Le cirque Zavatta. Il y avait un grand clown qui s’appelait Achille Zavatta ; il était membre d’une grande famille du cirque. Lui n’est plus. Le cirque a dû bien changer mais l’aventure continue, avec cette habitude héritée du XIXe siècle d’annoncer son arrivée par des panneaux multiples et variés, qui fleurissent sur la pelouse comme les tulipes de Hollande en Hollande.

 Mc Do, Statue Liberté, 3, Rouen Barentin      

L’approche. Je commence à voir l’enseigne du restaurant Mc Donald légèrement sur la droite en arrière de la statue. Y-aurait-il un lien entre les deux ?  

De l’humour Mc Do ? Du mécénat?     Une idée commence à germer dans mon esprit : et si c’était Mc Do qui nous annonçait l’Amérique vue du loin, comme si les émigrants du Mayflower avaient pu être accueilli ainsi ?  Une proposition bien propre  à séduire les collectivités diverses et variées, très ouvertes sur la culture et qui ont leur mot à dire dans la gestion de l’espace public d’une zone commerciale à haute fréquentation. La preuve, la statue est là.Mais c'est juste une idée, sans certitude.

  Mc Do, Statue Liberté, 4, Rouen Barentin

C’est le flambeau qui attire mon regard.La statue oui, mais plus certainement le flambeau avec à sa hauteur le panonceau Mc Do, qui n’est guère loin. La voiture avance. Oui, ils l’ont fait. Ca y est, c’est fait, la rencontre a lieu, la voiture continue doucement à rouleur.      

« STOP » ai-je crié à ma conductrice préférée. La Statue de la Liberté porte de son bras levé le panonceau Mc Do en lieu et place de la torche qui éclaire le monde.

Mc Do, Statue Liberté, 5, Rouen, Barentin 

Le rond-point arrive. La statue redevient une copie en polyesther de l’œuvre conjointe du sculpteur alsacien Auguste Bartholdi, de l’ingénieur français Gustave Eiffel et de l’architecte américain Richard Morris Hunt pour célébrer l’amitié franco-américaine. Elle atteint quand même ses 13,5 mètres de haut. Sa présence ici sur cette butte de terre en surélévation  n'est pas un hasard. Elle est due à la volonté du maire à qui cette statue a été donnée par Gérard Oury. Il l'avait fait faire pour son film, Le Cerveau (1973) avec Bourvil et Belmondo. Barentin possède 160 statues de sculpteurs,dont certains sont célèbres comme Auguste Rodin, Paul Belmondo (le père de Jean-Paul), Antoine Bourdelle...

Mais ça, je l'ai appris plus tard, tant j'ai été intriguée par la présence de cette "Liberté éclairant le monde"!     

 

Pour suivre le chemin

. Plus que quelques informations, sur la statue de la Liberté à l'entrée du port de New York, avec de belles photos sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Statue_de_la_Libert%C3%A9 

. Voir aussi Barentin, avec son fabuleux viaduc sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Barentin_%28Seine-Maritime%29

. Dernières nouvelles: la Statue de la Liberté ré-ouvre demain dimanche 13 octobre 2013 ses portes à New York malgré le « shutdown » (blocage des finances US)  

. Photos Elisabeth Poulain à voir dans l'album "Mc Do" sur ce blog

Voir les commentaires

La Garde de l'Yser dans la Boue et l'Eau > Les Chemins de Bois > Guerre 14-18

11 Octobre 2013, 19:42pm

Publié par Elisabeth Poulain

Je reprends le titre de l’article de l’Illustration en date du 17 février 1917. Les historiens préfèrent  maintenant  parler du « Front de l’Yser ». L’un ou l’autre titre ne traduise pourtant pas la réalité physique de cette garde ou de ce front. On garde un bien tangible qu’on peut saisir dans la main ou toucher s’il s’agit d’un mur d’enceinte par exemple. Dans le cas de cette petite rivière, il s’agit de veiller à ce que l’ennemi, les troupes allemandes, ne puisse atteindre la mer. Et c’est l’eau qui a servi de défense horizontale toujours mouvante et changeante. 

Inonder les terres basses de l’Yser, situées en dessous du niveau de la mer fut la  solution proposée et mise en œuvre par le marinier-éclusier belge, Henri Geeraert, sur l’accord express d’Albert Ier, roi des Belges. L’éclusier dut ouvrir par trois fois les écluses de Nieuport, proches de la mer du Nord, pour arriver à inonder la zone  que ne devaient pas franchir les soldats allemands. L’objectif, qui était de les empêcher de passer sur la rive ouest et de là passer en Angleterre et en France, fut pleinement atteint et ce jusqu’à la fin de la guerre. Au cours de cette période, deux percées allemandes furent très vite repoussées. 

L’article de l’Illustration signé par L. Dumont-Wilden. Il est remarquable, très complet, très bien documenté, précis et en même temps retenu. Nous sommes en 1917, cela fait maintenant trois ans que la guerre dévaste toute cette zone fragile de polders, du fait de sa mixité terre-eau, à la terre riche et grasse avec « des champs les mieux cultivés du monde ». L’inondation a fait ressurgir l’eau là où sa présence avait été canalisée, optimisée, repoussée là où il le fallait, à coup d’un travail incessant de générations d’hommes directement impliqués dans les missions des « wateringues ». L'eau a certes bloqué l’ennemi. Elle a aussi rompu les équilibres naturels entre la terre et l’eau, l’eau douce désormais devenue salée. Elle a coupé les sentiers, désorganisé les liens entre les hommes et les liaisons de toutes sortes. « Le beau jardin de Flandre est aujourd’hui pareil aux marais qui arrêtèrent les légions de César ».  

La terre était une éponge gorgée d’eau. La guerre de 1914-1918 a été une guerre de tranchées, avec des tranchées qui se remplissent de l’eau de la pluie qui tombe en abondance dans ces régions océaniques. Mais il n’y a pas que cette eau venue du ciel. Sur le front de l’Yser, il y a eu aussi l’eau qui sourdait du sol. Entre les deux, il y avait les soldats qui devaient sans cesse refaire les tranchées, colmater les parois autant que faire se pouvait, lutter contre l’eau et le froid tout en assurant leur mission.  

Il s’agissait d’une vraie question de vie ou de mort. Les hommes étaient fatigués. Ils avaient froid. Ils étaient toujours mouillés. Ils vivaient littéralement dans la boue et l’eau. Cela faisait maintenant trois ans que le pays était inondé. Il avait fallu parer au plus pressé et en particulier faire une nouvelle cartographie en repérant les voies encore utilisables par les charrettes tirées par des chevaux pour acheminer les hommes et le matériel. Tout en créant sur place aux postes de guet et aux autres points stratégiques des chemins de bois pour le passage des hommes, des fournitures de guerre et leur approvisionnement.  

Des chemins de bois furent installés par le génie belge pour répondre à tous ces besoins. Ce travail vital pour la défense du pays fut très lourd à effectuer et sans cesse à refaire, comme on peut l’imaginer dans un pays en guerre, contre l’armée allemande bien plus  forte en nombre que l’armée belge avec l’aide ponctuelle  des alliées. Outre cette dimension logistique et militaire,  il fallait rassurer les populations et les forces alliées sur la solidité du front avancé belge.

Des photos furent prises l’hiver par le service photographique de l’armée belge à cet effet. On y voit des soldats bien habillés, avec des vêtements chauds d’hiver assurant « la garde de l’Yser ». Un seul cliché provient de l’armée française. Elle montre le général Lyautey, ministre français de la guerre, en visite sur le front belge.   

La-Garde de l'Yser-Guetteur-Zone-inondée-Ph-n°1

. 1. Le Ier cliché a toujours une importance singulière. Parmi les sept photos de l’article de  plus de  deux pages et demie de L’Illustration, il est celui qui donne le ton. Son nom est « Guetteur dans un petit poste de la région inondée ». Il  ouvre l’article en  montrant un guetteur abrité dans sa tranchée, accoudé contre la paroi revêtue de sacs de sable. On voit nettement une grande surface d’eau, avec une estacade menant à une ferme située dans le coin gauche.

La Garde de l'Yser-Convoi-Artillerie-Route-belge-Ph-n°2

. 2. Le second cliché de cette même page 138 donne à voir des fantassins marchant aux côtés des charrettes sur des routes recouvertes de boue. Des arbres bordent la route, à côté d’un fossé profond. Dans le fond, on devine une ferme. Il s’agit d’un « Convoi d’artillerie sur une route belge ». Son intérêt était de prouver que l’armée pouvait acheminer ce qu’il fallait là où il le fallait, si non les petits postes avancés n'auraient pu tenir. Qu'aurait pu faire ce guetteur seul devant l'ennemi,  sans l'aide en arrière d’autres hommes avec des chevaux, les vivres  et le matériel?

La Garde de l'Yser-Marche-difficile-Ph-n°3

. 3. La troisième photo en page 139 est intitulée « Marche difficile ».Deux hommes s’apprêtent à marcher avec chacun un pied sur la terre gelée et l’autre sur la piste en lattis –c’est la dénomination officielle de l’époque – que les soldats belges appelaient eux « un fond de bain ». On pourrait aujourd’hui dire que c'est un chemin de bois, parfois monté sur pilotis sur terre  et toujours en zone inondée.            

La garde de l'Yser-Sentinelle-Yser-Ph-n°4

. 4. La quatrième photo est certainement la plus forte. « Une sentinelle de l’Yser » est encore plus grande que la première ; elle occupe une pleine demi-page dans le bas de page 139. On y voit un soldat chaudement vêtu, sorti de casemate de sacs de sable, avancé sur la piste de lattis sur pilotis. Il regarde l’horizon de ¾ vers le haut gauche du cliché, avec sur sa droite une grange qui a conservé son toit de chaume et les pieds dans l’eau. Un long chemin sinueux de bois se déploie à la surface de l’eau entre la grange et l'abri. Des morceaux de bois d'un ancien chemin flottent à la surface.   

La Garde de l'Yser-Convoi-Artillerie-Route-belge-Ph-n°5

. 5. Le cliché, situé en page 149 est de dimensions modestes. Il est vrai qu’il est moins parlant, moins fort émotionnellement. Il aurait pu être pris en période de paix. Il montre « le ravitaillement par eau » grâce à une plate qui permet d’emprunter les canaux et de passer sur les ponts. Ce sont des paysans que l’on voit et pas des soldats. Dernier point, on ne sait pas si on est loin ou proche de la ligne de « Garde de l’Yser.  »

La garde de l'Yser-Général-Lyautey-Front-belge-Ph6

. 6. « La visite du général Lyautey, ministre de la Guerre français, au front belge. » C’est la seule photo française qui montre le grand homme de profil dans son manteau de couleur claire par temps de neige. Les pistes en lattis sont larges. On voit une réserve les gros tasseaux de bois encore « emballés », qui devaient peser affreusement lourd  à transporter. C’est là-dessus qu’on marchait sans vide entre les « planches » épaisses. Les poteaux ancrés dans le sol étaient de section ronde. C’était facile de les distinguer.

La Garde de l'Yser-Pompe-à-eau-potable-Ph7

. 7. La dernière photo est consacré à « une pompe (qui) ravitaille les cuisines en eau potable ». Le temps semble plus doux ; visiblement, il  a beaucoup plu. Tout est mouillé, dans ce pays rendu à l’eau salée. La distribution d’eau potable fut un réel problème, plus que la nourriture semble-t-il. Ce  fut une question grave. En effet on sait par les archives de guerre que les soldats souffrirent de la soif et  de malnutrition à plusieurs reprises, en plus du typhus qui fit des ravages en 1914 et 1915. La pénurie de nourriture commença en 1916 et fut accentuée en 1917. Comme le remarque Frédérique Rousseau, un universitaire français spécialiste de la guerre 1914-1918 ", le front belge était le plus malsain de tout l'Ouest".

On comprend mieux dès lors le choix des photos, en décalage avec le texte même s’il reste toujours mesuré. Le journaliste a tout axé sur la souffrance de la terre et le contraste entre l'avant-guerre souriante avec des roses trémières dans les fermes (!) avec la désolation bien réelle qu'il a vue sur place. Les clichés avaient pour objectif de tranquiliser tant les familles restées en zone occupée par les forces allemandes que le reste des Belges et les forces alliées, de façon sinon à rassurer, du moins à ne pas peser encore plus sur leur moral. Les soldats belges furent les seuls de tous les soldats alliés à n'avoir pas pu revoir leurs proches pendant toute la durée de la guerre. Ils y gagnèrent leur forte réputation de « ténacité »  lors de cette véritable guerre du Front de l’Yser ou de ce qui n'était alors que "la Garde de l'Yser" pour ne pas effrayer.

Pour suivre le chemin jusqu’à Ypres en retrouvant après le polder de l'Yser 

. Voir le récit de l’inondation volontaire du Front de l’Yser sur la proposition d’un marinier-éclusier et l’accord du roi des Belges        http://www.nbbmuseum.be/nl/2009/05/1000francs_battle-of-ypres.htm?lang=fr   

. Sur la situation des soldats belges sur le Front de l’Yser, lire le commentaire de Frédéric Rousseau, CRID 14-18, Université de Montpellier III, à propos  de la sortie de l’ouvrage « Des hommes en guerre, Les soldats belges entre ténacité et désillusion, 1914-1918 »  par Bruno Benvindo, Etudes sur la Première Guerre mondiale, bruxelles, Archives générales du Royaume http://www.crid1418.org/bibliographie/commentaires/benvindo_rousseau.htm  

. Sur le Front de l’Yser, voir plus spécialement http://fr.wikipedia.org/wiki/Front_de_l%27Yser#L.27ouverture_des_.C3.A9cluses

. Constater la violence des destructions causées par les bombardements allemands  plus loin dans les terres, à Ypres sur http://p3.storage.canalblog.com/37/88/1046708/79942024.pdf

. Lire l’étude très intéressante sur la muséification du paysage http://www.ryckeboer.fr/panofrag/index.php?option=com_content&view=article&id=2&Itemid=6&lang=fr

. Sur les wateringues belges, voir http://www.wateringue.be/fr/ ainsi que http://environnementwallonie.be

. Quelques mots sur L’Yser. C’est une petite rivière qui prend sa source en France, pour très vite passer en Belgique, en traversant des paysages de polders dans les deux pays,  avant bravement de se jeter dans la mer du Nord. Je dis bravement parce que son cours se situe  en dessous du niveau de la mer une bonne partie de son cours et surtout lorsqu’elle prend un coude à quasiment 90° pour enfin rejoindre la mer. Cette caractéristique n’est pas exceptionnelle sur cette côte littorale faite de dunes de sables et d’eau  entre le nord de la France, la Belgique et les Pays-Bas.

. Photos Elisabeth Poulain à partir de L'Illustration du 17 février 1917. Les différences de coloris entre les photos viennent de la lumière, naturelle de jour pour les noires et celle de l'éclairage électrique pour les marrons. 

 

. Lire aussi le billet sur la reconquête de la rive nord de l'Yser qui suivit quelques mois plus tard dans   L'Offensive des Flandres, le Génie & les Passerelles de Liège, 14-18/17    

 

Voir les commentaires

MAP > Marcher Angers Penser > Traverser > Partager par la Parole

9 Octobre 2013, 17:04pm

Publié par Elisabeth Poulain

Rappel, MAP d’abord. C’est l’acronyme de Marcher Angers Penser. Une jolie façon de jouer avec les mots, personne n’ayant oublié que map signifie « carte » en anglais. Ca tombait bien car il s’est agi de marcher en cette fin de première semaine d’octobre 2013, après avoir écouté la veille des chercheurs et une consultante cogiter devant nous sur la marche en ville. Nous sommes partis marcher, nous, les écoutants de la veille qui sommes aussi des marcheurs, avec parfois aussi selon les groupes des universitaires de la veille.  

MAP-Angers-Marcher-Penser-2013-4-149

Le samedi après-midi  du jour suivant, a été dédié à la pratique urbaine selon cinq marches suivis de débats, chacune ayant sa typicité, en matière de paysage, de thématiques et de durée… Notre Marche, la n°4, avait pour nom « Traversée » à travers les quartiers. Je m’empresse de renommer notre expérience en « Traverser » pour faire ressortir la dimension active de ce partage de l’espace afin de percevoir les « variations d’ambiances urbaines » dans ce territoire nord-ouest de la ville en rive droite de la Maine.  

MAP-Angers-Marcher-Penser-2013-4-152

« Traverser » a une connotation active. C’est bien ce que nous avons fait, pour nous tous, chacun à notre façon, dans un groupe qui a eu le plus souvent des allures de fils d’araignée tant nous nous sommes étirés comme si nous avions éprouvé le besoin d’assouplir nos muscles, comme tout bon marcheur le fait régulièrement.

MAP-Angers-Marcher-Penser-2013-4-159

Traverser l’espace devrait s’écrire au pluriel tant les lieux par lesquels nous sommes passés ont été variés. Nous n’avons pas arrêtés. Nos semelles ont foulé des trottoirs de pierre blanche brillante, des allées faites tout spécialement à l’intention des promeneurs, sans même avoir l’idée de marcher sur la pelouse, des chemins divers, des petites rues avec des voitures dormantes avec nous marchant au milieu comme si c’était là notre place naturelle. Nous avons traversé des placettes avec des arbres, franchi une petite route avec de l’herbe, emprunté des sentiers de terre qui sentaient bon la motte humide et l’herbe foulée…

Nous avons aussi été troublés par la présence oppressante d’un tunnel d’un murs de schiste noir à ciel ouvert…senti la rapidité de la descente d’un escalier raide en béton neuf dur, pour tomber sur un mur de béton brut, avant de traverser un parc arboré ancien, celui du CHU, et déboucher à nouveau sur la brillance de la pierre blanche polie du Pont Confluence.

MAP-Angers-Marcher-Penser-2013-4-160

 Notre pratique du « Traverser ». Elle s’est faite spontanément sans chercher ce que nous allions voir, faire, ni où, ni comment. Elle a donc gardé le goût et la saveur particulière de la découverte, pas seulement du chemin, mais d’abord des autres en miroir, pour le plaisir d’être ensemble, sans forcément exprimer ce plaisir. Certains par exemple n’ont parlé à aucun membre dans le groupe, en ne s’adressant qu’aux quelques très rares personnes rencontrées dans la rue.  

MAP-Angers-Marcher-Penser-2013-4-167

Traverser a été pour nous une démarche de liberté sur un tracé conçu par l’AURA pour nous faire percevoir des ambiances différentes au cours de cette marche urbaine de 2 heures dans une succession de séquences ayant en commun d'être situées aux marges de la ville construite à différents moments de l'histoire .

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 187

Traverser a d’abord été une rencontre, avec les autres membres du « groupe entre nous »  et avec les autres. Entre nous au début du parcours, nous avons parlé du plaisir de la marche, à sa façon, en ville ou dehors, avec chacun sa façon personnelle de dire ou de faire. Au-delà des mots, nous avons partagé d’abord des façons d’apprécier le paysage en créant de nous-même des temps d’arrêt pour mieux voir et sentir. Avec les autres, ceux qui ne faisaient pas partie du groupe, les contacts se sont d’abord établis par le regard, puis par des mots pour finir par les murs qui parlent eux aussi. 

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 189

Traverser s’écrit donc au pluriel, forcément. Nous avons eu à certains moments des temps d’échanges qui se sont imposés d’eux-mêmes. Parmi les thèmes que nous avons évoqués, sans jamais cherché à théoriser, ni à globaliser : les lieux de marche, le plaisir de la découverte, la rencontre de l’imprévu, l’acceptation du hasard, de l’entre-deux pour certains, la présence de l’autre, la recherche de l’isolement pour être soi avec soi, ces moments si précieux qu’apporte la marche, le partage d’un espace commun, la fluidité aérienne de la ville française pour la marche comparée avec ce qui peut se passer au Brésil et en particulier à Sao Paulo, les normes de la définition des espaces au sol… Sur ce dernier point, le constat a été général : nous n’avons vu personne dans les aires de jeux, au point que certains se sont posé la question de savoir « où sont les gens ?»

 2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 203

Traverser, c’est d’abord marcher. Pour certains, rien ne remplace la marche urbaine pour appréhender la ville, la faire sienne, en sentir les vibrations, les pulsions, le bourdonnement en forme de ronronnements des bruits de la ville en marche, qui jamais ne s’arrête…Pour d’autres, le lieu importe peu, c’est l’isolement qu’ils recherchent. Un soi tout seul au calme avec soi, un bon « isolement », toute autre chose que la solitude (imposée).  On a aussi comparé nos « légèretés » quand les pieds nous emportent, celle de la marche, celle du vélo…Nous avons aussi beaucoup interrogés les murs de schiste noir dans le quartier des Capucins en fin de parcours.

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 208

Traverser, ce n’est en aucun cas l’affaire du seul marcheur. Si marcher est bien un acte premier de liberté, marcher ne doit pas créer de contraintes supplémentaires, en particulier à la terre qui nous accepte - ou pas -  et aux gens qui habitent là. Il y a des endroits qui se traversent sans pulsion particulière du sol qui nous porte, d’autres qui n’ont pas encore eu le temps d’apprendre à émettre à nouveau des vibrations, d'autres plus rares qui émettent des bruits discordants, avant à nouveau d'entendre d'autres bruits...

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 206

Traverser, c’est sentir, ressentir les vibrations de ces lieux petits ou grands, ouverts, oubliés, en profond re-façonnage…, ceux qui portent les panneaux « chantier en cours, interdit de passer. » Dans certains cas, on ne perçoit que très faiblement ces vibrations ; elles viendront mais plus tard. Il faut accepter les effets du temps long d’ancrage, avec comme mesure étalon, l’arbre. C’est lui qui est le principal vecteur de l’ancrage dans la terre, le ciel, avec les pierres hier et aujourd’hui le béton des bâtiments. Dans d’autres cas, les vibrations sont fortes. Elles parlent. Elles racontent une histoire mais pas toujours triste d'ailleurs. Ce peut être par exemple l'histoire d'un sentier qui passait par là et jamais ne s'en est allé.  

Angers-Marcher-Penser-2013-4-245

Traverser certains lieux plus sensibles, plus fragiles aussi, renvoie le marcheur à sa propre responsabilité individuelle dans la longue marche de la ville. Il faut être sensible à la couleur de la terre, là où en particulier elle est devenue jaune. Elle a pris la couleur de l’argile qui signe les grands chantiers où on enlève la bonne terre arable du dessus, celle qui portait les légumes du potager, les fleurs près des habitations, les jeux des enfants jouant dehors ensemble à un endroit qu’ils avaient choisi, qui portait aussi leurs immeubles de la Reconstruction. Ce sont des sols que j’appelle des terres-bulldozers.

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 210

Traverser est aussi un jeu de miroir où voir les autres, c’est se voir soi, pour mieux se comprendre, percevoir la ville, sentir les mutations du temps, comprendre ou du moins essayer dans une position d’ouverture au monde…. Ce sont des rencontres non programmées dans une société qui aime à donner une place à chaque chose, pour faire « propre » et ordonné. C’est d’abord ce que certains ont perçu, cet espace au sol à fonctions codées, là pour les jeux de boules, là pour les enfants, là pour les voitures… un endroit clos de murs en bois pour les hélicoptères qui transportent des accidentés ou des malades au CHU…

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 217

Traverser ces grands espaces des Hauts de Saint-Aubin, c’est s’apercevoir qu’il y a peu de banc et quand il y en a,  il est mis en scène pour structurer ou parler. Plus loin, à Verneau, il reste deux témoignages visuels au lieu sensible de rencontre entre démolition, réhabilitation et programmation à venir. Voici une table 1950-60 (?) à pique-nique avec deux bancs en béton repeint en jaune, avec une petite fleur peinte sur le côté, avec des bancs en bois par derrière. C’est aussi cette photo grande taille d’un homme debout, les bras en l'air, sur un immeuble restant, apposée tout en haut près du coin droit supérieur, un homme qui veille, un ballon au pied…

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 215

Traverser un lieu sensible demande de la sensibilité d’approche. Il y faut de la douceur, une certaine lenteur, sans effet de groupe aussi. Heureusement nous n’avons pas eu l’allure de ces touristes débarquant d’un car, qui sortent, visitent et remontent dans le car quasiment dans l’ordre dans lequel ils étaient assis.

Angers-Marcher-Penser-2013-4-241

Traverser, c'est découvrir le vieux potager; c'est un endroit proprement magique qui a été pour beaucoup dans la différenciation qui s'est faite dans le groupe entre ceux qui étaient partis devant et nous autres les marcheurs, fondus d'admiration devant ce lieu plein de tendresse avec une cabane, son appentis, un petit chat entre les deux, blanc cette fois-ci, ses mauvaises herbes et ses allées bien nettes du côté des plantations. Et cet endroit, comme oublié des années 50-60, est juste à la marge de l'endroit qui a subi les tensions. 

Angers-Marcher-Penser-2013-4-237

Traverser, c’est savoir être léger, sans donner l’impression d’un groupe compact d’envahisseurs. Notre allure d’un ruban un peu indiscipliné  avec des trous a certainement permis d’atteindre cette symbiose légère dans le paysage urbain.   

Angers-Marcher-Penser-2013-Groupe-4-246 Traverser a été l’occasion pour Héloïse, une charmante petite fille de 5 ans, de créer son propre rôle dans le groupe de marcheurs. Elle a su apprécier nos rythmes de temps irréguliers. A nos arrêts pour cause d’échanges, elle dessinait ce qu’elle voyait, à commencer par le mignon chaton du début qui a marqué pour elle et pour nous le vrai début de la marche.  

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 178

Traverser est  donc une histoire qui commence  par ce chaton visiblement orphelin. « Il était une fois un petit chat qui sortait de sa tanière creusée sous un bac en bois à plantes… » Il s’est réjoui de nous voir et nous aussi, car il a été signe de vie  dans cet espace planté d’arbres encore trop jeunes pour équilibrer par leur volume les immeubles cubes posés çà et là. Il s’en est fallu d’un rien qu’il fasse le chemin avec nous tant il se sentait seul.

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 188

Traverser, c’est toujours rencontrer le temps, dans tous les sens. C’est là que nous avons notre première rencontre avec le temps, pas celui de la marche, mais celui de la ville, qui toujours nait, vit, se développe, meurt, renait, constamment, autrement, tout le temps. Ici, le temps d’installation est encore très récent, avec parfois des trouées dans le bâti pour ouvrir une fenêtre sur "un arbre d'avant". La terre qu’on ne voit pas sous le gazon sent toujours un peu le bulldozer des aménageurs. Le temps est encore suspendu ; les immeubles vus de l’extérieur prennent  lentement vie, surtout de l’autre côté de la rue à double voie par laquelle nous sommes arrivés en tram.

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 192

Traverser le temps nous a accompagnés tout au long de la marche, avec tous les âges de la vie incarnés dans des personnes, que nous avons vus au cours de la marche : l’âge des différents membres des familles heureux d’être ensemble dehors à célébrer un très beau jour de fin d’été, l’âge de faire du vélo d’enfant, celui d’un jeune homme parlant dehors au téléphone près d’un immeuble promis à la démolition, des jeunes hommes que nous avons vus discuter guère plus loin sur un trottoir, avec les familles aux fenêtres en face, des hommes au travail faisant une pause sur l'herbe, plus loin une famille encore assise à la table d’un repas depuis longtemps fini pour le plaisir d’être dehors dans le jardin dans le quartier des Capucins…

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 248

Traverser les étapes de la vie par les fonctionnalités des bâtiments. La liste  est plus courte car il ne s’agit plus de citer des personnes que nous avons vues et avec lesquels nous avons parlé mais des endroits fonctionnels avec des bâtiments que nous n'avons que devinés tant les murs sont hauts. Je cite, dans l’ordre de notre découverte, une maison de retraite avec des personnes âgées dont certaines ne sortent guère plus, avec en face, des bâtiments de congrégations religieuses accueillant autrefois des personnes en retrait dans la société religieuse et maintenant des personnes âgées, plus loin la maison mortuaire de l’hôpital pour ceux et celles qui ne sont plus et restent dans la mémoire, en passant par le  CHU qui prend en charge et soigne. Pour finir par le bâtiment en forme de vague douce de la maternité où on vient au monde sur cette rive droite de la Maine.   

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 307

Traverser c’est aussi passer près d’un guéridon fleuri sur une terrasse au rez-de-chaussée tout près de la clôture en grillage. Il nous  dit cette volonté d’appropriation d’un espace où tout est neuf.  Avec en plus, une sorte d’invitation virtuelle pour le passant, en guise de bienvenue. Ou ces lions paisibles qui ornent les poteaux d’entrée d’une petite maison de la rue Yvette dans l’ancien quartier de Verneau, inclus maintenant dans les Hauts de Saint-Aubin. 

MAP-Angers-Marcher-Penser-2013-4-169

Traverser permet de voir une dame sortir pour téléphoner à la table du jardin, avec son petit chien dehors, tous deux contents de nous voir passer. La dame a planté une vigne le long de son grillage de petite hauteur. On y voit deux belles grappes de raisins bien noirs. Plus loin, au premier étage, des personnes sur un balcon terminaient détendus un bon repas. Ils ont vue sur l’endroit le plus chaleureux, plein soleil, sur un bâtiment rond bas, qui fait l’objet d’un bel aménagement paysager, avec des plantes qui partent à l’assaut du grillage. Cet endroit si vivant est un parking à voitures, qui répond en clin d’œil à un autre parking à étages, quant à lui, tout en lignes verticales, droites, horizontales et obliques, situé à l’arrière de la Faculté de Droit. 

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 191

Traverser, c’est marcher entre des voitures dormantes le long des trottoirs, avec une belle caravane des années 60 au début de la rue Yvette ou Yvonne, sans avoir vu une seule voiture roulante pendant notre parcours, avant de sortir par le CHU, devant le Pont Confluence. Nous avons rencontré une seule voiture dont le moteur était allumé. L’image qui reste dans la rétine est celle de ces voitures que l’on aperçoit dans ces deux grands parkings, un parking-tour-rectangulaire auprès de la Faculté de Droit et le parking rond bas qui sera bientôt, on l’espère, couvert d’une joyeuse et exubérante parure de verdure pour mettre un peu du désordre de la vie végétale là-haut sur le plateau.     

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 261

 Plus loin aux Capucins, dans l’ilot des Chalets, une famille est restée à table à la terrasse, tant il fait faisait beau. Leur plaisir d’être ensemble dehors a aussi été notre plaisir de les prendre en photo. La demande des "chefs" des deux groupes, celui du début sur le balcon et celui-là, « On va passer où et quand  à la télévision ? » a provoqué des rires chez eux et chez nous. 

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 267

Traverser c’est passer du penser au partage par la parole, avec des mots  pour le dire a été une décision spontanée adoptée par le groupe, dès l’entrée dans le tram.  C’est comme cela que notre histoire a commencé. Ce que nous n’avions pas prévu, c’est que nous allions continuer à parler avec « d’autres » que nous, le temps de partager une photo à prendre, un sourire, une blague, une tension aussi à l’endroit où la terre parle beaucoup. Avec parfois de très belles découvertes, comme cette allée piétonne, avec ces mini-jardins de rue très soignés mis en terre par les habitants pour leur plaisir et le nôtre.

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 263

Traverser, c’est aussi parler avec les murs, penser à ceux qui sont derrière et ceux qui ne sont plus … en écoutant la polyphonie de la présence humaine, avec un constat. La ville est comme refermée sur elle-même avec des gens dedans, chez eux et très peu dehors sur l’espace commun pourtant à tous que l’on appelle l’espace public en France.  

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 270

Traverser en marchant a aussi généré du plaisir, un terme bien impropre, trop utilisé, usé, qui relève de l’univers publicitaire. Et pourtant cela a été le cas tant il a fait beau et doux, avec cet avant-goût de l’automne quand chacun sent que l’été va bientôt finir. La lumière est douce, avec ce bleu de la Maine, la rivière qui traverse Angers,  légèrement voilé, à l’image du ciel orné de cumulo-nimbus…

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 282

Traverser m’a tout spécialement permis de d’apprécier la richesse de la diversité végétale que nous avons pu rencontrer, avec en véritable phare d’ancrage inscrit dans la rétine ce fabuleux vieux potager si humain, où chaque motte de terre, chaque pied de plante ou petit buisson disent le plaisir d’être. Nous avons été trois à avoir peine à quitter cet endroit où Héloïse nous avait rejoint; elle n'a eu le temps de voir le petit chaton blanc près de la cabane.

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 291

Traverser est notre histoire qui s’est poursuivie dans un passage où les murs règnent en roi. Regardez à droite, regardez à gauche ces murs de schiste noir  dont certains ont plus de 100 ans. Ils vous renvoient une impression étonnante: vous vous sentez prisonnier alors que c'est vous qui êtes dehors sur la voie publique. L'absence de voiture renforce cette force des murs qui nous oppressent. Et voila sans transition, la grue qui annonce les grands chantiers de la ville qui jamais ne s'endort. Nous arrivons au CHU, qui marque la fin de notre marche en rive droite avant de repasser le pont cette fois-ci pour rejoindre la rive gauche d'où nous sommes partis.  2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 299

Le tempo  s'accélère. Nous devons aller plus vite. La succession des séquences est forte. Arrive la descente par le CHU, par un mur assez raide qui nous fait "tomber" sur un mur de béton cette fois-ci. L'impression ressentie relève de "l'effet-béton" ou de "l'effet-canyon"; une sensation renforcée par la découverte sur notre côté droit de la façade évidée d'un des bâtiments anciens de l'hopital. On est dans le choc des temps. La ville n'attend pas. C'est le retour de la voiture, du passage dans les endroits prévus à cet effet...      

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 316

Traverser la Maine a été un régal pour les yeux, comme si la rivière avait choisi de nous séduire encore plus que d’habitude. Nous avons été nombreux à nous arrêter pour prendre des photos de ces voiliers qui faisaient des  ronds dans l’eau à la parade pour le plaisir de nos yeux en amont du pont avec des kayaks blancs en aval qui posaient aussi pour nous.

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 325

Traverser s’est fait sans passer par la rue traversière (elle est en rive gauche de la Maine et nous en rive droite) mais en empruntant beaucoup de chemin de traverse, qui comme chacun sait sont des raccourcis crées par les marcheurs pour gagner des pas inutiles, alors que nous les avons goûter pour le plaisir de découvrir la ville à la campagne, en sentant la terre, les odeurs fortes des plantes en cette saison...  

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 290

Traverser n’a pas consisté non plus à toujours franchir des frontières visibles ou invisibles. Nous les avons longtemps longées, celles en particulier qui existent entre le dehors et le dedans. Quant à la Maine, elle est tout à la fois une frontière aquatique entre des rives bien différenciées, un marqueur identitaire de la ville d’Angers et le nouveau lieu de rassemblement de la ville.Traverser c'est faire sans cesse des boucles, avec sa tête, ses yeux, ses pieds.

Traverser, c'est toujours superposer du temps au temps.  C'est ce que traduisent ces photos qui mêlent volontairement le début de la marche avec les séquences qui ont suivi, car il y a toujours plusieurs temps en marchant en même temps. Un façon très humaine de donner du corps au temps. Avec pour finir une photo non pas d'un marcheur mais d'un cycliste qui passait le pont Confluence au moment où nous revenions cette fois-ci à pied à la faculté de Droit, juste pour le plaisir de voir arriver l'imprévu incarné par ce marcheur à vélo, un autre nous autrement!  

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 322

. MAP Marcher Angers Penser est un atelier  qui s’est tenu à Angers les 4 et 5 octobre) 2013 à la Faculté de Droit. L’évènement a été co-produit par 

l’AURA  http://www.aurangevine.org/enjeux-et-debats/marcher-angers-penser/

la SPL-ARN,  la société publique locale d’Angers Rives Nouvelles, avec à sa tête Olivier Vaillant

et co-organisé par

Contrepoint-Projet urbain, Pascal Amphoux, quelques informations sur cet architecte-géographe de Lausanne (CH),  http://www.bazarurbain.com/actions/runninghami/

Bazar-Urbain (Nicolas Tixier)  http://www.bazarurbain.com/464/marcher-angers-penser/

. Le tracé plein de finesse et de surprises de « Traverser » a été l’œuvre de l’AURA (Agence d’Architecture et d’Urbanisme de la Région angevine. La durée  de 2 heures a été bien calculée pour tenir compte de nos nombreux arrêts…

  2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 330

. Pascal Amphoux a été l’animateur de ces journées du 4 et du 5 octobre 2013 ; sur le net, on trouve  ses « Traversées de l’espace public » où le chercheur lausannois nous met en appétit avec son titre mais sans nous en dire beaucoup plus,  http://www.ma-ge.ch/sites/default/files/PA08012009.pdf

Il est également professeur à l’Ecole d’Architecture de Nantes, l’auteur de « Marcher la ville »  et membre de l’équipe Grether-Phytolab pour l’opération désormais appelée « Angers Rives Nouvelles » qui a donné son nom à la société publique locale.

. Ce billet est une opération conjointe du groupe dont j'ai été "l'écrivain public" et d'une blogueur qui s'appelle Elisabeth Poulain. Il n'est en aucun cas un compte-rendu officiel. Il traduit des éléments de paroles qui m'ont été transmises au cours de nos échanges et d'impressions que j'ai pu ressentir, avec une prédilection affirmée chez moi pour la ville végétale, l'arbre et les mini-jardins de rue...    

. Photos Elisabeth Poulain, à voir dans l’album « Map 2013, Marcher Angers Penser, Traverser »

Voir les commentaires

Les Paysages des Vins de Loire vus à travers les Verres à Vin

1 Octobre 2013, 14:51pm

Publié par Elisabeth Poulain

Deux fois le mot de vin dans le titre ne sauraient être un hasard. Ce billet a en effet pour objectif de montrer les paysages de Loire en lien direct avec le vin, comme s'il n’y avait pas que l’eau des fleuves et des rivières pour dessiner les paysages. Il y a aussi le vin mais c’est plus difficile à montrer puisqu’il faut passer par la vigne qui ne donne du vin que si l’homme contribue activement à la transformation du jus de raisin en vin. Montrer des paysages de vigne est toujours un passage obligé dans les séquences visuelles qui s'accrochent à l'image d' un vin. Dans cet exemple, il y a plus. Il s’agit de faire passer directement le paysage qui entoure l’eau du fleuve dans le verre qui contient le vin pour que par magie il se transforme en vin bon à déguster.

Grands Vins de Loire, Calendrier 2009 

Le verre comme paysage du vin. C’est déjà une réalité « vraie » puisqu’on le regarde avec une attention et une acuité toutes particulières quand on déguste un vin. La vue joue un rôle complémentaire à celui des autres sens. On y cherche la couleur, la limpidité, le reflet, les larmes sur la paroi intérieure du verre, on y scrute les bulles…De là à mettre le paysage dans le verre, il n’y a qu’un pas que l’esprit fait très facilement et… les concepteurs publicitaires aussi. C’est aussi une façon très simple d’identifier un vin à un paysage et une façon de rendre ce lien direct visible d’un seul coup d’œil. Vous ne buvez pas n’importe quel vin, vous buvez un vin de Loire, un vin  global qui intègre toutes les composantes d’un paysage ou presque.  Le titre de cette campagne conçue par Vins de Loire « les vins qui ont un fleuve pour terroir. »

Grands Blancs de Loire, Calendrier 2009 

Les Grands Blancs de Loire ouvrent l’année au mois de mars  dans  le calendrier des Vins de Loire. On y voit une plate, une barque traditionnelle des pêcheurs de Loire, accrochée à un pieu planté au bord de la rive. Des arbres se reflètent dans l’eau en arrière du bateau; le soleil couchant occupe tout le fond en partie gauche. Le verre est couleur jaune pâle avec des irisations vertes pâles et des lueurs blanches.

Grands Moelleux de Loire, Calendrier 2009 

Les Grands Moelleux de Loire annoncent Mai et Juin. Leurs couleurs ont pris du corps ; elles vont du jaune d’or au jaune bronze. Cette fois-ci, le paysage terrestre est représenté par un coteau entier de la vallée du Layon  avec des bancs de sable qui se découvrent dans le fleuve aux beaux jours.

Grands Rosés de Loire, Calendrier 2009 

Les Grands Rosés de Loire représentent Juillet et Août. Cette fois-ci, c’est une gabarre qui nous emmène sur l’eau au petit matin quand la rosée commence à se lever sur une Loire couleur rose cuivré entre une berge boisée sur le côté gauche et des poteaux qui meublent le centre le lit du fleuve en son milieu.

Grands Rouges de Loire, Calendrier 2009 

Les Grands Rouges de Loire occupent Septembre et Octobre. Pour la première fois, la surface du fleuve est  légèrement ridée. Une estacade occupe la partie droite du fleuve. Un paysage de bord  d’eau se situe en continuité de la construction en bois, avec une ville dominée par une église importante. Deux oies sauvages s’apprêtent à rejoindre le lit du fleuve.

Fines Bulles de Loire, Calendrier 2009 

Fines Bulles de Loire terminent les deux derniers mois de l’année. Le choix du verre s’impose alors ; c’est une flûte qui est représentée cette fois-ci plus classiquement devant le paysage qui n’est plus dedans. La vigne semble littéralement couler vers le fleuve, comme on peut l’admirer à Savennières ou plus en aval un peu avant Le Cellier.  

Restent janvier et février qui n’ont pas de vin attitré. L’idée a été de jouer avec les couleurs de façon verticale dans un verre à vin composite quelques soient les mois concernés. En allant de droit vers la gauche, on peut ainsi trouver dans son verre des bulles, des liquoreux, des rouges, des rosés et des blancs de Loire. Seule la barge de mars-avril est restée en place près de son poteau et avec ses arbres dans le fond, avec une différence qui est que tous les éléments ont changé de côté. Ils sont maintenant sur la gauche. 

Grands Vins de Loire, Calendrier 2009 

Ces paysages d’eau se transforment en vin au seul contact proche avec la Loire, mais pas n’importe laquelle, celle qui coule à la campagne loin des hommes et des femmes qui y vivent et y travaillent en particulier dans les vignobles,  les chais et  dans toutes les entreprises qui composent la filière. La ville a disparu, resteb le village au loin avec son église. Toute vie, tout mouvement ont déserté le miroir du verre, à l'exception des oiseaux par deux fois. Plus surprenant encore est que sur la série des cinq clichés, seuls deux intègrent des rangées de vigne dans les paysages viti-vinicoles ligériens, ceux des liquoreux et des bulles. La présence humaine n’est suggérée que par la barque, la gabarre, le ponton…qui appartiennent à l’univers des pêcheurs.

La forme du verre suffit-elle à faire accepter le concept de cette eau d’un fleuve qui se transforme en vin? "Les vins qui ont un fleuve pour terroir" est une bonne idée si on remet la Loire à sa bonne et due place et sans enlever toute présence humaine directe. Les vins qui ont la Loire pour terroir, ce n’est pas mal non plus et ça rime. Reste l'usage un peu rapide du mot même de terroir, qui est quand même au coeur du système des appellations, un concept  fédérateur si cher à René Renou, originaire de l'Anjou.      

Ce billet ouvre une nouvelle série sur les paysages institutionnels véhiculés par toutes les formes de communication.  

 

Pour suivre le chemin

. Ces paysages sont issus du calendrier Millésime 2009, Vins de Loire, Les Vins qui ont un fleuve pour terroir, vinsdeloire.fr

. Photos Elisabeth Poulain

Voir les commentaires

Bruxelles > Lignes, Matières & Couleurs > Rue, Passage, Poteau

30 Septembre 2013, 16:12pm

Publié par Elisabeth Poulain

Ce sont trois photos + 1 prises à Bruxelles qui jouent avec les lignes et les couleurs. Elles ont en commun de regarder l’espace en partant du bas, au sol, jusqu’à notre hauteur d’yeux. Elles ne disent rien d’autre que ce qu’elles montrent. Je mets des mots parce que j’aime ça et que du coup je vois mieux et je comprend pourquoi ça me plait.

Bruxelles possède des tas de revêtements de rue, avec une certaine prédilection pour la diversité et l’usure tant il y a de monde, tant il y a à faire et tant les budgets sont forcément limités au regard des besoins. C’est une ville qui ne peut s’arrêter. On fait donc les gros chantiers de voierie le dimanche, surtout le dimanche. Certains ne travaillent pas, en particulier les badauds qui adorent regarder les ouvriers en plein boulot. Quel que soit le temps, on peut être sûr de voir des hommes accoudés aux panneaux de chantier qui regardent avec un intérêt quasi professionnel pendant une à deux heures ceux qui sont en combinaison de travail et qui ne les voient pas plus qu’un mur. Des copains s’y retrouvent pour constater l’avancée des travaux.

Bruxelles, Avenue Louise, Passage piétons 

Le pavé n’a pas disparu du sol. Au contraire, il fait partie des pièces qui ravaudent le trottoir ou la rue. Avantages, il quasiment inusable, il ralentit naturellement la vitesse de ceux qui roulent, ils obligent à la prudence ceux qui marchent, tant l’horizontalité est parfois aléatoire. Un pavé qui se déchausse, c’est un trou d’assuré. Qu’importe, il y aura bien un ou une brave qui passe à pied pour le remettre dans son trou de sable. Près des rails du tramway, son assise sera confortée dans sa stabilité. Tout dépend de l’endroit.

Bruxelles, Centre, Rue, Passage piéton, Gris, Noir & Blanc 

Ce sont deux passages piétons et un trottoir que je vous présente aujourd’hui. Points communs, les photos ont été prises à Bruxelles Boulevard de Waterloo et dans une petite rue d’Ixelles près du couvent. Les deux premières sont prises en des endroits extrêmement passants et la troisième dans une petite rue bien calme où passent quelques personnes à pied, sans compter toutes les places de parking occupées par des voitures.

Ixelles, Pavé Rue de la Croix, Blanc sur gris 

Les couleurs sont celles de la pierre dure, grises et blanches pour certaines. Les deux s’associent pour jouer à faire des bandes grises ou blanches forcément. A ces gris et blancs, il faut ajouter les nombreuses couleurs du métal enchâssé dans le sol et celles triomphantes des poteaux verticaux, qui fleurissent ici comme ailleurs avec beaucoup de punch. En particulier quand le poteau est rouge et blanc, là c’est la fête.

Pour suivre le chemin

. Aller à Bruxelles, marcher dans les rues et louer un vélo. Les gens sont très ouverts, gentils et curieux. « Et pourquoi vous photographier ce mur, cette porte…, qu’est-ce que vous voyez… ? ». Ils n’hésitent  jamais à vous parler, répondent toujours à vos questions et quand ils ne savent pas, ils essaient de vous aider  quand même, quitte eux-mêmes à demander à quelqu’un d’autre. Et si par exemple vous ne savez pas comment bloquer votre vélo (en location Villo) pour faire une course, si personne ne sait vous renseigner sur le trottoir, n’hésitez pas à rentrer dans le premier magasin venu. Il y aura quelqu’un qui va sortir pour vous expliquer, en s’assurant que vous avez bien compris.

Un conseil pour ceux qui ne connaissent pas la ville et veulent la découvrir à vélo, ne prenez jamais de rue pavée passante avec le tram en plus. Vous vous retrouverez à pédaler entre les deux rails du tram, avec le plus souvent l'impossibilité de rouler sur le côté et ...le tram derrière qui attend que vous rouliez un peu plus vite! Du stress garanti, surtout quand le pavé est humide.    

 Ixelles, Trottoir Pierres jaunes, Porte peinte, briques

. Photos Elisabeth Poulain  à voir dans l'album-photos Bruxelles. C'et moi qui ai remis le pavé en place, mais pas dans le bon sens! Tant pis.  Quant à cette dernière photo, celle qui fait l'objet de la prime, elle montre l'inventivité et l'audace dont font preuve les Bruxellois...Je sais, il n'y a plus de passage piétons ni de poteau, mais un  trottoir fait de pavé en pierre dure jaune, un mur et une porte... Nobody is perfect.     

Voir les commentaires

N comme Nana > Ce que les Femmes portent sur la Tête > Un Canapé Roset

26 Septembre 2013, 15:37pm

Publié par Elisabeth Poulain

 C’est vraiment compliqué. On pourrait penser que non et bien si. Vous allez voir. Imaginez que vous êtes un concepteur publicitaire. Vous devez trouver, vous, La Bonne Idée (que les autres collègues, concurrents et amis n’ont pas encore eue) pour une publicité pour un canapé Ligne Roset.    

Les choix que vous éliminez. Vous montrez le canapé ---) C’est d’un banal ! Vous  vantez son confort ---) Pareil. Ses choix de couleurs, de tissus, son design …---) Bof. Vous le montrez dans un salon… dans un hall d’usine… devant un mur de briques…, tout seul flottant sur l'eau...Ca ne va toujours pas. Vous mettez un homme en train d’y lire son journal, la télé, avec son chien à côté ou son fils …Votre boss vous fait comprendre que vous et la créativité, cela fait deux ! Il commence à regarder la porte pour vous, tout  en vous regardant vous. Un exploit que lui seul arrive à faire.

Alors vous mettez une femme sur le canapé. C’est votre dernière carte. L’œil de votre directeur commence à reprendre vie, mais attention, le sabre à couper les têtes qu’il tient derrière son dos n’est jamais loin. Une femme, d’accord mais en faisant du neuf, pas ce que font les autres, les mauvais. Et vous vous dites « OK Boss

Canapé Roset, page de droite, Pub L'Express,2001 

L’idée du siècle. Facile, il suffit de mettre le canapé sur sa tête. A qui ? Mais à elle, bien sûr. Elles, les femmes, ont beau avoir une petite tête, ça n’empêche, en pub, on peut tout faire et tout leur faire. Après rejet de toutes les idées qui vous viennent en image à l’esprit, il vous en vient une lumineuse, d’idée. Vous allez ne montrez ni l’une, ni l’autre tout en faisant le lien entre les deux.  

. Le canapé d’abord en page de droite: il a un revêtement bien particulier. On dirait de la corde collée et tissée cinq par cinq brins, couleur corde naturelle. L’effet est très curieux, surtout que vos instructions au photographe étaient de ne prendre qu’un angle du canapé avec un petit bout de coussin.  

Canapé Roset, Femme, page de gauche, Pub L'Express,2001                                                                                                   
. La Nana en page de gauche. On ne voit d’elle que l’arrière de sa tête qui est revêtu d’un un casque qui ressemble beaucoup à celui du canapé. On dirait plutôt de la paille que de la corde. La couleur et le tressage concordent, avec chez elle quelques mèches blondes qui s’échappent de son casque. Comme si le canapé était aussi moelleux que les cheveux d’une blonde…Ouh, ouh, oui, moi je veux bien.   

A mon grand étonnement, ça a marché. Le boss a prononcé  sa phrase célèbre dans l'équipe « tu vois, quand tu veux t’y mettre ! ». C’est le compliment maximum qu’on puisse obtenir de sa part. Et le plus formidable est que le visuel n’a absolument pas vieilli. Il est toujours aussi étrange sans être choquant. 

Canapé Roset, Femme, double page, Pub L'Express,2001  

Pour suivre le chemin . Cette publicité est un visuel double page signé « Meubles, objets, textiles, délires pour la maison, Ligne Roset », Agence Callegari Berville Grey, inséré dans L’Express Le magazine, Spécial Vins, n° 2618, 6 au 12.09.2001.    

Sèche-Cheveux solaire, Carelman, Objets introuvables, Détail   

. Le plus drôle est qu’il y a autre chose. Un hasard peut-être ou pas. J’ai sous les yeux "un sèche-cheveux solaire" à la mode de Léonard de Vinci dessiné par Carelman dans son « Catalogue d’Objets Introuvables », Balland éditeur, édition 1980. Le casque du sèche-cheveux, qui possède un capteur solaire intégré, est fait de cheveux tressés bordés par une grosse natte pour la finition. C’est impossible de ne pas faire le lien entre les deux. Il manque seulement la grosse natte.

. Photos Elisabeth Poulain

 

 

 

 

Voir les commentaires